• Selon une enquête de la Société française de dermatologie dévoilée ce jeudi matin, 16 millions de Français souffrent d’une maladie de peau : acné, psoriasis, pelade, mycose, etc.
  • Des maladies à la fois très visibles, mais dont les impacts psychologiques sont aussi lourds que sous-estimés.
  • Les dermatologues espèrent qu’avec ces vastes données le grand public sera mieux informé sur ces maladies de peau.

Une grand-mère, qui souffrait de psoriasis, n’a jamais eu le droit de prendre dans ses bras son petit-fils. Une immense frustration et un sentiment de rejet que beaucoup de Français qui souffrent de maladies de peau partagent. Dévoilée ce jeudi matin, l’étude « Objectifs peau » de la Société française de dermatologie sur ces maladies dermatologiques dévoile combien les Français sont mal dans leur peau. Sur les 20.000 personnes interrogées, un tiers est concerné par des problèmes dermatologiques comme l’acné, le psoriasis, les verrues, l’eczéma, les pelades, etc.

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Mieux connaître ces maladies de peau

Objectif de cette étude inédite ? Mettre un coup de projecteur sur ces maladies de peau, aussi diverses que compliquées, que les dermatologues estiment sous-investies par les communicants tout comme par la recherche. La profession fait ainsi le pari qu’une meilleure connaissance de ces maladies alertera les pouvoir publics.

« La dermatologie, ce n’est pas que de l’esthétique, mais aussi des maladies fréquentes, parfois graves ou chroniques », résume Khaled Ezzedine, dermatologue à l’hôpital Henri-Mondor à Créteil. Concrètement, l’enquête dévoile qu’un tiers des Français de plus de 15 ans souffrent de maladies de peau, au premier rang desquelles l’acné (3,3 millions). Suivent l’eczéma ou la dermatite atopique (2, 5 millions), le psoriasis (2,4 millions), les maladies du cuir chevelu (2,3 millions), les mycoses (2,2 millions).

Autre enseignement, ces maladies procurent une immense souffrance : 54 % de ces patients souffrent d’anxiété ou de dépression. « La plupart du temps, dans les maladies de peau, la dimension physique est préservée, mais la santé psychologique est atteinte », analyse Charles Taieb, chef de projet de cette étude. Des difficultés accrues par le fait que 80 % de ces patients cumulent deux pathologies dermatologiques.

Des maladies « affichantes » et stigmatisantes

Comment l’expliquer ? « Quand on a un diabète ou de l’hypertension, personne ne le voit, quand on a un vitiligo, on ne peut pas le cacher », résume Khaled Ezzedine. « On parle de maladie "affichante" parce qu’elle est visible, complète Charles Taieb. Quand vous avez un bouton, les enfants de 8 ans ne vous font pas de cadeau, ironise-t-il. Et à 12 ans, c’est encore pire. » « L’acné, ça n’a l’air de rien alors que c’est la maladie de peau chez les adolescents qui provoque le plus d’idées suicidaires et de malaise », renchérit le dermatologue.

D’autant que les clichés abondent et le jugement des autres est parfois erroné. « Certains patients qui souffrent d’une maladie de peau peuvent être mis à l’écart parce qu’on les croit sales, souligne Stéphane Héas, sociologue et membre de la Société française des sciences humaines sur la peau. Ce rejet redouble la souffrance déjà présente dans l’atteinte corporelle. »

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Autre problème : beaucoup croient encore que toutes ces maladies sont contagieuses. « Cette souffrance, je la vois tous les jours, témoigne le dermatologue. C’est une mère qui explose en larmes parce que son fils a été interdit de piscine par peur de contagion sous prétexte qu’il a une hygiène déplorable alors qu’il souffre de vitiligo… et de stigmatisation. »

« La maladie dermatologique peut être un réel fardeau »

Et ce malaise a également à voir avec la localisation des pathologies. « La peau intervient dans presque chaque usage quotidien, son atteinte limite donc les capacités d’agir des malades », résume Stéphane Héas.

Illustration d'une main d'enfant atteint d'eczéma.
Illustration d'une main d'enfant atteint d'eczéma. - Association française de l'eczéma

 

Quand le visage, les mains sont atteintes, toute la famille en pâtit. C’est une caresse qu’on n’ose plus faire, le dégoût de son partenaire, toutes les relations intimes risquent d’être mises à mal. Et le dermatologue de raconter : « Une mère qui souffrait de cette maladie de peau m’a embrassé parce que son fils lui avait avoué que pour la première fois il n’avait plus honte de lui tenir la main parce qu’elle était guérie. Cela montre à quel point la maladie dermatologique peut être un réel fardeau. » Et quand la pathologie touche les organes génitaux, la sexualité s’en retrouve freinée…

Faire reconnaître le handicap de peau

« Aujourd’hui, le handicap de peau n’est pas reconnu, regrette Charles Taieb. Par exemple, dans les dossiers des MDPH [maisons départementales des personnes handicapées], pour faire reconnaître un handicap, il n’y a même pas de chapitre peau ! Quand un enfant a une maladie de peau sévère qui lui interdit d’aller à l’école, les parents se retrouvent totalement démunis. Aujourd’hui, on ne meurt pas de ces maladies de peau, mais le désarroi des familles est réel face aux clichés, aux moqueries et à un parcours de soins délirant. »

*Etude de la Société française de dermatologie sur un échantillon de 20.012 Français de plus de 15 ans, selon la méthode des quotas. Ils ont été interrogés par Internet, du 21 septembre au 3 novembre 2016.