«Je sens le plaisir infini que je lui procure»... Que pensent les femmes de la stimulation prostatique?

POINT P A l’occasion de Movember, « 20 Minutes » s’intéresse au plaisir prostatique et donne la paroles à plusieurs femmes, qui témoignent de leur rapport à cette pratique sexuelle…

Anissa Boumediene

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Un doigt savamment glissé dans l'anus de son homme peut lui procurer un orgasme d'une rare intensité, mais toutes les femmes ne sont pas prêtes à offrir ce plaisir à leur partenaire.

Un doigt savamment glissé dans l'anus de son homme peut lui procurer un orgasme d'une rare intensité, mais toutes les femmes ne sont pas prêtes à offrir ce plaisir à leur partenaire. — Vikki Grant / Mood Boar/REX/SIPA

  • A l’occasion de « Movember », mouvement dédié à la sensibilisation des cancers masculins, « 20 Minutes » se penche sur le plaisir prostatique. Une pratique encore taboue et source de clichés.
  • Le plaisir prostatique, qu’il soit pratiqué seul ou en couple, a ses adeptes.

Un orgasme d’une profondeur et d’une intensité inégalées. Assez discret aujourd’hui dans les conversations coquines, le plaisir prostatique, qu’il soit pratiqué seul ou en couple, a ses adeptes. Mais la stimulation de cette partie du corps se heurte encore à de nombreux tabous et connotations. Résultat : dans le couple, aborder la question du plaisir procuré par la prostate peut susciter de la gêne. Mais cela peut aussi ouvrir la voie à de nouvelles expériences sous la couette. Qu’elles soient plutôt timides sur le sujet ou décomplexées, des femmes ont raconté à 20 Minutes la place qu’occupe le plaisir prostatique de leur conjoint ou partenaire dans leur vie sexuelle.

La prostate : une source de plaisir méconnue

Quand on n’a pas exploré tous les contours de sa sexualité, l’anus ne se fait pas facilement une place au rang des zones érogènes du corps. Aujourd’hui encore, le plaisir tiré de la prostate est pour de nombreuses femmes une sphère totalement méconnue. « Seule, je n’y aurais jamais pensé, c’est par mon conjoint que j’ai appris que ça existait, explique Laura. On grandit sexuellement avec l’idée que l’orgasme masculin vient par la stimulation du pénis, la pénétration active ou la fellation. Si la parole est plus libre aujourd’hui, le plaisir prostatique est encore assez tu, estime-t-elle. Autant il y a toute une littérature grand public sur l’éjaculation précoce par exemple, autant il est rarissime que les articles en matière de sexe soient consacrés au plaisir prostatique. »

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Même constat pour Nadia. « Je ne savais même pas que la prostate pouvait être une source de plaisir pour un homme, avoue-t-elle. D’ailleurs, ce n’est pas une zone que mon mari semble avoir envie d’explorer sexuellement. Si par inadvertance, dans le feu de l’action, mes mains s’aventurent un peu trop près, il les repousse direct, bien qu’il n’y ait absolument aucune intention de ma part de m’approcher de son anus et de sa prostate ! Ce n’est tellement pas inné chez moi, ce n’est pas dans mes références en matière de sexe. »

Le frein hygiéniste

Mais si son mari lui demandait de lui procurer du plaisir par la prostate, Nadia « prendrai [t] le temps d’y réfléchir ». Toutefois, pour la jeune femme de 35 ans, les appréhensions liées à l’hygiène sont pour l’instant un frein qu’elle ne se voit pas surmonter. « Quand on fait l’amour, c’est beau et crade à la fois, les corps suintent, il y a des sécrétions, ça fait partie du truc. Mais l’idée de mettre un doigt dans le cul de mon mec, c’est pas possible, ça me dégoûte ! C’est par là qu’il défèque, donc pour moi cette zone-là est un non-sujet sexuel. » Une pensée assez répandue et pas étonnante. « C’est logique, c’est dans la continuité de la perception des sécrétions corporelles, globalement perçues comme sales, analyse la Dr Axelle Romby, médecin sexologue à Paris. Dans le cadre du plaisir prostatique, on touche aux selles, ce qui peut être insurmontable chez certaines femmes. Il faut être décomplexé pour être à l’aise à l’idée de stimuler sexuellement la zone liée aux selles, et avoir suffisamment envie de faire plaisir à l’autre au risque de se confronter à des odeurs. »

Mais, en y réfléchissant bien, « si mon mari en avait vraiment envie, je pense que je pourrais essayer de lui faire ce plaisir, considère Nadia. Mais je commencerais par une stimulation externe, ou alors je mettrais un gant. »  C’est d’ailleurs pour la stimulation externe qu’a opté Laura, « pas à l’aise pour mettre un doigt » dans l’anus de son conjoint, notamment « par peur de lui causer de la douleur », mais « surtout pour des questions d’hygiène ».

S’affranchir du tabou

Au-delà la barrière de l’hygiène, le plaisir prostatique véhicule de nombreux tabous. « Ce qui pose problème n’est pas le plaisir prostatique en soi, c’est le fait d’être pénétré, précise la Dr Romby. Comme il s’agit de pénétrer l’anus, cela véhicule l’idée que cette pratique ne concerne que les gays ou les femmes. Cela renvoie à l’organisation hétérosexiste qui est très présente dans notre société et pose la question de "qu’est-ce que c’est que d’être un homme ?" Le plaisir prostatique n’est donc pas un tabou sexuel en tant que tel, mais un tabou de la définition genrée de la sexualité. »  S’affranchir de ce tabou et intégrer le fait que le plaisir prostatique n’est pas une pratique liée à son orientation sexuelle permet ainsi de se libérer.

