• Santé publique France publie ce mardi un article dans son BEH portant sur l’impact de la cigarette électronique sur la réduction et l’arrêt du tabac.
  • Selon les résultats de l’étude, si l’e-cigarette permet de réduire sa consommation de tabac, le fait d’associer cigarettes classiques et e-cigarette n’a pas une influence significative sur la réussite de l’arrêt définitif du tabac.

Envie d’arrêter de fumer, ou a minima de réduire le nombre de clopes grillées chaque jour ? Pour y parvenir, nombreux sont ceux qui passent par la case vapotage. Alors qu’a débuté l’opération Mois sans tabac, Santé publique France publie ce mardi dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) une étude consacrée à l’impact de la cigarette électronique dans l’arrêt du tabac. Selon le document, dont les données portent sur plus de 2.000 fumeurs suivis durant six mois* – les uns étant fumeurs exclusifs de tabac et les autres alliant tabac et vapotage —, les vapo-fumeurs parviennent davantage à réduire le nombre de cigarettes fumées chaque jour. Pour ce qui est de l’arrêt définitif du tabac, les chiffres sont moins formels.

Des résultats encourageants sur la réduction du nombre de cigarettes fumées

« Associée au tabac, l’utilisation d’une e-cigarette permet de réduire sa consommation de cigarettes fumées chaque jour », indique Anne Pasquereau, auteure de l’étude. Après six mois de suivi, les vapo-fumeurs ont plus souvent que les fumeurs exclusifs réduit de moitié leur consommation de cigarettes par jour en six mois (25,9 % contre 11,2 %). « Toutefois, l’objectif principal du fumeur est d’ arrêter totalement le tabac**, souligne Anne Pasquereau. Vapoter pour moins fumer est pour eux une étape très importante, mais cela ne doit rester qu’une étape menant vers un arrêt total de la cigarette classique ».

Au terme de l’étude, les vapo-fumeurs semblent avoir montré davantage de motivation dans leur projet d’arrêter le tabac. Ainsi, « parmi les fumeurs, ceux qui utilisaient régulièrement une e-cigarette ont plus souvent essayé d’arrêter de fumer au moins sept jours (22,8 % contre 10,9 %) », rapporte le document.

Une « méthodologie biaisée » ?

Cependant, « s’agissant de l’arrêt total du tabac, il n’y a pas de différence significative à six mois entre les fumeurs exclusifs et les vapo-fumeurs », note Anne Pasquereau. Selon les résultats de l’étude, « les taux d’arrêt du tabac de sept jours à six mois », de 12,5 % chez les vapo-fumeurs contre 9,5 % chez les fumeurs exclusifs, ne permettent pas de dégager une influence notable de l’e-cigarette sur l’arrêt définitif du tabac. « L’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer reste en débat », conclut l’étude.

« La méthodologie employée est gravement biaisée en défaveur de l’e-cigarette, conteste le Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue et auteur de l’ouvrage Le plaisir d’arrêter de fumer (éd. First). Il aurait fallu comparer des fumeurs exclusifs de tabac à des fumeurs qui se mettent au vapotage, estime-t-il. Chez ceux qui commencent le vapotage, un gros tiers d’entre eux parviendront à arrêter totalement de fumer, un tiers alliera tabac et vapotage et le dernier tiers sera en échec face à l’arrêt du tabac », expose le médecin. « Prendre des fumeurs qui allient déja tabac et cigarette électronique fausse les résultats », regrette-t-il. 

Concernant la méthodologie de l’étude, « nous avons en amont posé de nombreuses questions aux fumeurs que nous avons suivis, notamment sur leurs tentatives passées d’arrêter de fumer, répond Anne Pasquereau. Les indicateurs dégagés permettent, à motivation égale entre des fumeurs exclusifs et des vapo-fumeurs, d’obtenir les résultats présentés dans cette étude ».

Toutefois, malgré ce qu’il estime être un biais, « les chiffres de cette étude montrent tout de même que le vapotage a un impact positif dans les tentatives des fumeurs pour réduire ou arrêter le tabac », se réjouit le Pr Dautzenberg. « La cigarette électronique fonctionne comme un substitut nicotinique, mais elle n’en a pas le statut, considère-t-il. Son usage est infiniment moins risqué pour la santé que le fait de fumer de "vraies" cigarettes. A condition bien sûr de s’en servir correctement », complète le pneumologue qui « déplore toutefois le déficit de recherches sur le tabac en France ». Un avis pour partie partagé par l’auteure de l’étude : « en usage exclusif, il est vrai que l’e-cigarette est moins dangereuse pour la santé qu’une cigarette classique ».

* Enquête réalisée sur Internet en France métropolitaine avec suivi à 6 mois. Un échantillon de 2.057 personnes âgées de 15 à 85 ans a été recruté via un access panel et a participé au suivi à 6 mois. Lors du recrutement, 1.805 étaient des fumeurs exclusifs de tabac et 252 étaient des vapo-fumeurs (fumeurs utilisant régulièrement une e-cigarette).

** Pour en savoir plus, se rendre sur tabac-info-service.fr