Ça y est, c’est bientôt l’été, bientôt les vacances, bientôt la plage, donc bientôt l’heure d’enfiler son maillot de bain ! Et comme chaque année à la même période, les couvertures de magazines annoncent la couleur : le temps est venu de perdre ses kilos superflus, se débarrasser de sa peau d’orange, avoir des cheveux de sirène, afficher un teint hâlé avant même d’avoir posé un orteil sur le sable et garder un joli bronzage qui nous tiendra jusqu’après la rentrée. Pour y parvenir, nombreux sont celles et ceux qui misent sur les compléments alimentaires. D’ailleurs un Français sur cinq en prend, rapporte l’Anses, surtout les femmes, qui représentent 68 % des consommateurs, selon une enquête réalisée par le syndicat des fabricants de compléments alimentaires (Synadiet). Mais toutes ces gélules, poudres et ampoules sont-elles vraiment la clé d’un corps de rêve ? Ces compléments alimentaires « nutricosmétiques » sont-ils sans danger pour la santé ? Peut-on suivre plusieurs cures différentes en même temps ? 20 Minutes vous aide à y voir plus clair.

Une efficacité pas démontrée

« L’alimentation est la meilleure source de vitamines et de minéraux, indique le Dr Jacques Fricker, médecin nutritionniste et coauteur de Tout sur les compléments alimentaires (éd. Odile Jacob). Si on a une alimentation équilibrée, tous les besoins en vitamines et minéraux de l’organisme sont couverts ». Philippe, un internaute de 20 Minutes, abonde : « Je mange des aliments et non des nutriments. Si l’on mange de tout, équilibré, on n’a nul besoin de compléments alimentaires. Tout ça n’est que du marketing ».

Ok, mais si on veut un bronzage doré et perdre deux trois kilos sans effort, les compléments alimentaires peuvent-ils aider ? « A ce jour, leur efficacité n’a pas été démontrée, explique le médecin nutritionniste. Concernant le contrôle du poids, on trouve surtout beaucoup de produits inefficaces ou, au mieux, qui n’ont pas d’intérêt supérieur par rapport aux aliments frais. Si la gomme guar ou le konjac ont un effet rassasiant en gonflant dans l’estomac, manger en début de repas une petite assiette de crudités – une salade de tomate et concombre, aura un réel effet coupe-faim et c’est naturel, sain et moins cher », souligne le médecin. Après, « si psychologiquement, cela fait du bien à la personne qui en consomme, pourquoi pas », concède le Dr Fricker.

« C’est tout bénef ! »

Laure, elle, y voit bien plus qu’un bénéfice psychologique. « A 15 ans, j’ai commencé à souffrir de lucite, une forme d’allergie solaire [aux UVA] qui donne de petits boutons qui brûlent et démangent. Ma dermatologue m’a alors conseillé de prendre une cure de gélules solaires à commencer 15 jours à un mois avant mon départ et tout au long des vacances, explique la jeune femme de 33 ans. Dès lors, je n’ai plus jamais eu de petits boutons, l’efficacité a été au rendez-vous dès la première année donc je continue d’en prendre chaque été. Et je bronze mieux tout en m’exposant moins, donc c’est tout bénef ! »

Le secret de ces gélules solaires ? « Elles sont généralement formulées à base de lycopène, de polyphénols et de carotène, de vitamine A, de sélénium et d’huile de bourrache », détaillent de concert le Dr Fricker et le Dr Henry Pawin, dermatologue à Paris. « Il y a l’idée que ce cocktail antioxydant prépare la peau au soleil et lutte contre le vieillissement cutané. Il n’y a pas de contre-indication particulière, mais il ne faut pas oublier que la meilleure des protections solaires reste de ne pas s’exposer aux heures les plus chaudes de la journée et de s’appliquer régulièrement et généreusement une crème solaire avec un indice élevé », insiste le dermatologue.

Attention à la surdose

Mais si on y croit dur aux vertus cosmétiques des compléments alimentaires, peut-on en même temps suivre une cure anticellulite, une pour préparer sa peau au soleil et une cure autobronzante pour avoir la peau déjà dorée pour la première sortie plage de l’été ? « Mieux vaut éviter », répond le Dr Jacques Fricker, qui met en garde contre « un risque toxique de surdose. La marche à suivre est de ne jamais dépasser 50 à 100 % des apports nutritionnels conseillés et de demander l’avis d’un professionnel de santé », son médecin traitant ou son pharmacien. Pour y voir plus clair, « les consommateurs peuvent consulter le site de l’Anses, qui n’est certes pas exhaustif, mais fournit des renseignements sur les molécules actives utilisées dans ces produits », conseille le Dr Fricker.

Par ailleurs, certaines personnes sont plus fragiles que d’autres. « Chez les personnes malades et suivant un traitement médical, il est conseillé d’éviter la consommation de compléments alimentaires, de quelque nature que ce soit, en dehors d’un suivi médical », insiste le Dr Fricker. Idem pour les femmes enceintes. Le 7 juin dernier, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a ainsi publié un rapport dans lequel elle préconise aux femmes enceintes d’éviter la prise de compléments alimentaires en l’absence de besoins établis et en dehors d’une prescription médicale.

Bannir les achats en ligne

Les compléments alimentaires, on en trouve partout : pharmacies, parapharmacies, supermarchés et sites de vente en ligne sont autant de lieux où faire son petit marché. Mais tous les compléments alimentaires ne se valent pas. « Il faut bannir les achats sur internet, et éviter de commander des produits qui viennent des Etats-Unis ou de Chine et plus généralement hors de l’Union Européenne, prescrit le Dr Fricker. Ils sont susceptibles d’être surdosés, d’où un risque de toxicité pour l’organisme ».

« Il faut aussi savoir faire preuve de bon sens, poursuit le Dr Fricker. Si vous voulez suivre une cure de compléments alimentaires, faites-le durant une semaine, ou un mois, et observez les résultats. Si vous vous sentez mieux, vous pouvez continuer. Si vous ne notez aucun effet bénéfique, arrêtez, pour votre bien et celui de votre porte-monnaie ».

 

Tout sur les compléments alimentaires, Les bons et les moins bons, de Pr Luc Cynober et du Dr Jacques Fricker, Editions Odile Jacob.