Doubler le nombre de maisons de santé, une mesure vraiment efficace?

POLITIQUE La ministre de la Santé et le Premier Ministre ont dévoilé un plan de lutte contre les déserts médicaux...

Oihana Gabriel

— 

Agnès Buzyn, ministre de la Sante, et Edouard Philippe, Premier ministre, place Beauvau le 6 septembre 2017.

Agnès Buzyn, ministre de la Sante, et Edouard Philippe, Premier ministre, place Beauvau le 6 septembre 2017. — SIPA

  • Emmanuel Macron avait promis de doubler le nombre de maisons de santé pluridisciplinaires d'ici 2022. 
  • Mais cette réponse n'est pas une solution miracle et doit être accompagnée par beaucoup d'autres mesures. 
  • Il faut une réflexion globale pour rendre plus attractif le métier de généraliste dans les déserts médicaux. 

La France n’a jamais compté autant de médecins, mais certains territoires font face à une pénurie de généralistes. Dans la Creuse, près de Toulouse, mais à Paris aussi… Relever le défi d’une lutte efficace contre les déserts médicaux, un problème déjà criant mais qui ne va faire que s’accentuer, mérite un plan ambitieux. Vendredi, le Premier Ministre et la ministre de la Santé ont dévoilé leurs pistes à Châlus, en Haute-Vienne. Et notamment l'engagement de doubler le nombre de maisons de santé pluridisciplinaire une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Efficace ?

>> A lire aussi : Ils attendent que ça passe ou se soignent avec des plantes, bienvenue dans un désert médical

Certaines maisons de santé vides

Selon un rapport du Sénat, la France comptait 910 maisons de santé pluri-professionnelles et 334 projets en cours de réalisation en mars 2017… contre 20 en 2008. Un boom qui va se poursuivre, donc.

Et pourtant, beaucoup de voix s’élèvent pour dire que ces maisons de santé ne sont pas la panacée. En effet, certaines sont déjà vides… Ou attendent désespérément un généraliste comme à Avanton, près de Poitiers. « Les fondations d’une maison de santé, c’est le projet médical porté par les médecins sans quoi ça ne fonctionne pas », assure Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), qui regrette que certains élus aient construit des murs sans solliciter en amont les médecins.

>> A lire aussi : L'UFC-Que choisir dénonce «l'aggravation de la fracture sanitaire» et exhorte le gouvernement à réagir

Des solutions alternatives

Autre problème : ce genre de structure demande beaucoup d’énergie et de temps pour aboutir. « Le regroupement des médecins, il faut l’encourager mais pas forcément sous le même toit, en passant par une organisation commune ou la télémédecine », reprend-il. Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France (FMF), parle, lui, de développer des « pôles médecins », pour partager leurs fichiers, leurs internes.

« Les maisons de santé, ce n’est pas la solution idéale », tranche Olivier Le Pennetier, président de l' Intersyndicat national des internes (ISNI). Lui prône plutôt le développement de centres de santé. « La seule différence, c’est que les médecins sont salariés, il sont soulagés de toutes les démarches administratives, reçoivent un salaire fixe, bénéficient d’avantages sociaux (congé maternité, maladie). Ce qui est assez demandé par les jeunes. De bonnes conditions de travail, c’est un levier plus efficace que l’aide financière. ».

« Il n’y a pas de solution miracle, c’est forcément un puzzle de propositions qu’il faut prendre, complète Jean-Paul Ortiz, président du principal syndicat de médecins libéraux. Une vision que la ministre de la Santé semble partager : « Il n’existe pas de solution unique », a t-elle rappelé mercredi devant l’Assemblée.

Encourager les étudiants à venir en zone sous-dense

Pour que ces murs ne restent pas vides, et plus globalement que tous les Français puissent être soignés, la CSMF a proposé cet été une série de propositions… qu’elle espère retrouver dans les annonces de ce vendredi. « Pour améliorer la découverte du métier chez les étudiants, il faut faciliter les stages des internes dans ces déserts médicaux », reprend le président de la CSMF. Avec notamment une aide à l’hébergement, au transport.

C’est une piste que Royère-de-Vassivière, un village de 2.000 âmes de la Creuse, a testé avec succès. « Les internes ont été logés gratuitement, ont reçu une petite prime et maintenant deux d’entre eux se sont installés dans cette région », se réjouit Jean-Paul Hamon, président de la FMF. Qui y voit la preuve que faire découvrir ce métier gratifiant est un préalable. Pour lui, les incitations financières doivent aller plus loin pour renforcer l’attractivité du métier : « Il faut que le salaire des internes dans ces régions sous-denses soit doublé, cela a fonctionné en Corse et à Belle-île. De même, il faut des maîtres de stage bien formés et bien rémunérés. »

Installation et maintien

Deuxième temps : l’installation. Des aides financières à l’installation ont déjà été mises en place par la précédente ministre de la Santé. Et selon le rapport du Sénat, « leur bilan est plutôt modeste car le levier financier n’est pas décisif dans les décisions d’installation ; mais leur légitimité demeure ».

« Le maître mot pour les jeunes médecins, c’est de travailler en équipe, il faut donc encourager le regroupement sous toutes ses formes : des libéraux avec des praticiens hospitaliers, des généralistes avec des spécialistes, des médecins avec des paramédicaux », avance le Dr Ortiz. « C’est plus simple d’annoncer un chiffre de création de maisons de santé, mais c’est une réflexion transversale qu’il faut lancer pour « reruraliser » et qui ne concerne pas seulement le ministère de la Santé », ajoute Olivier Le Pennetier. Avec des coups de pouce pour limiter le nombre de gardes et le travail administratif, aider le conjoint à trouver du travail, scolariser les enfants…

>> A lire aussi : Comment lutter contre les déserts médicaux? Avec «Merci Docteur»

Enfin, certains prônent des pistes pour maintenir les retraités en activité. « Beaucoup de médecins qui arrivent à l’âge de la retraite arrêtent la mort dans l’âme, ils travailleraient bien quelques jours par semaine, mais c’est financièrement peu intéressant, assure le président du premier syndicat de médecins libéraux. Pour favoriser l’exercice du cumul emploi-retraite, il faudrait alléger leurs cotisations. »