Scandale des œufs contaminés: Les quatre questions soulevées par cette crise sanitaire

CONSOMMATION Les révélations sur le scandale des œufs contaminés se poursuivent ce vendredi…

Laure Cometti

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Des poules dans un élevage en République tchèque, en 2012.

Des poules dans un élevage en République tchèque, en 2012. — David Veis/AP/SIPA

  • Des œufs contaminés au fipronil ont été mis sur le marché en France dès le mois d’avril 2017.
  • Le flou persiste autour de ce scandale sanitaire qui touche au moins 17 pays.
  • Les investigations se poursuivent au niveau européen.

Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles dans l’affaire des œufs contaminés au fipronil. La Commission européenne a annoncé ce vendredi que 15 pays de l’Union européenne, ainsi que la Suisse et Hong Kong, sont pour l’instant concernés par ces œufs pondus par des poules traitées avec un insecticide toxique, pourtant interdit sur les animaux destinés à la chaîne alimentaire.

Cet énième scandale alimentaire, révélé deux semaines après le lancement des États généraux de l’alimentation par le Premier ministre, soulève plusieurs questions.

Pourquoi la présence d’œufs contaminés en France a-t-elle été repérée si tard ?

Tout a commencé le 1er août, avec la révélation de la contamination au fipronil de milliers d’œufs au Pays-Bas, dont certains ont été exportés vers l’Allemagne. Dans un premier temps, le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a affirmé le 5 août que l’Hexagone n’était pas concerné, avant de revenir sur cette déclaration le 7 août, indiquant que 13 lots d’œufs contaminés avaient été livrés en France. En quelques jours, l’affaire a pris une tout autre ampleur. Le ministère estime à ce jour que 250.000 œufs contaminés ont été mis sur le marché en France, et ce dès le mois d’avril, certains ayant été transformés et d’autres directement mis en rayon dans des supermarchés.

« Les investigations sont en cours au niveau européen », indique le ministère de l’Agriculture, qui affirme avoir été « très transparent » sur cette affaire. « On est face à une fraude. Des enquêtes de traçabilité se poursuivent et dès que de nouveaux établissements sont identifiés, ces informations sont publiées sur notre site ».

Les informations ont visiblement mis du temps à émerger : les autorités belges ont alerté la Commission européenne le 20 juillet. Mais il a fallu attendre l’alerte d’un exploitant français qui avait reçu des œufs contaminés pour que leur présence sur le territoire français soit officiellement détectée et annoncée. « On peut s’interroger sur l’efficacité du contrôle des agents sanitaires, car c’est au niveau de l’exploitant que les œufs ont été découverts », déplore Laurent Chevallier, médecin consultant en nutrition.

« La coopération doit mieux se passer à l’avenir », a déploré Stéphane Travert mercredi à propos de l’échange d’informations avec la Belgique et les Pays-Bas, où l’usage illégal de firponil dans les élevages de poule pourrait dater du mois de novembre 2016.

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Pourquoi autant de pays sont-ils concernés ?

A ce stade, 17 pays ont reçu des œufs contaminés au fipronil, dans l’Europe et jusqu’en Asie, à Hong Kong. Pour Laurent Chevallier, c’est à cause de la « concentration » de la filière. « Quelques opérateurs fournissent d’importants volumes d’œufs à divers marchés, ils distribuent leurs produits partout ». C’est selon lui valable dans d’autres filières agroalimentaires.

Pour l’ancien candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot, cette crise est « un nouveau symptôme du modèle totalement concentrationnaire (de) l’élevage ultra-intensif ».

Ces œufs contaminés sont-ils dangereux pour l’homme ?

Le ministère de l’Agriculture se veut rassurant : « Le risque sur la santé humaine est écarté », affirme-t-on en s’appuyant sur l’avis rendu ce vendredi par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). L’agence ne s’appuie toutefois pas sur des analyses des œufs actuellement incriminés mais sur plusieurs études déjà disponibles sur cette substance. Elle conclut que « compte tenu des concentrations de fipronil observées à ce jour [qui n’ont pas été officiellement communiqués] dans les produits contaminés, et considérant la caractérisation des dangers de cette substance, le risque de survenue d’effets sanitaires apparaît très faible ».

« Dans le cas de la fabrication d’ovoproduits, les œufs contaminés ont été mélangés avec des œufs sains, il y a un phénomène de dilution. Le risque est infime », poursuit-on au ministère.

Le médecin nutritionniste Laurent Chevallier est plus réservé. « Ces messages rassurants ne reposent sur aucune preuve à ce stade. Le problème, c’est que le fipronil est lipophile : une fois absorbé, il se niche dans le gras et c’est compliqué de l’éliminer de l’organisme. Il est aussi soupçonné d’être un perturbateur endocrinien ». En attendant, il conseille aux consommateurs d’acheter des œufs bios pondus en France, repérables grâce au sigle 0FR sur leur coquille. Rappelons que des œufs contaminés au fipronil ont aussi été mis sur le marché en France sous l’étiquette bio.

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Quelles mesures et sanctions vont être prises ?

« Tous les produits contenant des œufs issus des élevages contaminés seront retirés du marché dans l’attente de résultats d’analyse » et ces aliments « seront remis sur le marché en cas de résultat favorable », indique le ministère de l’Agriculture.

Plusieurs personnes ont été arrêtées en Belgique et aux Pays-Bas et l’enquête se poursuit.

« Ce ne sera pas le dernier scandale sanitaire », prédit Laurent Chevallier. « Il faut des sanctions sévères pour les responsables. Actuellement les sanctions sont très peu dissuasives. Et la réglementation agroalimentaire européenne doit être renforcée », poursuit-il. Autant de sujets qui pourraient être discutés lors de la réunion de crise convoquée par la Commission européenne.