• Les Françaises allaitent plus rarement et moins longtemps que leurs voisines européennes.
  • Selon la dernière étude périnatale, le nombre d'enfants allaités baisse. Si le biberon est parfois un choix, certaines sont freinées dans leur désir d'allaiter.
  • Depuis quelques jours un cours gratuit sur internet est disponible pour que les parents puissent être mieux accompagnés et informés. 

S’il est bien un thème qui peut facilement crisper, c’est l’allaitement. Beaucoup de personnes, qui n’ont pas toujours eu un nouveau-né accroché à leur téton, partagent un avis, parfois tranché, sur le sujet. Particulièrement soumis aux injonctions contradictoires (allaiter, c’est bien… mais pas en public !), l’allaitement ne s’apparente pas toujours à une aventure heureuse et naturelle.

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Les Françaises allaitent davantage qu’il y a trente ans, mais selon l’enquête périnatale publiée en octobre, entre 2010 et 2016, l’allaitement exclusif pendant le séjour en maternité est passé de 60 % à 52 %. Si c’est à chacune de faire son choix, certaines manquent parfois d’informations et d’accompagnement. Au point que le lactarium d’Ile-de-France, soutenu par plusieurs centres et collèges nationaux de soignants, propose depuis cette semaine un MOOC, un cours gratuit sur internet pour les professionnels de santé et les futurs parents afin de faciliter l’allaitement, quand il est désiré. L’occasion de revenir sur quelques idées reçues.

Certaines femmes ne peuvent pas allaiter

Vrai. Mais, c’est « rarissime et cela correspond à des pathologies très spécifiques : soit des anomalies congénitales des seins, soit des pathologies endocriniennes rares, rassure Marie Thirion, pédiatre et auteure de L’Allaitement (Albin Michel). Un spécialiste de l’allaitement en voit peut-être deux dans toute sa carrière ! ». Faut-il prendre des précautions quand on suit un traitement ? « Pour la plupart des thérapies, on peut remplacer le médicament problématique pour que la mère puisse allaiter», insiste Jean-François Magny, chef de service en néonatologie à l’hôpital Necker AP-HP. Et quand on a traversé un cancer du sein ? « En général, elles n’ont été opérées que d’un côté et elles peuvent allaiter avec un seul sein », explique  Véronique Darmangeat, consultante de lactation.

Pourquoi les mères allaitent moins longtemps en France

Il est possible que le lait d’une femme ne soit pas assez nourrissant

Vrai et Faux. « Des prématurés ou des nourrissons qui ont eu un problème intra-utérin peuvent avoir besoin d’un complément prescrit par le pédiatre », explique le Dr Magny. Dans la majorité des cas, toutefois, le lait maternel couvre les besoins du nouveau-né. Pourtant, certaines mères ont l'impression qu'elle n'arrivent pas à nourrir suffisamment leur nouveau-né. Car le démarrage de l’allaitement peut s’avérer douloureux et stressant si le bébé n’arrive pas à têter, s’il a un frein de la langue trop court, s’il est mal positionné…

Autant de difficultés qu’il vaut mieux aborder avec un professionnel soit à la maternité, soit avec une sage-femme à la maison. « Le lait de début de tétée est moins riche que celui de fin de tétée », souligne Marie Thirion, d’où l’importance de vérifier qu’elle se fait facilement. « Ce n’est pas une question de temps, mais d’efficacité de la succion : certains bébés sont capables de se nourrir en trois minutes, d’autres restent sur leur faim après vingt minutes. »

Petits seins = peu de lait

Faux. Ce qui fait le volume des seins, ce n’est pas la taille de la glande mammaire, mais la graisse. « Le volume de lait dépend de la nutrition, de l’hydratation de la mère et surtout de la stimulation, reprend le Dr Magny. Si un enfant est mis au sein trois fois par 24h, ce n’est pas suffisant pour stimuler la lactation. »

Allaiter renforce les défenses immunitaires du nouveau-né

Vrai. Même si cela dépend beaucoup de la durée de l’allaitement exclusif. L’OMS recommande de garder au sein son enfant jusqu’à ses six mois. Sauf que le congé maternité s’achève en France dix semaines après l’accouchement et que toutes les entreprises ne sont pas équipées pour aider les femmes à continuer à allaiter.

