La Fondation Jérôme-Lejeune dans le viseur de 146 scientifiques, qui l’accusent de bloquer leurs recherches sur les embryons

RECHERCHE La pétition demande que la Fondation ne soit plus reconnue d’utilité publique…

Manon Aublanc

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Un embryon humain (blastocyste) en éclosion, 5 jours après la micro-injection d'un spermatozoïde. Photo datée du 30 novembre 2000 au CECOS (Centre d'étude et de conservation du sperme humain).

Un embryon humain (blastocyste) en éclosion, 5 jours après la micro-injection d'un spermatozoïde. Photo datée du 30 novembre 2000 au CECOS (Centre d'étude et de conservation du sperme humain). — MARCEL MOCHET / AFP

Une pétition signée par 146 scientifiques, publié par Le Monde, accuse la Fondation Jérôme-Lejeune de les empêcher de réaliser leurs travaux sur la recherche embryonnaire, en déposant des recours en justice pour chaque cas.

Un handicap majeur pour la recherche française

La pétition met en cause les procédures judiciaires lancées par la fondation Jérôme-Lejeune contre les autorisations de recherche sur des embryons, demandées par des scientifiques. A ce jour, quarante recours ont été déposés contre des autorisations données par l’Agence de biomédecine, l’instance compétente dans ce domaine. Il s’agit presque de la totalité des projets en cours dans le domaine de la recherche embryonnaire : « C’est un handicap majeur pour la recherche française », a expliqué le biologiste Pierre Jouannet, l’un des initiateurs du texte, au Monde, « certains chercheurs renoncent à déposer des projets et vont à l’étranger. »

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La Fondation Jérôme-Lejeune, qui tire son nom de l’un des deux professeurs qui a découvert la trisomie 21, est connue pour ses positions hostiles sur l’euthanasie ou les interventions sur le vivant. Elle organise également, tous les ans, la « Marche pour la vie », qui réunit les opposants à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) : « Nous poursuivons l’action du professeur Lejeune, qui défendait les patients et ne pouvait accepter une loi qui les élimine avant la naissance », affirme son président Jean-Marie Le Méné. La Fondation s’oppose à la recherche sur les embryons, peu importe leur stade de développement : « Ce sont des membres de l’espèce humaine même s’ils ne nous ressemblent pas », poursuit Jean-Marie Le Méné.

Une guerre judiciaire

Bien quela recherche impliquant l’étude d’embryons soit très encadrée, la recherche dans ce domaine est cruciale pour la médecine du futur. Il s’agit pour les professeurs de comprendre le processus de développement des maladies génétiques ou d’améliorer les chances de fécondation in vitro (FIV). Mais la Fondation Jérôme-Lejeune poursuit son action et tente de bloquer toute autorisation de recherche : « La Fondation Lejeune cherche à bloquer la recherche en menant une guérilla juridique sur la forme, et non sur le fond », estime John de Vos, chef du service d’ingénierie cellulaire et tissulaire au CHU de Montpellier. Dix-neuf procédures sont en cours devant le tribunal administratif ; neuf devant la cour administrative d’appel de Paris, et dix devant le Conseil d’Etat. « On s’interdit de guérir des maladies génétiques parce qu’on ne veut pas toucher à l’embryon humain, alors que tous les jours des embryons qui ne font plus l’objet d’un projet parental sont détruits », explique Julie Steffann, responsable du projet de recherche sur le rôle des mitochondries dans le développement embryonnaire à l’hôpital Necker de Paris.

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Selon la Fondation Jérôme-Lejeune, les chercheurs pourraient délaisser l’utilisation d’embryons et utiliser des cellules-souches adultes, dites IPS. Après reprogrammation génétique, ces cellules sont capables, comme les cellules-souches d’embryons, de se multiplier à l’infini : « On voit de plus en plus de travaux réalisés sur ces cellules IPS », relève Mme Martinat, « il ne faut pas oublier que les IPS sont des cellules génétiquement modifiées ». Pour le président de la Fondation Jérôme-Lejeune, le combat est juste : « Le combat devant le juge est à armes égales. Il est incroyable de vouloir nous faire passer pour des méchants parce que nous faisons respecter la loi, alors qu’eux sont des professionnels de la transgression. Justifier la recherche par le fait que les embryons vont être détruits est douteux sur le plan moral. Ce n’est pas parce qu’ils sont destinés à mourir qu’il faut précipiter les choses. »