Automédication: «Certains médicaments en accès libre peuvent entraîner des problèmes cardiovasculaires et neurologiques»

INTERVIEW Le professeur Jean-Paul Giroud, pharmacologue, explique quelles sont les précautions à prendre...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Marseille le 8 février 2012. Illustration sur les médicaments.

Marseille le 8 février 2012. Illustration sur les médicaments. — P.MAGNIEN / 20 MINUTES

  • Selon une étude de « 60 millions de consommateurs », certains médicaments sont inefficaces et même dangereux.
  • Les femmes enceintes, les enfants et les personnes âgées sont les plus à risque.
  • Au moindre signe inquiétant, il faut consulter son médecin.

Les Français en raffolent, mais est-ce bien raisonnable ? Les médicaments disponibles sans ordonnance pour soigner les petits maux du quotidien se vendent comme des petits pains. Et pourtant, selon une étude publiée dans le magazine 60 millions de consommateurs ce mardi, près d’un médicament en accès libre sur deux est « à proscrire ». Le magazine dévoile même une « liste noire » de produits parmi les plus vendus.

Le professeur Jean-Paul Giroud, pharmacologue, qui a participé à l’étude, explique à 20 Minutes pourquoi ils peuvent être dangereux pour notre santé.

L’étude de 60 millions de consommateurs porte seulement sur 62 médicaments en accès libre. Mais ces conclusions seraient-elles aussi sévères si elle avait porté sur un plus grand nombre de médicaments ?

Oui, car j’ai moi-même analysé 4 000 médicaments délivrés sans ordonnance*. Et j’en ai conclu que 55 % d’entre eux étaient non seulement inefficaces, mais devaient être évités. Car s’ils n’ont aucun intérêt pour le patient, ils peuvent entraîner des effets indésirables. Et ce, parce qu’ils mêlent souvent plusieurs substances actives, comme c’est le cas avec beaucoup d’anti-rhume par exemple, qui mélangent un vasoconstricteur avec un antihistaminique et de l’ibuprofène.

Des effets indésirables de quel ordre ?

Certains d’entre eux peuvent entraîner des problèmes cardiovasculaires et neurologiques. Et c’est encore plus risqué en cas de surdosage, évidemment.

Des accidents sont-ils déjà survenus ?

Oui, même si on a très peu de données sur le sujet. Car très peu de patients déclarent les effets indésirables d’un médicament en accès libre à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Il y en a 30 par an.

Certains patients sont-ils plus à risque que d’autres ?

Oui, les femmes enceintes ou allaitantes, les jeunes enfants, les personnes âgées polymédicamentées ne doivent pas s’automédiquer. Ainsi que celles qui suivent un traitement quotidien pour une autre maladie, car les médicaments en accès libre peuvent interagir négativement en étant associés à d’autres traitements.

Et pour les autres, dans quels cas peuvent-ils s’automédiquer sans risque et dans quel cas doivent-ils l’éviter ?

Ils peuvent le faire s’ils ont un trouble bénin (rhume, constipation, mal de tête). A condition de ne pas avoir d’autres symptômes et de le faire sur une courte durée. Et à condition de ne prendre un médicament qui n’est composé que d’une seule substance active.

Mais comment le savoir ?

Par exemple, en tapant le nom du médicament dans la base de données medicaments.gouv.fr. Il faut aussi profiter d’une visite chez le généraliste pour lui demander quels médicaments on peut prendre, en fonction de son état de santé.

A quels signes faut-il être attentif lorsque l’on a pris un médicament sans ordonnance ?

Si on ressent des douleurs cardiaques ou si l’on a des palpitations, si on éprouve des troubles neurologiques (troubles de la vision, du langage), il faut tout de suite arrêter le médicament et consulter un médecin.

Vous recommandez aux voyageurs d’être encore plus vigilants…

Oui, car dans certains pays, le nombre de médicaments en accès libre est plus important qu’en France. Il faut donc se méfier encore plus et éviter de s’automédiquer à outrance.

* Automédication, le guide expert, Jean-Paul Giroud (Ed. La Martinière)