Son goût pour le plaisir prostatique, le compagnon de Laura ne le cache pas et il n’en ressent aucune gêne ou remise en question de sa masculinité. « C’est un homme expérimenté, qui adore le sexe et découvrir de nouvelles sensations, raconte Laura. Lui qui est un peu le stéréotype de l’hétéro macho, il est complètement affranchi des idées reçues et des connotations homosexuelles liées au plaisir prostatique. Il est totalement décomplexé dans sa sexualité et n’hésite pas à me guider par ses mots et ses gestes. Alors, parfois, quand on fait l’amour, comme je sais qu’il aime ça, je le caresse au niveau du périnée, entre les testicules et l’anus, et je sens que ça lui donne du plaisir. »  Pour la sexologue Axelle Romby, « il s’agit d’hommes qui ont développé leur sexualité dans un but d’érotisme et de plaisir, qui ne sont pas, dans l’acte sexuel, dans la manifestation de leur masculinité. Car, si on est à l’aise avec sa masculinité, il n’y a alors aucun sentiment de domination dans le fait de s’abandonner à cette forme de plaisir. Ce qui montre bien les différents niveaux d’assertivité sexuelle. »

C’est avec l’un de ses amants, lui aussi affranchi de tous les tabous en matière de sexe, que Nicole a commencé à s’intéresser au plaisir prostatique il y a quatre ans, à l’occasion d’un atelier érotique. « Je suis très curieuse dans le sexe, souligne celle qui a eu 60 ans il y a peu. J’avais un amant ouvert à la découverte de ce nouveau plaisir donc on s’est dit qu’on allait tenter ensemble et on s’est lancés. »

Inversion des rôles et plaisir de faire jouir

Quatre ans plus tard, Nicole « [s]'occupe beaucoup de la prostate de [s] on amant ». Pour le stimuler de manière experte, « j’ai participé à un atelier consacré au plaisir prostatique. Ainsi, je sais aujourd’hui qu’il existe différents orgasmes liés à l’anus : le pur orgasme anal, procuré par la sodomie et commun aux hommes et aux femmes, et l’orgasme prostatique. » Aujourd’hui, pour mener son partenaire sur la voie de l’extase prostatique, Nicole a plaisir à utiliser quelques accessoires, tous minutieusement choisis. « Pour le faire jouir, j’utilise soit un stimulateur prostatique, soit un gode-ceinture », indique-t-elle. « Mais la première fois que j’ai essayé le gode-ceinture, je ne faisais pas la fière ! On tâtonne, on a peur de faire mal et de mal faire. » Et il lui a fallu du temps pour dégoter le bon : « S’il est trop gros et trop long, on peut à la rigueur procurer à son partenaire un orgasme anal, mais si c’est vers l’orgasme prostatique que l’on veut mener son partenaire, il faut un gode petit et bien recourbé, qui viendra exciter pile le point P, conseille Nicole. Le mien a la taille et la forme parfaites, et fait l’effet de deux doigts glissés au bon endroit. »

Cette exploration, Laura et Nadia ne se sentent pas de la tenter. « Les sex-toys, de manière générale, c’est pas mon truc, donc je ne me verrais vraiment pas utiliser un gode ou un plug avec mon mec, et encore moins un gode-ceinture, je me sentirais complètement ridicule ! » pense Laura, qui imagine toutefois que « pénétrer un homme doit donner un sentiment à la fois de puissance, en étant capable de faire jouir son partenaire de manière active, et à la fois d’intimité ultime dans son couple ». Un schéma qui « déconstruit mes représentations dans la sexualité, abonde Nadia. L’acte de pénétration est selon moi très genré, ce serait comme si la femme devenait l’homme, et cette inversion des rôles est très déroutante. »

Nicole, elle, ne voit pas les choses de cette manière. « Pour moi, il n’existe pas de pratiques spécifiquement aux femmes, aux hommes, aux gays ou aux hétéros. Quand je prends un homme, cela procure beaucoup de plaisir, parce que je lui en donne beaucoup. En tant que femme, être pénétrée a parfois un côté passif, alors c’est agréable d’inverser les rôles, d’avoir la main et de mener la danse, je joue à la dominatrice. On s’amuse : un coup c’est lui qui mène, un coup c’est moi. » Au-delà de l’inversion des rôles, « c’est très fort pour moi de pouvoir offrir ce plaisir à mon amant. Lorsqu’il jouit en pénétrant, l’éjaculation est ressentie comme une explosion, mais lorsqu’il jouit d’un orgasme prostatique, c’est complètement différent, c’est plus diffus et profond : c’est une implosion de plaisir qui inonde son corps de la tête aux pieds, qui peut même durer plusieurs minutes, décrit Nicole. Quand je le pénètre, je sens le plaisir infini que je lui procure. Je l’entends rien qu’au son de sa voix, plaisante-t-elle. Il monte dans les aigus et là, mieux vaut avoir fermé les fenêtres ou l’avoir bâillonné. »