Médicaments: Comment améliorer l’observance thérapeutique ?

SANTE La majorité des patients a du mal à suivre un traitement médical sans jamais oublier une seule prise de médicaments…

Anissa Boumediene

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Les professionnels de santé sont des acteurs majeurs sur le terrain de l'observance thérapeutique.

Les professionnels de santé sont des acteurs majeurs sur le terrain de l'observance thérapeutique. — OJO Images / Rex Featur/REX/SIPA

  • Une étude récente révèle qu’entre 4 et 9 patients sur 10 ne suivent pas correctement leur traitement médical
  • Les lecteurs de « 20 Minutes » partagent leurs trucs et astuces pour ne pas oublier de prendre leur traitement

Prendre son traitement médical, à heure fixe, tous les jours : a priori, ce n’est pas compliqué. Sauf qu’en pratique, s’y astreindre sans jamais se planter est un peu plus compliqué que ça. Outre la difficulté de prendre plusieurs médicaments différents à plusieurs moments de la journée - une gélule trois fois par jour, une ampoule à diluer tous les 15 jours pendant un mois, ou encore un comprimé hebdomadaire à prendre le matin à jeun, 30 minutes avant de petit-déjeuner, sans oublier, éventuellement, la pilule tous les soirs —, il n’est pas tous les jours facile de se souvenir de chaque médicament à prendre. Boulot, sortie imprévue, fatigue et déprime sont autant d’éléments qui peuvent nous détourner d’un suivi méticuleux de notre traitement médical. Problème : une mauvaise observance thérapeutique finit par coûter cher aux patients, qui hypothèquent ainsi leur santé. Mais une relation de confiance avec son professionnel de santé ou un objet de santé connectée peut aider à changer à la donne.

Oublier qu’on est malade

Mais l’observance thérapeutique, quèsaco ? C’est tout simplement le fait de suivre son traitement médical en respectant la prescription faite par le médecin. Et ça, nombre de patients ne s’y plient pas. Une étude récente* révèle que beaucoup de Français ne suivent pas correctement leur prescription médicale. Notamment les patients atteints de maladies chroniques comme le diabète, l’asthme ou l’hypertension artérielle : entre 41 à 90 % des malades n’ont pas une bonne observance thérapeutique.

Mais le manque d’observance est multifactoriel. « Il y a une grande fragilité des patients dans les mois qui suivent le diagnostic de la maladie, explique Claude Le Pen, économiste de la santé à l’origine de cette étude. C’est difficile pour un patient de s’entendre dire qu’il va devoir suivre un traitement long, à vie. Certains traitements sont durs à suivre, d’autres ont des effets secondaires, ou doivent être changés parce qu’ils ne sont pas ou plus efficaces : tout cela renvoie le patient à sa maladie. Ne pas prendre son traitement, c’est un peu oublier qu’on est malade, reprendre le contrôle des choses ».

Le « rôle clé » des professionnels de santé

Pour accompagner les patients sur la voie d’une bonne observance thérapeutique, « les professionnels de santé, médecins généralistes, pharmaciens et infirmiers, ont un rôle clé, estime Claude Le Pen. Il ne faut pas avoir peur d’aborder ces problèmes d’observance thérapeutique. Or il y a encore beaucoup de pudeur : les patients ont du mal à dire qu’ils n’ont pas compris ou pas pris leur traitement, et les médecins ont parfois du mal à interroger le patient. Il faut que les professionnels de santé soient dans la pédagogie, la complicité et la bienveillance ».

Du côté des professionnels de santé, le constat est le même. « La bonne observance thérapeutique est un baromètre de la bonne relation qu’entretient le soignant avec le patient, abonde le Dr Jacques Battistoni, médecin généraliste et vice-président du syndicat MG France. Et le médecin généraliste est bien placé pour cela : il établit une relation sur le long terme, au fil des années, avec le patient. Mais c’est aussi un travail d’équipe avec l’ensemble des professionnels de santé, entre médecins, pharmaciens et infirmiers ». Pour Claude Le Pen, il n’y a pas de secret. « Il faut expliquer au patient son traitement, ses effets indésirables, son action : c’est cela qui lui permettra d’être dans une bonne observance thérapeutique, donc d’être en meilleure santé », assure l’économiste.

Des astuces pour ne plus oublier

Mais une fois qu’on a bien compris tous les aspects de son traitement, personne n’est à l’abri d’oublier de prendre ses médicaments de temps à autre. Et pour les têtes de linotte, de nombreuses solutions astucieuses existent, et les lecteurs de 20 Minutes partagent les leurs. Pour certains, c’est le fait de caler sa prise de médicaments sur quelque chose que l’on fait au quotidien qui aide à ne pas zapper son traitement. « J’ai un médicament à prendre tous les matins, donc j’ai mis la boîte à côté du grille-pain, comme ça, je la vois en prenant le petit déj' et j’y pense », confie Alexandra. Et quand le traitement est lourd, mieux vaut être organisé : « Je suis épileptique : j’ai 98 comprimés à prendre par semaine, explique Rémy. J’ai donc un pilulier pour ne pas oublier et être certain d’avoir pris mes médicaments ». Tout comme Rémy, de nombreux internautes de 20 Minutes ont opté pour le pilulier, cette petite boîte compartimentée qui contient tous les médicaments de la semaine, répartis par jour et par repas.

Pour d’autres, le smartphone est le meilleur allié. « Alarmes sur mon téléphone portable à heures fixes, matin et soir, pour la prise des médicaments, pilulier pour la semaine, et alarme pour commander régulièrement les médicaments », détaille Shipie, qui ne veut surtout pas risquer d’oublier de prendre ses médicaments. Tout comme Crapette, qui a quotidiennement « une alarme sur le téléphone à 7 heures, 15 heures et 22 heures » en guise d’aide-mémoire. Eric, lui, a misé sur « Medisafe, une application gratuite et bien pratique », qui rappelle quand il faut prendre ses médicaments.

« Tous les objets de santé connectés peuvent avoir un rôle sur l’oubli occasionnel, reconnaît volontiers Claude Le Pen. A terme, ces dispositifs devraient même aller plus loin, et par exemple mesurer en temps réel la glycémie ou encore la tension artérielle et envoyer si besoin une alerte au patient ».

 

* Etude menée par QuintilesIMS et le Cercle de Réflexion de l’industrie pharmaceutique (CRIP)

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