• Ce lundi, la ministre de la Santé a décliné les quatre axes de sa stratégie nationale de santé : prévention, lutte contre les inégalités, cohérence et innovation.
  • Elle lance à partir de ce lundi une concertation puis une consultation publique afin que professionnels et grand public puissent réagir et proposer leurs idées.
  • Une fois ce cap fixé, un décret devra préciser les réformes envisagées sur les cinq prochaines années d’ici la fin décembre.

Agnès Buzyn ne va pas chômer cet automne. La ministre des Solidarités et de la Santé a dévoilé ce lundi matin les premières orientations de sa stratégie nationale de santé. Objectif : fixer un cap pour les cinq prochaines années afin d’améliorer la santé des Français.

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Quel timing ?

Ce lundi, la ministre a reçu un diagnostic des forces et faiblesses de l’état de santé des Français. Un rapport du Haut conseil de la santé publique qui marque le début de la mise au point d’une stratégie nationale de santé.

Pour définir les priorités, une concertation débutera la semaine prochaine jusqu’à la mi-octobre et donnera la parole aux professionnels de santé, mais aussi au grand public.

La ministre souhaite présenter ces conclusions lors d’une consultation publique en novembre. Via un site Internet, chacun pourra réagir et proposer ses idées. La stratégie deviendra officielle avec un comité interministériel sous la coupe du Premier ministre et avec la publication d’un décret avant le 31 décembre de cette année. Avec pour horizon une mise en œuvre dès 2018.

Quelles priorités ?

La prévention, qui était déjà au menu du programme d’Emmanuel Macron pour la présidentielle, est affichée comme priorité numéro 1. « Avec une attention particulière pour les publics précaires et les enfants », ajoute la ministre. Qui liste dans cet objectif d’éduquer pour une meilleure santé : la lutte contre le tabagisme, déjà concrétisée avec la hausse du prix du paquet de cigarettes, la nutrition, la sexualité…

Deuxième objectif : lutter contre les inégalités sociales et territoriales. C’est notamment la question des déserts médicaux, sujet qui sera abordé dans un plan spécifique dès octobre.

Troisième orientation : rendre plus pertinent notre système de soins, soit donner le bon soin à la bonne personne. Avec un double objectif : une meilleure qualité… et éviter les dépenses inutiles dans une période où chaque centime compte. « La pertinence est l’enjeu majeur des prochaines années, mais il faut valoriser la bonne médecine, précise la ministre. Et il faut un travail de longue haleine pour définir un parcours coordonné, fluide, favorisant la prévention et sans acte inutile. »

Enfin, quatrième pan de cette stratégie, l’innovation « sous toutes ses formes organisationnelle, médicale, technologique, numérique », insiste Agnès Buzyn, qui espère repérer quels projets prometteurs pourraient faire avancer la télémédecine ou les objets connectés, notamment.

Un travail collectif

« La santé n’est pas l’affaire du seul ministère de la Santé, elle nous concerne tous », assure Agnès Buzyn. Elle liste les domaines comme l’éducation, l’environnement, le sport, la justice qui touchent également aux questions de santé. « Cette stratégie de santé doit mobiliser l’ensemble du gouvernement », prévient la ministre de la Santé, qui assure avoir déjà organisé des réunions de travail avec ses collègues.

Mais les coupes budgétaires et projets ne mettent pas toujours d’accord tous les ministères. Ainsi, la hausse du prix du tabac s’est longtemps heurtée aux réticences de Bercy, qui voyait d’un mauvais œil une baisse prévisible des recettes. « La volonté des autres ministres est réelle, assure Agnès Buzyn. Les discussions menées sur la prévention notamment avec le ministère de l’Éducation, Nicolas Hulot, Muriel Pénicaud montrent qu’ils sont mobilisés. »

Qu’en sera-t-il des promesses de campagne d’Emmanuel Macron ?

Si ce programme reste assez flou et théorique, la ministre est attendue sur plusieurs promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Notamment le remboursement intégral des soins dentaires, auditifs et des lunettes d’ici à 2022. Un engagement du président, repris par son Premier ministre dans son discours de politique générale, début juillet. Mais qui coûterait très cher. « Tout est ouvert », esquive la ministre quant au calendrier et moyens pour relever ce défi.

Autre engagement : le fameux service sanitaire des étudiants en santé, qui prévoit que non seulement les futurs médecins mais les étudiants de toutes les professions paramédicales consacrent trois mois pendant leur cursus à la prévention dans les écoles et les entreprises. « Les premières expérimentations seront mises en place en mars 2018, et j’espère que le système sera déployé à la rentrée 2018, précise Agnès Buzyn. Mais cela nécessite un cadrage précis. Les professionnels de santé sont très nombreux et divers, il faut les envoyer sur le bon terrain avec les bons outils. »