Des fruits et légumes des Paniers des familles
Des fruits et légumes des Paniers des familles - J. Urbach/ 20 Minutes
  • Un couple de Belges se retrouve devant la justice car son bébé de sept mois est décédé après avoir été nourri exclusivement de lait végétal.
  • Un cas extrême, mais de plus en plus de Français deviennent végétariens et font face au dilemme d'imposer ou non ces restrictions à leurs enfants
  • A quoi doivent faire attention les parents qui décident de ne pas donner de viande à leurs enfants?

Nourrir son bébé exclusivement de lait végétal s’avère très dangereux. Mais qu’en est-il pour des enfants végétariens ? « Ma fille de quatre ans n’a jamais mangé ni de poisson ni de viande, car elle aime trop les animaux et à part la varicelle, elle n’a jamais été malade, témoigne Saïd, un de nos internautes. Il n’y a rien de mal de montrer à nos enfants comment sauver le monde ! »

Manger un cadavre d’animal s’avère en effet impossible pour certaines personnes. Mais une fois devenues parents, certaines peuvent se poser la question : faut-il imposer à son enfant ce régime végétarien ? Et à quelles conditions ? Si évidemment, chacun fait ses choix, il peut être intéressant d’avoir l’avis de nutritionnistes sur la question.

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Imposer ou non ?

Sophie, une internaute, explique : « Je suis végétarienne, mais c’est mon choix. J’estime que je n’ai pas à l’imposer donc mes enfants n’ont pas de régime particulier et mangent de tout, déjà par objectif nutritionnel, puis pour qu’ils s’ouvrent aux goûts et pour le côté social. » En revanche, Pauline raconte : « Je suis végétalienne et mon mari végétarien. Je fais les repas qui sont donc végétaliens, pour nous et nos trois enfants. Tout le monde est en pleine santé, notre médecin est au courant de notre alimentation et n’y voit pas d’inconvénient. »

Des régimes végétariens variés

Première précision : il n’y a pas un végétarisme, mais des végétarismes. « Le régime végétalien (aucun produit d’origine animale) pose énormément de problèmes et est totalement déconseillé, précise Florence Foucaut, diététicienne et nutritionniste. Mais pour les végétariens, à partir du moment où les produits laitiers et les œufs sont introduits, il y a beaucoup moins de risques sur la santé. »

Même son de cloche du côté de Corinne Chicheportiche-Ayache, médecin et nutritionniste. « On peut vivre très correctement sans viande. Les œufs et le poisson ont des qualités en protéines animales équivalentes. Et le zinc et la vitamine B12 sont présents dans les œufs. » Quant au calcium, nécessaire pour le développement des os, il est présent dans les produits laitiers.

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Régime végétarien déconseillé avant 3 ans

A une condition tout de même, selon ces spécialistes, attendre les trois ans de son enfant. « Avant trois ans, un régime sans viande et poisson est risqué car l’enfant est en plein développement, reprend la nutritionniste. Le régime végétarien ne va pas lui apporter les protéines, les bonnes matières grasses et les apports en vitamines et minéraux nécessaires à sa croissance. » D’autant que les légumineuses, qui apportent du fer, donnent parfois des diarrhées aux bébés. D’où le conseil de Florence Foucaut : faire des purées de pois chiche et lentilles, pour réduire la teneur en fibres. »

Autre problème : le soja, aliment le plus complet de l’alimentation végétarienne, est déconseillé avant les trois ans de l’enfant. « Les produits à base de soja ne suffisent pas aux besoins des bébés, reprend Corinne Chicheportiche-Ayache. D’autre part, dans le lait de soja on retrouve des molécules qui ressemblent aux œstrogènes et il y a donc des effets potentiels sur la maturation sexuelle. »Cette possibilité d’agir comme perturbateur endocrinien a d’ailleurs poussé l’Anses à déconseiller la consommation de soja pour les enfants de moins de trois ans et les femmes enceintes.

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En revanche, après trois ans, et dans certaines conditions, le régime végétarien pose nettement moins de problèmes. « Cela peut se faire avec un suivi médical rigoureux et des parents très au fait, reprend cette médecin. Ce qui se traduit par un examen minutieux de la courbe de croissance, des examens cliniques et des prises de sang régulières pour vérifier qu’il n’y a pas de carences. »

A quoi faut-il faire attention ?

Etre accompagné s’avère donc indispensable, mais les parents en préparant les repas doivent aussi faire attention à deux éléments : le fer et la vitamine B12. Cette vitamine n’est présente que dans la viande, mais les enfants peuvent prendre cette vitamine B12 sous forme de compléments alimentaires. C’est ainsi que Pauline, chez qui tous les repas sont végétaliens assure : « toute la famille est complémentée en vitamine B12. »

Quant au fer, on peut compenser le manque de viande en donnant des fruits secs, des graines et des légumineuses à son enfant. Mais « le fer d’origine végétale est moins bien assimilé par l’organisme que celui d’origine animale et il faut ajouter de la vitamine C pour améliorer son absorption », précise Florence Foucaut. Qui conseille donc d’« associer légumineuses et céréales, par exemple pois chiche et semoule, lentille et riz afin d’avoir du fer et les acides aminés essentiels. »

Pour ceux qui auraient besoin de quelques repères, Corinne Chicheportiche rappelle qu’un enfant, s’il ne mange pas de viande, aurait besoin de deux œufs ou des légumes secs avec céréales ainsi que 3 ou 4 produits laitiers par jour. S’il mange du poisson, il aurait besoin d’une portion de 100 g par jour vers 10 ans.

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Exclusion sociale ?

Mais les parents peuvent aussi faire attention à ce que leurs enfants ne soient pas freinés dans leur découverte du goût et leur inclusion sociale. « Imposer ce régime végétarien peut restreindre son envie de goûter, s’inquiète la médecin. Au risque parfois de favoriser des troubles du comportement alimentaire si l’enfant est obnubilé par le contrôle de l’alimentation. »

Attention aussi au regard des autres, pas toujours bienveillant. « Le souci des régimes d’exclusion c’est qu’il peut y avoir une exclusion sociale, reprend Florence Foucaut. Ce qui n’est forcément évident à assumer pour un enfant au niveau psychologique. A la cantine ou chez les copains, on peut être discriminé ou moqué. »

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