Perturbateurs endocriniens: Cinq questions pour comprendre

SANTE Ces molécules présentent un risque encore mal mesuré pour la santé…

Bryan Faham

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Les perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreux produits comme des emballages ou des pesticides, ici répandus dans une ferme en Chine

Les perturbateurs endocriniens sont présents dans de nombreux produits comme des emballages ou des pesticides, ici répandus dans une ferme en Chine — - AFP

Les perturbateurs endocriniens sont un véritable casse-tête pour la communauté scientifique. Ils représentent un danger pour la santé. Mais avant qu’une molécule soit considérée comme étant un perturbateur endocrinien dangereux, il peut se passer des décennies.

Bernard Jégou, chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et directeur de la recherche de l’Ecole des hautes études de santé publique, nous aide à faire le point en cinq questions.

Qu’est ce qu’un perturbateur endocrinien ?

La définition donnée par l’Organisation mondiale de la santé en 2002 est la plus acceptée par la communauté scientifique : « un perturbateur endocrinien potentiel est une substance (…) possédant des propriétés susceptibles d’induire une perturbation endocrinienne dans un organisme intact, chez ses descendants ou au sein de (sous)-populations. »

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Où peut-on les trouver ?

« Les produits suspectés sont présents à peu près partout » d’après Bernard Jégou : dans l’air, dans l’eau, dans des produits de consommation comme les produits cosmétiques, les contenants alimentaires ou encore les matières plastiques. Mais selon lui, « la question est de savoir si les concentrations auxquels on est exposé dans la vie quotidienne font sens en termes de risque pour la santé. Et là, se pose la question des effets des molécules individuelles et des effets des combinaisons de molécules. »

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Que faire pour être moins exposé ?

Le chercheur donne quelques idées : « il faut déjà mettre en pratique les résolutions nationales pour une décroissance des quantités de pesticides utilisées, et on n’oublie ceux qu’on utilise à l’intérieur de nos maisons. Un autre exemple : on a l’habitude de repeindre une chambre avant l’arrivée d’un nouveau-né, mais il est préférable de le faire longtemps à l’avance et de bien aérer. Enfin, il y a un avantage à utiliser des containers en verre, plutôt que du plastique. »

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Pourquoi ne sont-ils pas tous interdits ?

Pour savoir si une molécule est un perturbateur endocrinien, « la Commission européenne veut que les scientifiques répondent par oui ou par non. Alors qu’on devrait faire une réglementation par paliers, estime le scientifique. Il y a des produits qui sont suspectés, d’autres sont avérés. Avant de répondre "oui, c’est un perturbateur endocrinien qui impacte la santé", il peut s’écouler des décennies. »

De quoi permettre aux lobbies d’exploiter toutes les failles de ces longues recherches. Car si l’existence des perturbateurs endocriniens est connue depuis une vingtaine d’années, c’est peu à l’échelle d’étude sur la population humaine. Comme détaille le chercheur de l’Inserm et de l’Ehesp, « c’est très court si on fait une étude sur ce à quoi une mère a été exposée durant sa grossesse et en quoi c’est supposer l’impacter avec son enfant à la puberté par exemple, on est déjà sur une échelle de dix à quatorze ans ».

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Pourquoi trouve-t-on encore des molécules interdites ?

Certains perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A que l’on trouvait dans les biberons et le pesticide chlordécone ont été interdits. « C’est le bon exemple de politique qui n’a pas attendu que la science soit blanche ou noire, et de l’application raisonnée du principe de précaution », se félicite le chercheur.

Et pourtant, on en trouve encore. « On ne sait pas souvent d’où ça vient », soupire le chercheur, qui avance deux hypothèses : « soit c’est rémanent, stocké dans notre environnement et dans notre corps pour des longues périodes, soit il y a encore des usages clandestins pour certaines molécules. Je prends l’exemple de la chlordécone, le temps qu’il faut pour que la moitié des quantités répandues ait disparu par la biodégradation est de l’ordre de siècles… »

Des traces de dizaines de perturbateurs endocriniens ont été retrouvées dans les cheveux d’enfants de 10 à 15 ans, selon une étude publiée jeudi par 60 millions de consommateurs, alors même que certains sont interdits. Mais comme le note le chercheur, « si on les trouve dans les cheveux des enfants, on les trouve aussi chez les parents. Ça peut être transmis au cours de la grossesse et par l’alimentation par exemple. »