• Selon le baromètre 2016 de l’agence Santé Publique France, un quart des Français ne sont pas confiants à propos des vaccins.
  • La défiance s’explique notamment par la crainte de certains liées aux adjuvants aluminiques contenus dans nombre de vaccins.
  • Santé Publique France rappelle que seule une couverture vaccinale élevée crée une immunité de groupe permettant l’élimination de certaines maladies.

Entre les Français et la vaccination, c’est une histoire compliquée. Selon le baromètre santé 2016 de l’agence Santé Publique France, à paraître ce jeudi dans un  Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) hors-série consacré à la vaccination, seule 75 % de la population est favorable aux vaccins, contre 78,8 % en 2014. Une défiance qui ne s’est d’ailleurs pas arrangée avec l’annonce de l’extension de l’obligation vaccinale pour les tout-petits, qui passera de trois à onze vaccins au 1er janvier 2018.

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Une méfiance française

Dans le détail, si 2,4 % des Français sont hostiles à la totalité des vaccins, 41,5 % de la population se déclare défavorable à certains vaccins en particulier. Au premier rang desquels celui contre la grippe saisonnière, auquel 15,4 % des Français interrogés sont réticents. Les Français sont également défavorables au vaccin contre l’hépatite B (13 %) et à celui contre les infections à papillomavirus (5,8 %). « Il y a assez peu de réticences face aux vaccins infantiles », tient à souligner le Dr Christine Jestin, responsable de l’unité de prévention des risques infectieux et environnementaux de ‎Santé Publique France. Peu, peut-être, mais il y en a quand même, car « 13 % des parents d’enfants de moins de 15 ans interrogés dans le cadre de l’enquête du baromètre santé ont indiqué qu’ils ne feraient pas vacciner leurs enfants si le DTP n’était pas obligatoire », dévoile le Dr Jestin.

« La défiance a clairement été accentuée par la gestion catastrophique du dossier du vaccin contre la grippe H1N1 par la ministre de la Santé d’alors, Roselyne Bachelot », estime le Pr Henri Joyeux, oncologue, professeur honoraire à la Faculté de médecine de Montpellier et à l’initiative d’une pétition plaidant pour un vaccin DTP sans adjuvants aluminiques qui a dépassé le million de signatures. Pour le Dr Jestin, la défiance s’explique plutôt par « le faible niveau de connaissance générale des Français sur la vaccination ». Pour certains parents et pour le Pr Joyeux, cela tient notamment à la présence d’aluminium dans nombre de vaccins infantiles.

La question des adjuvants aluminiques

« Le système immunitaire d’un bébé n’est fini qu’autour de ses 2 ans, explique le Pr Joyeux. Faire les 11 vaccins obligatoires revient à injecter 3 mg d’aluminium dans le corps d’un tout-petit, or seule la moitié de cet aluminium sera évacuée, expose-t-il. L’autre moitié, elle, se fixera sur le point de vaccination, dans les os, avec des risques pour la santé », poursuit-il, citant notamment les travaux du Pr Romain Ghérardi, qui a mené des recherches sur les effets des sels d’aluminium contenus dans les vaccins.

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« On me qualifie d’anti-vaccins mais c’est faux », assure le Pr Joyeux, qui se voit plutôt « comme un lanceur d’alerte. Je suis contre les abus liés à la vaccination, les parents devraient pouvoir disposer de vaccins sans aluminium pour leurs enfants ». Plutôt que l’obligation vaccinale étendue à 11 vaccins, le Pr Joyeux « plaide pour que les huit vaccins supplémentaires soient administrés au cas par cas, en concertation avec le médecin, pour les enfants à risques ».

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« Les adjuvants aluminiques sont indispensables dans nombre de vaccins, répond le Dr Daniel Levy-Bruhl, épidémiologiste, responsable de l’unité de vaccination de Santé Publique France. Les études menées sur ces adjuvants n’ont pas mis en évidence de danger sanitaire, réfute-t-il, avançant par ailleurs que le système immunitaire d’un bébé est mature chez un bébé de 2 mois ».

« Favoriser l’immunité de groupe »

Pour l’épidémiologiste, le plus important est que « la vaccination offre un double degré de protection. Une protection individuelle d’abord, mais aussi collective. Car une couverture vaccinale élevée permet aussi de favoriser l’immunité de groupe ». Kézako ? « Lorsqu’une couverture vaccinale élevée atteint un certain seuil, les rares personnes non vaccinées - donc non immunisées- contre un agent pathogène ont moins de risques d’y être exposées justement parce que la très grande majorité de la population environnante est vaccinée et ne peut donc plus leur transmettre la maladie contre laquelle elle est vaccinée », détaille-t-il. Ce qui évite des contaminations en cascade. « Seule une couverture vaccinale élevée crée une immunité de groupe, qui constitue une barrière très précieuse pour protéger les personnes trop fragiles pour recevoir un vaccin, à commencer par les nouveau-nés, ainsi que ceux qui ont échappé à l’obligation ou aux recommandations vaccinales ».

Une couverture vaccinale insuffisante « affecte inexorablement cette immunité de groupe », avertit le médecin. En atteste l’épidémie de rougeole qui a sévi en France ces dernières années, «  directement liée à un défaut de vaccination. La couverture vaccinale insuffisante n’a pas atteint un seuil permettant de créer une immunité de groupe et a coûté la vie de bébés et d’enfants. Des décès qui auraient pu et dû être évités », déplore-t-il.

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A contrario, «le DTP, assorti d’une couverture vaccinale de 99 % de la population, a permis la disparition totale de la diphtérie aujourd’hui en France, relève le Dr Lévy-Bruhl. De même, la mise en place de la vaccination contre Haemophilus influenza b [qui va devenir obligatoire] a ainsi permis ces dernières années la disparition quasi-totale des méningites causées par ces bactéries».