• De nombreuses études ont dévoilé depuis une dizaine d'années en France que les stéréotypes de genre, bien ancrés dès l'enfance, ont des conséquences négatives sur la santé.
  • Un court essai paru récemment Femmes et santé, encore une affaire d'hommes? résume à la fois l'évolution historique et les conséquences diverses de ces clichés sur les femmes, mais aussi sur les hommes.

Certaines femmes meurent d’un arrêt cardiaque parce que personne n’a pensé à leur faire un électrocardiogramme. D’autres se tordent de douleur une semaine sur quatre et attendent des années avant d’apprendre qu’elles souffrent d’endométriose. Et ces mauvais ou tardifs diagnostics s’expliquent parfois par des stéréotypes de genre. C’est tout l’objet du court et passionnant ouvrageFemmes et santé, encore une affaire d’hommes ? (Belin) paru récemment. Signé par la neurobiologiste Catherine Vidal et l’historienne Muriel Salle, ce petit précis rappelle avec quelques chiffres et exemples parlants combien les clichés nuisent à la santé. Des femmes, mais aussi des hommes…

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Les stéréotypes de genre intéressent…

Depuis une dizaine d’années, l’OMS et de nombreux instituts de recherche français se penchent sur ces liens entre clichés et santé. « On a longtemps eu tendance à réduire les inégalités de santé à des différences biologiques, rappelle Catherine Vidal, neurobiologiste, féministe et co-auteure de l’ouvrage. Mais elles sont aussi influencées par des facteurs qui relèvent de l’environnement. »

Et la neurobiologiste d’illustrer ainsi les stéréotypes de genre : « pour constituer un capital osseux de bonne qualité, il faut une alimentation équilibrée et de l’exercice physique. Il s’avère que dans l’éducation, les filles font moins de sport que les garçons et si en plus à l’adolescence elles tombent dans l’anorexie, elles peuvent avec des carences qui détériorent ce capital osseux. » Tout ne dépend donc pas des hormones comme on l’a longtemps cru !

Des conséquences lourdes

La vision d’un « sexe faible » porte préjudice aux femmes. Notamment quand on observe que l’infarctus est sous-diagnostiqué chez elles… alors qu’elles en meurent plus souvent que les hommes. « Une femme qui se plaint d’oppression dans la poitrine va recevoir des anxiolytiques alors que l’homme sera dirigé vers un cardiologue, résume la neurobiologiste. Or, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes… et le cancer du sein est à la 10e place au niveau mondial ! »

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Mais si les conséquences dramatiques pour cette pathologie commencent à être connues, ces clichés font des dégâts pour bien d’autres maladies. Ainsi, l’autisme est sous diagnostiqué et découvert plus tardivement chez les filles. « Le repli sur soi est vu comme de la timidité chez une petite fille alors qu’il sera interprété comme un trouble de la communication pour un garçon, explique la chercheuse qui co-dirige le groupe « Genre et recherche en Santé » du Comité d’éthique de l’Inserm. Cela montre à quel point les représentations sociales vont avoir des conséquences graves dans la prise en charge et l’accès au soin. »

Les hommes également victimes…

Mais il n’y a pas que les femmes qui se retrouvent victimes de ces préjugés. « En miroir, l’ostéoporose n’est pas assez diagnostiquée chez les hommes, or un tiers des fractures de la hanche sont dues à cette maladie des os fragiles, reprend Catherine Vidal. Parce que le stéréotype, c’est que cette pathologie est réservée aux femmes ménopausées. »

De même, la dépression est sous-diagnostiquée chez les hommes. « Si on se concentre uniquement sur les symptômes classiques : tristesse, fatigue, pleurs, il y a en moyenne deux fois plus de femmes déprimées que d’hommes, reprend la neurobiologiste. Mais si on prend en compte des symptômes alternatifs fréquents chez les hommes : agressivité, comportements à risques, abus d’alcool, hyperactivité, on s’aperçoit qu’il y a autant de femmes que d’hommes qui souffrent de dépression. La façon dont ils expriment leur malaise va prendre des formes qui correspondent aux normes du masculin et du féminin dans la société. »

Recherche, formation et information

Longtemps, les femmes ont été tout simplement exclues de la recherche médicale. Difficile alors de savoir quelles sont les causes du cancer de l’utérus ou de l’endométriose… Une étude aux Etats-Unis sur obésité et cancer du sein a testé… uniquement des hommes. Mais depuis une trentaine d’années, les choses ont évolué. Aujourd’hui, 33 % des femmes sont incluses dans les essais cliniques en France. « La prévalence de la maladie cardiovasculaire atteint 40 % pour la femme, il faudrait qu’elle soit également à 40 % dans les essais cliniques », souligne Muriel Salle. La route est donc encore longue…

Pour accélérer cette prise de conscience, les deux auteures espèrent avec cet essai « éveiller la vigilance du corps médical, mais aussi du patient pour qu’une femme apprenne à faire contrôler son cœur et un homme son squelette », souligne Catherine Vidal. Une sensibilisation complétée par une campagne qui sera lancée début novembre par l’Inserm : six clips d’une minute en français et anglais rappelleront au grand public ces inégalités de santé liées aux clichés.