• Ce mardi 14 novembre a lieu la Journée mondiale du diabète.
  • Pour l’occasion et ce jusqu’au 30 novembre, le grand public peut gratuitement se rendre dans une pharmacie pour bénéficier d’un dépistage gratuit, rapide et confidentiel.
  • A ce jour, plus de 3 millions de Français sont traités pour un diabète de type 2 et on estime à 700.000 le nombre de diabétiques qui s’ignorent dans l’hexagone.

Ce mardi matin, l’ambiance est assez calme à la Pharmacie 164, dans le 11e arrondissement parisien. Dans l’officine, quelques patients, pour la plupart des habitués, sont venus faire renouveler leur ordonnance. Parmi eux, le monde se divisera en deux catégories : ceux qui accepteront de faire un test de dépistage du diabète dans la pharmacie, et ceux qui opposeront un refus catégorique à cette proposition.

Dès ce mardi, à l’occasion de la Journée mondiale du diabète, les pharmacies proposent jusqu’à la fin du mois un dépistage gratuit du diabète de type 2 à leurs patients. Rien qu’en France, plus de 3 millions de personnes suivent un traitement pour soigner leur diabète de type 2. Des chiffres importants, qui représentent environ 5 % de la population, mais qui ne tiennent pas compte d’une autre réalité assez alarmante. Dans l’hexagone, on estime à 700.000 le nombre de personnes diabétiques qui s’ignorent. Des personnes parfois jeunes, qui ont des facteurs de risques de développer la maladie, mais qui n’imaginent pas être concernées par le diabète et qui sont au cœur de cette campagne de dépistage.

Entre stress et angoisse : un test « pas pour moi »

« On propose ce test au comptoir, à nos patients qui pourraient présenter plusieurs facteurs de risques du diabète, indique Aude Jolly-Jaspart, pharmacienne qui officie à la Pharmacie 164. L’objectif de cette campagne est de sensibiliser des patients qui pourraient être diabétiques sans le savoir ».

En milieu de matinée, un patient vient récupérer les médicaments que son médecin lui a prescrits. « Je trouve ça très bien qu’il soit possible de faire un dépistage du diabète dans sa pharmacie de quartier », assure le quadragénaire, tout juste informé de la campagne de sensibilisation menée en officine. Mais pas au point de faire le test. « Mon père est diabétique depuis plusieurs années, mais je n’ai pas du tout envie de faire le dépistage, je n’ai pas envie de savoir », répond-il, visiblement très angoissé à cette idée.

« Cela peut être très stressant pour certains patients, chez qui le fait d’avoir un simple facteur de risque de diabète est déjà une source de grande anxiété », confirme Aude Jolly-Jaspart. Le diabète est « angoissant parce que c’est une maladie insidieuse, abonde Jean-Baptiste de Coutures, président du Giphar (Groupement Indépendant de Pharmaciens indépendants). Les Français sont majoritairement conscients de la gravité du diabète, mais pas à leur propre échelle individuelle, ça leur fait peur ».

En cinq minutes, c’est fait

Dans l’officine parisienne, on ne fait pas perdre de temps à ceux qui acceptent de faire le test de dépistage. En cinq minutes, c’est fait. Claude-Hélène, accompagnée de son chien Haddock, est simplement venue faire renouveler son ordonnance dans sa pharmacie de quartier. A 66 ans, celle qui fait régulièrement des bilans sanguins de contrôle n’est pas particulièrement inquiète. « Mes résultats sont normaux, sauf une fois, j’ai eu un taux de sucre un peu élevé et mon médecin m’a dit "attention sinon c’est diabète dans un an", j’ai rectifié le tir et les résultats suivants étaient bons. Et puis je marche beaucoup, je vais à la piscine, je fais du Pilates ».

Après avoir conduit Claude-Hélène dans un petit bureau, pour plus de tranquillité et de confidentialité, Aude Jolly-Jaspart sort sa tablette. « On commence le test par un petit questionnaire, pour identifier chez le patient ses différents facteurs de risques de développer la maladie ». Age, sexe, antécédents familiaux de diabète, habitudes alimentaires et fréquence de consommation de légumes, traitement en cours ou passé d’hypertension, mesure du tour de taille, taille, poids : tous ces éléments, recueillis à l’abri des oreilles indiscrètes permettent à la pharmacienne de faire le tour des facteurs de risques de diabète de sa patiente. Ensuite, place à la piqûre. Claude-Hélène est invitée à se piquer le doigt avec une fine aiguille.

Une petite goutte de sang suffit, et
Une petite goutte de sang suffit, et - A. Boumediene / 20 Minutes

« Ça ne fait pas mal ! », assure-t-elle, et une petite goutte suffit pour obtenir son taux de sucre dans le sang.

Quelques secondes plus tard, le lecteur de glycémie livre un résultat très satisfaisant pour Claude-Hélène.
Quelques secondes plus tard, le lecteur de glycémie livre un résultat très satisfaisant pour Claude-Hélène. - A. Boumediene / 20 Minutes

Résultat : une glycémie de 1,13 gramme, tout va bien pour Claude-Hélène. « On refait le test dans un an », conclut Aude Jolly-Jaspart en remettant à sa patiente un petit carnet de suivi.

A l'issue de son dépistage, Claude-Hélène reçoit un carnet de suivi et est invitée à refaire le test dans un an.
A l'issue de son dépistage, Claude-Hélène reçoit un carnet de suivi et est invitée à refaire le test dans un an. - A. Boumediene / 20 Minutes

Rassurer le patient

« A Paris, il n’y a pas de problème, mais aujourd’hui, il y a des régions où il est très difficile d’obtenir un rendez-vous chez le médecin. Avec 700.000 personnes diabétiques qui s’ignorent en France, le pharmacien est aussi là pour faire le relais dans le circuit du dépistage du diabète, explique Jean-Baptiste de Coutures, du Giphar. Nous sommes là pour rassurer et accompagner les patients, leur expliquer que le diabète est une maladie qui n’est pas irréversible. Pour y parvenir, nous devons leur faire intégrer que le dépistage est un geste banal, poursuit-il. Les gens préfèrent souvent ne pas savoir, mais c’est notre rôle, en tant que professionnels de santé de proximité, de convaincre de l’intérêt de se faire dépister, de donner une information claire, humaine et fiable, loin de la désinformation du Web ».

L’objectif : éviter les diagnostics trop tardifs. « Le diabète est une maladie longtemps invisible, souligne Jean-Baptiste de Coutures. S’il n’est pas pris en charge, c’est une bombe à retardement, avertit le pharmacien. D’abord pour les patients, mais aussi en termes d’économies de santé, comme une maison infestée par les termites : au début c’est invisible, jusqu’à ce que la maison s’effondre ». Car « dans les cas les pires, l’absence de traitement du diabète peut mener à la perte de la vue voire à l’amputation d’orteils ou carrément du pied », insiste sa consœur, Aude Jolly-Jaspart. Et tous deux appellent le grand public à ne pas faire l’autruche : « le diabète est une maladie qu’il faut prendre en amont, rappellent-ils de concert. On peut tout à fait vivre normalement avec un diabète bien maîtrisé par une bonne hygiène de vie et une bonne observance thérapeutique ».