Vaccins: L'ANSM veut que les recherches sur l'aluminium se poursuivent... mais refuse de payer

POLEMIQUE Les adjuvants des vaccins sont au coeur des inquiétudes de certains parents qui refusent de vacciner leurs enfants alors même qu'un avis de l'ANSM relance les débats...

O. G. avec AFP

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Des vaccins produits sur le site Sanofi Pasteur le 7 juillet 2016 à Marcy-l'Etoile, près de Lyon

Des vaccins produits sur le site Sanofi Pasteur le 7 juillet 2016 à Marcy-l'Etoile, près de Lyon — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK AFP

  • Un avis de l'ANSM datant de mars et révélé par «Le Parisien» s'intéresse aux les travaux du Pr Gherardi sur l'aluminium dans les vaccins.
  • Il étudie depuis des années les liens entre des particules d'aluminium dans les vaccins et une maladie, la myofasciite à macrophages, chez certains patients qui auraient des prédispositions génétiques. 
  • L'ANSM estime qu'il doit continuer et approfondir ses recherches... mais refuse de les financer.

Ce n’est pas un combat nouveau, mais un rapport de l'Agence du médicament, l'ANSM risque de relancer les interrogations sur la présence d'adjuvants à l’aluminium dans les vaccins. Cet avis, rendu le 8 mars sur les travaux du professeur Romain Gherardi, a été dévoilé par Le Parisien ce vendredi.

L'ANSM y assure que des recherches sur d’éventuels effets neurologiques dus à la présence d’aluminium dans les vaccins nécessitent « des approfondissements ».

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« Réplications et approfondissements sont nécessaires »

« Globalement, il y a une véritable logique dans ce projet, même s’il peut sembler avancer par petites touches sans construire encore un ensemble abouti », note encore le conseil scientifique. « L’apport de l’étude aux connaissances sur la sécurité des vaccins semble significatif, sans être encore déterminant », poursuit l'agence dans son avis, selon lequel « réplications et approfondissements sont nécessaires ».

Ces travaux de recherche ont été supervisés par le professeur Gherardi, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil). Un expert qui estime de longue date que les particules d’aluminium présentes dans les vaccins pourraient être à l’origine, chez des personnes génétiquement prédisposées, d’une série de symptômes (fatigues extrêmes, douleurs diffuses, troubles cognitifs, etc.). Tous seraient constitutifs d’une nouvelle maladie, la myofasciite à macrophages. Cette hypothèse est toutefois controversée au sein de la communauté scientifique.

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Un problème de financements

L'étude avait été confiée en 2014 par l’ANSM au professeur Gherardi à la suite d’un mouvement de protestation d’une association de malades, Entraide aux malades de la myofasciite à macrophages (E3M). Ces travaux, qui ont déjà fait l’objet de trois publications dans des revues scientifiques, s’articulent autour de deux deux axes : l'étude de la persistance dans l’organisme de l’aluminium et ses effets neurologiques sur des souris qui ont reçu des injections et celle d'une éventuelle prédisposition génétique pouvant expliquer une intolérance à l’aluminium. Ce volet fait l’objet d’un dépôt de brevet de la part des chercheurs.

Reste que les « approfondissements » attendus aujourd'hui par l'ANSM posent la question du financement, alors que le professeur Gherardi et ses équipes avaient reçu 150.000 euros de l’agence pour les travaux initiaux. L'expert a indiqué à l’AFP que la poursuite des recherches nécessiterait 670.000 euros. Un montant trop gourmand pour l'agence de santé.

« Nous avions estimé légitime que l’ANSM finance le Pr Gherardi pour qu’il puisse démarrer ses recherches (...). Il y a des pistes qui doivent être poursuivies mais l’ANSM n’est pas l’ANR [Agence nationale de la recherche] et n’a pas les capacités financières » pour assurer la poursuite de cette recherche, a fait savoir à l'AFP Dominique Martin, le directeur général de l'ANSM. « C’est à lui de trouver de nouveaux financements, publics et privés », a-t-il poursuivi. 

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Ce travail « ne remet pas en cause la sécurité des vaccins »

Dans un communiqué, l'ANSM tient à rassurer le grand public: «Les résultats des études de l’équipe du Pr Gherardi, ainsi que l’ensemble des rapports et publications disponibles à ce jour, ne modifient pas ce rapport bénéfice risque positif». Cette recherche « ne remet pas en cause la sécurité des vaccins », a encore martelé Dominique Martin, en ajoutant toutefois que « ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de problème de sécurité qu’il ne faut pas faire de recherche ».

Pour rappel, le sujet polémique de la vaccination est déjà revenu au premier plan ces dernières semaines avec la décision du gouvernement de porter de trois à 11 le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants dès 2018.