• Le phénomène a été remarqué dès 2011 aux Etats-Unis parmi la population étudiante, les femmes en particulier. Une autre étude s’est aussi penchée sur cette addiction chez les étudiantes australiennes.
  • Les motivations évoquées ? Garder la ligne, s’enivrer plus vite, économiser de l’argent…
  • Pour Laurent Karila, psychiatre spécialiste des addictions, l’alcoolorexie est un très mauvais calcul… pour la santé.

« Drunkorexia »… Le terme anglais est un mix entre « drunk » (« saoul ») et « anorexia ». En français, cela donne « alcoolorexie », une tendance comportementale préoccupante qui consiste à manger moins afin de boire sans culpabilité, l’alcool étant bourré de sucres et donc de calories.

Vendredi dernier, le journal britannique The Independent consacrait un article à ce phénomène qui n’est pas encore cliniquement reconnu mais atteindrait des proportions inquiétantes dans la population étudiante. Fin juin 2016, une étude parue dans la revue scientifique Australian Psychologist, tentait déjà d’évaluer l’ampleur du phénomène auprès de 136 étudiantes australiennes, âgées de 18 à 25 ans.

Un phénomène décrit chez les étudiantes américaines dès 2011

Résultat : 57,7 % des sondées ont reconnu avoir suivi dans les trois derniers mois précédant l’enquête des phases de diètes alimentaires, parfois importantes, en prévisions de fêtes à venir (ou parfois après) pour compenser les calories prises en ingurgitant de l’alcool. L’un des comportements communs observés, pour 37,5 % des sondées, consiste à sauter des repas avant une soirée.

« Ce phénomène comportemental avait déjà été décrit en 2011 aux Etats-Unis, notamment par Victoria Osborn, de l’université du Missouri, explique à 20 Minutes Laurent Karila, psychiatre spécialiste des addictions à l’hôpital Paul-Brousse (Val-de-Marne) et coauteur de Tous addicts et après ? (Ed. Flammarion). Dans cette étude, 16 % des sondées expliquaient se mettre à la diète en prévision d’une soirée. Les motivations invoquées ? « Limiter les prises de poids, économiser de l’argent sur l’achat de nourriture pour acheter plus aisément de l’alcool, mais aussi être alcoolisée plus vite », notait Victoria Osborn.

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La recherche d’une ivresse rapide ?

Laurent Karila s’attarde sur ce dernier point : « La recherche d’une ivresse plus rapide en arrivant en soirée à jeun. » Il définit  alors l’alcoolorexie comme une forme de « binge drinking », un mode de consommation excessif de boissons alcoolisées sur une courte durée.

Ce phénomène débarque-t-il en France ? « On interroge systématiquement les filles et garçons que nous voyons en consultation pour des problèmes de binge-drinking sur leurs modes alimentaires, poursuit Laurent Karila. Il n’y a pas encore d’études en France sur l'alccolorexie en particulier, mais je ne vois pas pourquoi nous serions épargnés. D’autant qu’aujourd’hui, les réseaux sociaux peuvent faciliter la propagation de ce type de phénomène de mode. Il suffit de trois ou quatre témoignages de personnes racontant qu’elles jeûnent avant les soirées pour que ça se propage. »

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« Un très mauvais calcul »

L’alcoolorexie ne se limiterait toutefois pas qu’au milieu étudiant. Interrogée par The Independent, la nutritionniste Rhiannon Lambert, spécialiste des troubles alimentaires, élargit le phénomène et évoque notamment les femmes en début de carrière soumise à des pressions sociales contradictoires : d’un côté, la pression d’être mince, de l’autre, celle d’avoir une vie sociale bien remplie. « Il existe aussi une pression sociale à consommer en groupe et à consommer vite », indique Laurent Karila

Reste que s’imposer des diètes intenses pour s’alcooliser plus vite, « est un très mauvais calcul », insiste Laurent Karila. « Cela aggrave les conséquences de l’alcool sur le foie et l’estomac mais aussi sur le cerveau, d’autant plus chez les jeunes personnes en pleine période de maturation cérébrale, c’est-à-dire jusqu’à 20-25 ans. »