Scandale des œufs contaminés: Que risquent les consommateurs? Où en est l'enquête?

FIPRONIL Le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a annoncé ce vendredi au micro de RMC que près de 250.000 œufs contaminés ont été «mis sur le marché» en France depuis avril…

Hélène Sergent et M.P.

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Des chercheurs hollandais effectuent depuis plusieurs jours des analyses sur des œufs contaminés au fipronil.

Des chercheurs hollandais effectuent depuis plusieurs jours des analyses sur des œufs contaminés au fipronil. — PIROSCHKA VAN DE WOUW / ANP / AFP

  • Le 20 juillet dernier, les autorités belges ont informé la Commission européenne que des taux élevés de fipronil avaient été mis en évidence dans des œufs et des viandes de volailles.
  • Le friponil est un insecticide classé comme « moyennement toxique » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
  • Près de 250.000 œufs contaminés ont été «mis sur le marché» en France depuis avril.

Après les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France fait face à son tour au scandale des œufs contaminés. Ce vendredi matin, le ministre de l’Agriculture a ainsi indiqué, au micro de RMC, que près de 250.000 œufs contaminés au fipronil avaient été « mis sur le marché » en France depuis avril. Stéphane Travert a toutefois assuré que le risque pour la santé des consommateurs était « très faible ».

Qu’est-ce que le fipronil ? Que risque-t-on en cas d’ingestion d’œufs contaminés et où en est l’enquête ? 20 Minutes fait le point.

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  • Quelle est la situation en France ?

Dans un communiqué diffusé le lundi 7 août à la presse, les services de la rue de Varenne faisaient déjà savoir que la contamination au fipronil serait avérée sur 13 lots d’ovoproduits. Par ovoproduits, le ministère ne précisait pas exactement de quelle denrée il s’agissait. Or la définition est large. Il peut s’agir de produit obtenu par le cassage d’œufs de diverses volailles, d’ovoproduits modifiés dans lesquels les proportions de jaune et de blanc ont été modifiées, de jaune d’œuf ou de blanc d’œuf.

Quelques jours plus tard, l’Etat a annoncé que des investigations visaient d’ores et déjà les établissements de la Vienne et du Maine-et-Loire et qu’il allait acter le « blocage » des produits incriminés pour les analyser. Importés des Pays-Bas, ces ovoproduits contiendraient du fipronil, un pesticide interdit dans les élevages mais utilisés en Belgique et aux Pays-Bas. Le 28 juillet, un élevage du Pas-de-Calais a été placé sous surveillance après le signalement par l’éleveur de l’utilisation de ce produit par son fournisseur belge.

Enfin, ce vendredi matin, Stéphane Travert annonçait que près de 250.000 œufs contaminés au fipronil ont été « mis sur le marché » en France depuis avril. Deux centres d’emballage d’œufs dans le Nord et la Somme auraient reçu des œufs de consommation contaminés en provenance des Pays-Bas et de Belgique. Un premier lot de 196.000 œufs en provenance de Belgique a été mis sur le marché entre le 16 avril et le 2 mai, a précisé le ministre. Et un deuxième lot venant des Pays-Bas et portant le code 0NL43651-01 comprend « environ 48.000 œufs » qui ont ont été mis en vente par des magasins Leader Price entre le 19 et le 28 juillet.

  • Que risque-t-on si on consomme des produits contaminés au fipronil ?

Le fipronil, pesticide longtemps utilisé pour le traitement du maïs en Europe, a fait l’objet d’une longue bataille législative. Dans sa classification, l’OMS qualifie ce produit comme étant « moyennement dangereux » pour l’homme. « Il est dangereux pour les reins, le foie et la thyroïde, indique toutefois les autorités sanitaires hollandaises, le NVWA, et c’est également un perturbateur endocrinien, selon le Réseau Environnement Santé », précise Mégane Ghorbani pour Foodwatch.

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« L’heure n’est pas à la remise en cause des normes ou à minimiser les risques pour la santé. Car il y a un consensus indiscutable : le fipronil est interdit en Europe sur des produits destinés à la consommation humaine », ajoute la responsable de campagne. La France a pris les devants dès 2005 en interdisant l’utilisation du fipronil sur les semences de maïs et de tournesol. Ce produit, commercialisé par Bayer et BASF, est également considéré comme mortel pour les abeilles.

Ce vendredi matin, le ministre Stéphane Travert a fait état d’un avis de l’Agence de sécurité de l’alimentation (Anses) qui confirme, selon lui, que « le risque pour la santé humaine est très faible au vu des niveaux de fipronil qui sont constatés dans les œufs contaminés, mais aussi au vu des habitudes françaises de consommation alimentaire ». Une « bonne nouvelle », dit-il pour les consommateurs qui, tout en ayant connaissance du numéro de lot, ont, selon le ministre « toute la liberté » de détruire ou d’écarter les œufs incriminés.

Dans son avis diffusé ce vendredi, l’Anses a effectivement qualifié de « très faible » le risque pour la santé en cas de consommation d’oeufs contaminés à l’insecticide, « compte tenu des concentrations observées à ce jour dans les produits contaminés ».

L’évaluation a été réalisée « sur la base d’une concentration maximale de fipronil comparable à celle rapportée à ce jour en Europe (1,2 mg/kg d’oeuf) », précise l’agence. L'Anses confirme ainsi les conclusions rassurantes d’une précédente expertise menée par ses service en 2005.

  • Ou en est l’enquête ?

Des enquêtes pénales ont été diligentées aux Pays-Bas et en Belgique. Un fournisseur belge serait principalement visé, il est suspecté d’avoir acquis d’importantes quantités de fipronil en Roumanie, a précisé en début de semaine la presse belge. Idem en Allemagne, une enquête préliminaire a été ouverte pour « infraction à la loi sur les denrées alimentaires ».

En France, le ministre de l’Agriculture a annoncé mercredi dernier qu’une enquête nationale allait être ouverte et qu’elle concernerait « l’ensemble des fabricants d’ovoproduits ». Environ 80 entreprises devraient être contrôlées. A noter que la Commission européenne a, elle, fait savoir ce vendredi 11 août qu’elle allait convoquer les ministres concernés ainsi que les représentants des agences de sécurité alimentaires des 12 pays de l’UE touchés par le scandale des oeufs contaminés dès que l’ensemble des faits seront établis.

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En attendant, des tensions apparaissent entre Etats membres. Le ministre belge de l’Agriculture a notamment accusé les Pays-Bas de ne pas avoir prévenu ses voisins après avoir été alerté, dès novembre 2016, d’une possible utilisation frauduleuse de fipronil dans la désinfection de poulaillers, alors que l’insecticide est strictement interdit pour les animaux destinés à la consommation.