La souffrance des médecins, un mal grandissant en Rhône-Alpes

SANTE Le réseau Asra, créé par des médecins, observe une hausse de l’épuisement professionnel chez les praticiens libéraux et hospitaliers…

Elisa Frisullo

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De plus en plus de médecins hospitaliers en difficulté appellent le réseau. Illustration.

De plus en plus de médecins hospitaliers en difficulté appellent le réseau. Illustration. — Elisa Frisullo / 20 Minutes

  • Le Réseau Asra a été créé par des médecins pour venir en aide à leurs confrères en difficulté.
  • Le réseau assure une astreinte téléphonique permanente pour écouter et orienter les médecins en souffrance.
  • L’épuisement professionnel touche à la fois les médecins libéraux et les praticiens hospitaliers.

Ils sont encore peu nombreux à faire la démarche d’appeler à l’aide. Mais le mal-être des médecins n’en reste pas moins un mal grandissant, selon le réseau d’aide aux soignants de Rhône-Alpes (Asra). Cette structure, encore peu connue dans le monde médical, a été créée en 2012 par le conseil régional et les conseils départementaux de l’Ordre des Médecins de la région et l’Union Régionale des Professionnels de Santé Médecins Libéraux (URPS) pour répondre à la recrudescence de l’épuisement professionnel observé chez les praticiens de la région.

En cinq ans, Asra a reçu 400 appels de médecins en souffrance, soit entre cinq à dix appels par mois. « Le nombre d’appels est encore limité, mais on sait qu’il y a beaucoup plus de médecins en souffrance. Pour eux, faire la démarche d’appeler à l’aide n’est pas évidente », a expliqué le président d’Asra, le docteur Michel Evreux, qui a présenté ce mardi à Lyon les missions du réseau, et le profil des praticiens accompagnés.

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Le malaise des médecins hospitaliers

Près de 40 % des médecins qui ont appelé le réseau depuis 2012 sont des généralistes, âgés de 52 ans en moyenne, 36 % des praticiens d’autres spécialités. « Cette année, on observe une montée en puissance des médecins qui travaillent à l’hôpital ou des internes. Ce qui n’est pas étonnant. L’hôpital est en restructuration permanente, les lois se succèdent et on se retrouve avec des personnels hospitaliers qui subissent une pression administrative forte », ajoute le Dr Georges Granet, secrétaire du réseau.

Plus de la moitié de ces appels sont dus à l’épuisement professionnel ou à une situation conflictuelle entre le médecin et un confrère ou sa hiérarchie. « L’épuisement professionnel a des causes multiples : il peut être dû au manque de médecins, aux contraintes administratives de plus en plus nombreuses imposées aux praticiens, aux horaires de travail, aux patients de plus en plus exigeants. Mais aussi à des soucis familiaux ou des problèmes financiers », détaille Michel Evreux.

Une écoute téléphonique 24 heures/24

Le réseau est également sollicité par des médecins qui sont tombés dans une addiction, à l’alcool le plus souvent, qui rencontrent des problèmes psychiatriques ou sont en difficulté financière.

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Pour répondre à leurs confrères en souffrance, 44 médecins volontaires et bénévoles, formés à l’écoute, assurent une permanence téléphonique (0 805 62 01 33), joignable chaque jour, 24 heures/24h. Dans les deux tiers des cas, suite à cet appel anonyme et strictement confidentiel, les médecins sont orientés dans les 72 heures vers l’une des 55 personnes-ressources du réseau. Des psychiatres, psychologues, addictologues, avocats ou encore des fiscalistes.

Dans les situations les plus compliquées, pointant des difficultés dans un service hospitalier par exemple, Asra alerte l’Agence régionale de santé. « La souffrance des médecins est un enjeu de santé publique. Car un médecin qui va mal soigne mal. Et un médecin qui s’arrête, c’est un praticien en moins dans un contexte déjà marqué par le problème de démographie médicale », estime Georges Granet, animé par une seule volonté : aider ses confrères avant des issues plus dramatiques.

« Le taux de suicide pour l’ensemble de la population est d’environ 3,5 %. Chez les médecins libéraux, il monte à 14 % », rappelle-t-il.