Drogues: Les jeunes sont-ils favorables à la légalisation du cannabis?

SONDAGE Selon une enquête de « 20 Minutes » et Opinion Way, seulement un jeune sur deux est favorable à la légalisation du cannabis…

Oihana Gabriel

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Illustration de cannabis.

Illustration de cannabis. — David Zalubowski/AP/SIPA

  • Selon une récente étude de Santé Publique France, le cannabis est la drogue illicite préférée des Français. Et la consommation dans l’année concerne surtout les plus jeunes et les hommes : 28 % des 18-25 ans, 35 % des hommes.
  • D’ici quelques mois, les usagers ne risqueront plus une sanction pénale mais une contravention, premier pas vers une dépénalisation.
  • Opinion Way a mené un sondage pour « 20 Minutes » auprès de la communauté #MoiJeune sur leur santé et seulement la moitié d’entre eux sont favorables à une légalisation… alors qu’un quart souhaite que l’interdiction persiste.

La dépénalisation du cannabis est en marche. Si le candidat Emmanuel Macron s’était montré flou sur la question de la légalisation de cette drogue dite « douce », le désormais Président s’est déjà emparé du dossier. Ou plutôt son ministre de l’Intérieur : le 25 mai, Gérard Collomb a annoncé qu’il allait instaurer « dans les 3-4 mois », des contraventions pour réprimer la consommation et la détention de cannabis. Ce qui fait sortir de la sphère pénale la consommation de cannabis. Et pourrait soulager autant les policiers que les usagers. Mais faut-il aller plus loin ? 20 Minutes a posé cette question à ses jeunes internautes. Et la réponse peut étonner…

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Un jeune sur quatre pour maintenir l’interdiction

Selon notre enquête* sur la santé des jeunes, réalisée avec Opinion Way, le sujet préoccupe nos jeunes internautes : les drogues douces, dont le cannabis, sont pour 24 % un des dangers les plus importants pour les 18-30 ans. Mais seulement un interviewé sur deux souhaite la légalisation. Dans le détail, 48 % des jeunes est pour la légalisation du cannabis, 28 % pour la dépénalisation… et 23 % pour que la consommation de cette drogue reste interdite.

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Un jeune de 17 ans sur deux a déjà goûté le cannabis

Comment expliquer cette attitude peu permissive ? D’abord parce que, contrairement à certains clichés, tous les jeunes ne fument pas. Selon le Baromètre santé 2016 de Santé publique France, publié ce vendredi par l' Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), 28 % des 18-25 ans ont fumé durant l’année écoulée. D’où une méfiance de certains qui ne fument pas comme Kevin, membre de la communauté #MoiJeune : « Je proposerai la dépénalisation pour alléger les prisons mais jamais la légalisation, pour la simple raison que nous, les non-fumeurs, subissons déjà l’odeur de la cigarette aux arrêts de bus, je n’ai pas envie de subir celle des fumeurs de cannabis. »

Selon Stanislas Spilka, responsable des enquêtes à l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), un adolescent sur deux à 17 ans a déjà goûté au cannabis, un chiffre qui se stabilise depuis 2014. « Les premières consommations se déroulent généralement vers 15 ans, précise-t-il. Et s’intensifient à partir de la fin de l’adolescence. En revanche, après 25 ans, la consommation baisse nettement. »

Des jeunes plus conscients des dangers ?

Les jeunes sondés par notre panel semblent également conscients des risques associés à une consommation de cette drogue. « Le danger du cannabis est de penser que parce que l’accoutumance est moins forte et que les effets ne sont pas trop forts ce n’est pas une "drogue" », explique ainsi Rosalie.

« Les études scientifiques sur l’impact du cannabis sur le cerveau commencent à se diffuser, avance Stanislas Spilka de l’OFDT. On commence à savoir que cette drogue, au même titre que l’alcool, altère la neurogenèse sur un cerveau encore en développement. Mais cette prise de conscience ne se traduit pas encore en termes d’usage. Il faut poursuivre l’effort d’information, car la tendance principale chez les jeunes c’est tout de même de minimiser les dangers du cannabis. » Notamment des risques de dépendance, plus méconnus.

« Ces nouveaux consommateurs ont souvent l’impression qu’ils peuvent arrêter du jour au lendemain, reprend le spécialiste. Quand on est adolescent, on se croit fort. Il faut avoir fait les premières tentatives d’arrêt pour se rendre compte de la dépendance. » Autre risque : des séquelles souvent imperceptibles. « Le cannabis a une influence sur la mémoire, mais vous ne vous levez pas un matin avec Alzheimer !, sourit Stanislas Spilka. Ces effets psychologiques comme cette sociabilité qui se modifie, c’est à la fois progressif et difficile d’en prendre conscience. »

Pour une légalisation… encadrée

Que souhaitent nos internautes ? Ceux qui ont souhaité témoigner sont souvent favorables à une légalisation… encadrée.

D’abord pour usage médical. Audrey écrit ainsi qu’elle est favorable à une légalisation « mais uniquement pour pouvoir être utilisée dans le cadre précis de la médecine, donc sous surveillance médicale. Car beaucoup d’études ont prouvé l’efficacité du cannabis dans le traitement de certaines maladies, notamment le cancer. Sans être aussi nocifs et handicapants que les chimiothérapies ». Même position pour Rosalie : « le cannabis peut être utilisé pour contrer les effets secondaires d’une chimiothérapie ou même pour combattre la dépression. La dépénalisation pour le reste des cas, car je pense que c’est le seul moyen de continuer à faire une prévention efficace des dangers. En plus je pense que la consommation du cannabis est pour pas mal de jeunes (moi compris à l’époque) une pratique transgressive. »

Pour Charles, la légalisation est tout de même la bonne solution. Même s’il n’oublie pas la « dangerosité de ces drogues douces. Mais selon moi, il faut que les gens se rendent compte d’eux-mêmes de ce qui est dangereux pour eux. L’interdiction et le fait de dire que c’est dangereux n’a jamais fait baisser la consommation. Bien au contraire elle a explosé. »

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 16 au 21 juin 2017 auprès d’un échantillon représentatif de 987 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).