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« Le lait maternel contient des anticorps et des prébiotiques qui vont aider le nouveau-né à se défendre », insiste le Dr Magny, qui a participé à ce MOOC. « Des études scientifiques montrent que les bébés qui n’ont pas été allaités sont plus souvent malades pour la sphère ORL et digestive que ceux qui ont eu du lait maternel, reprend Véronique Darmangeat. Mais c’est une statistique et non des cas individuels : vous avez des bébés non allaités jamais malades et l’inverse ! »

Et le pédiatre de mettre en garde contre une pression inutile : « Rien ne sert de donner un repère de durée minimum d’allaitement, car ce serait culpabilisant pour les mères qui n’arrivent pas à allaiter. Le lait maternel est le meilleur aliment pour le nouveau-né, mais les laits synthétiques ont une qualité nutritionnelle très bonne, en revanche ils ne transmettent pas les mêmes défenses immunitaires. » Mieux vaut un allaitement heureux pendant quelques semaines que se sentir obligée de poursuivre une expérience désagréable.

Allaiter empêche de tomber enceinte

Faux et Vrai. « Il peut arriver qu’une femme ait une ovulation pendant l’allaitement, mais c’est rare », assure Jean-François Magny. « Certaines études prouvent que l’allaitement est un moyen de contraception sûr dans certaines conditions : il faut que ça soit un allaitement exclusif, sans bout de sein (des protections en silicone du téton pour soulager douleurs et crevasses), avant le retour de couche, que le bébé ait moins de six mois et qu’il tête souvent, nuance Véronique Darmangeat. Donc s’il fait ses nuits, vous oubliez l’effet contraceptif ! »

L’alcool passe dans le lait…

Vrai. Si le message actuel reste zéro alcool pendant la grossesse, faut-il faire abstinence après l’accouchement ? Le politiquement correct répond oui. « Pendant la grossesse, le bébé boit quand la mère boit, c’est un passage en continu, mais le nouveau-né ne passe pas sa journée au sein ! », précise Véronique Darmangeat. Les mères peuvent donc s’adonner à un savant calcul si elles ont envie de redécouvrir le goût d’un verre de rouge avant la prochaine tétée. « Si une mère de 68 kg boit un verre, elle doit attendre 2h14 pour qu’il n’y ait plus d’alcool dans son sang et son lait », reprend-elle.

…Et les aliments que la mère mange parfument le lait

Vrai. Mais cela dépend des aliments. « Les molécules du goût passent dans le lait, reprend la consultante en lactation. Si une mère mange de l’asperge, son bébé va roter de l’asperge ! En revanche, le goût du chocolat ne passe pas dans le lait. » La bonne nouvelle, c’est qu’après les mois de privations de sushi et saucisson, les mères peuvent manger de tout. « Et même si elles mangent peu équilibré, ce qui est souvent le cas, le lait sera d’excellente qualité ! », rassure la spécialiste.

Allaiter empêche le père de construire une relation avec son bébé

Faux. C’est pourtant une crainte de certains futurs parents. Mais pour ces défenseurs de l’allaitement, il n’est en rien un frein dans la construction d’une famille épanouie. « Un bébé, ce n’est pas juste un tube digestif !, s’agace Véronique Darmangeat. Le père peut tout à fait tisser des liens avec son enfant grâce au peau à peau, au bain, en le portant. » Pour Marie Thirion, l’allaitement ne pose pas problème, mais « le père a toujours sa place, à condition qu’il la prenne et que la mère lui laisse ». Comme souvent, c’est à chaque couple de trouver son équation.

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