Comment la high-tech aide malvoyants et aveugles à recouvrer la vue

RECHERCHE Œil bionique, lunettes eSight, recherches sur les algues… Les avancées dans le domaine de la vision révolutionnent la vie des malvoyants et des aveugles…

Oihana Gabriel

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Les lunettes esight viennent permettent aux malvoyants de mieux voir.

Les lunettes esight viennent permettent aux malvoyants de mieux voir. — Esight

  • Depuis quelques jours, les lunettes eSight, qui améliorent la vision des malvoyants sont arrivées sur le marché français
  • La recherche en ophtalmologie fait des progrès colossaux en ce moment, jusqu'à pouvoir redonner la vue à une personne qui a perdu ce sens
  • Et l'Inserm développe un programme surprenant : comment à partir d'un gène d'une algue on pourrait redonner des photorécepteurs aux aveugles. 

De grands progrès en vue… La révolution technologique pourrait rimer avec prodige pour les personnes malvoyantes et aveugles. Alors que la recherche en ophtalmologie semble en plein boom, 20 Minutes présente trois nouveautés et axes de la recherche porteurs d’espoir pour les personnes déficientes visuelles.

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Les lunettes eSight

« Ces lunettes me permettent de voir distinctement les traits de ma femme, de lire facilement… et de découper des tomates sans me couper en deux, s’amuse Ludovic Laïche, le premier utilisateur français des lunettes eSight. Un système de loupes électroniques qui s’appuie sur la technologie des casques de réalité virtuelle pour permettre aux malvoyants de mieux voir. Et de gagner en autonomie et confort de vie.

« Grâce aux lunettes, je peux lire le nom des rues et des stations de métro quand je vais voir mes patients », explique ce kinésithérapeute-ostéopathe de 39 ans, atteint depuis vingt ans d’une maladie qui affecte sa vision centrale. « Je vois bien en périphérie mais je distingue mal les reliefs et les détails. » Ces lunettes futuristes dotées d’une caméra permettent, à l’aide d’une petite télécommande, à une personne déficiente visuelle de grossir l’image jusqu’à 24 fois, d’améliorer les contrastes ou encore la luminosité. Le tout en une milliseconde.

« Une vraie révolution, d’autant que c’est très fluide », se réjouit Ludovic, qui peut, en branchant ses lunettes eSight sur sa télévision regarder une émission sur son canapé aux côtés de sa femme… Et plus le nez sur l’écran.

Cette technologique de pointe, qui coûte presque 14.000 euros, est disponible depuis la semaine dernière en France. Et pourrait changer le quotidien d’environ 1,7 million de personnes atteintes d’un trouble de la vision comme la dégénérescence maculaire, le glaucome, la rétinopathie diabétique et d’autres pathologies.

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Mais qui ne sera d’aucune efficacité pour les aveugles. « Son efficacité varie en fonction des pathologies, et il n’a que peu d’intérêt si la rétine est vraiment trop endommagée », avertit l’entreprise qui commercialise les lunettes eSight.

Les lunettes esight sont commercialisées en France depuis le 20 juin 2017.
Les lunettes esight sont commercialisées en France depuis le 20 juin 2017. - Esight

L’œil bionique

Mais d’autres avancées technologiques vont encore plus loin : elles peuvent redonner la vue à des personnes aveugles ! Notamment l’œil bionique, également appelé rétine artificielle. Comment cela fonctionne ? La rétine humaine est composée de cellules sensibles à la lumière, les photorécepteurs, et d’un réseau de neurones. Certains patients perdent progressivement ces photorécepteurs, parfois jusqu’à devenir aveugle. Pour réactiver la rétine, des caméras sur des lunettes transmettent des images à un micro-ordinateur placé dans la poche ou la ceinture du patient. Qu’il va ensuite convertir en signaux électriques et les communiquer à un implant placé sur l’œil. « Cet implant sous ou sur la rétine va stimuler les neurones, explique Serge Picaud, directeur de recherche à l’Institut de la vision et à l’Inserm. Mais la définition de ces images doit encore être améliorée. Pour simplifier, c’est comme si ces patients avaient 150 pièces du puzzle alors que nous avons 7 millions de photorécepteurs. »

En clair, qu’est ce que cela change pour ceux qui bénéficieront de cet œil bionique, arrivé sur le marché il y a un an (et qui coûte 100.000 euros) ? « Avec la rétine artificielle, ils distinguent des formes en noir et blanc, ce qui est déjà exceptionnel car des personnes qui avaient perdu la vue peuvent lire des mots simples, localiser des objets, se déplacer », souligne le chercheur. Les patients qui testent ce dispositif n’ont donc pas retrouvé leur vue d’antan. Mais la recherche avance rapidement pour améliorer la netteté des images et la résolution.

Un espoir pour tous les patients qui souffrent de maladies comme la rétinopathie pigmentaire et la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). A condition que ni le nerf optique ni les cellules nerveuses de la rétine ne soient atteints. Ce qui exclut les patients qui naissent aveugles. Mais le chercheur se montre optimiste. « A l’avenir, on peut imaginer que des personnes nées aveugles apprennent à voir grâce à ces implants. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas. »

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Comment les algues peuvent redonner la vue aux humains ?

Mais à l’Inserm, on se penche sur une autre approche qui relèverait presque de la science-fiction : redonner la vue grâce aux algues. « Les algues sont capables de suivre la lumière, on travaille donc actuellement sur un gène des algues », résume Serge Picaud. En introduisant ce gène dans l’œil d’un patient qui a perdu la vue, les neurones de la rétine peuvent redevenir sensibles à la lumière et transmettre à nouveau un signal électrique au cerveau.

« C’est assez simple comme technique mais peu sensible, il faudra donc que des lunettes restaurent le niveau de luminosité », précise Serge Picaud. Si des essais sur des souris aveugles sont déjà concluants, des essais cliniques sur des patients prévus pour 2018 viendront compléter cette approche révolutionnaire.