Vaccins: DTP, Hépatite B... Pourquoi une telle pénurie?

VACCINATION Alors que plusieurs organisations médicales ont recommandé mercredi de passer de trois à six vaccins obligatoires en France, certaines associations alertent sur des pénuries…

Oihana Gabriel

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Illustration d'un vaccin.

Illustration d'un vaccin. — Pixabay

Alors que le débat sur les vaccins et leurs dangers fait rage en France depuis des mois, paradoxalement, de nombreux patients ne trouvent plus les vaccins dont ils ont besoin. Depuis des années, il est souvent compliqué d’acheter en pharmacie le DTP, vaccin obligatoire pour les nouveau-nés, en tout cas dans sa version pentavalent, c’est-à-dire qui protège contre cinq maladies. Et ces derniers jours, des associations ont tiré sur la sonnette d’alarme : il devient très compliqué d’obtenir en ville le vaccin contre l’hépatite B. 20 Minutes fait le point sur ces pénuries et polémiques.

Vaccins: Et si les protections recommandées devenaient obligatoires?

La question complexe du DTP

On est face à un paradoxe : aujourd’hui en France, il y a seulement trois obligations vaccinales, à savoir celles contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP). Or le DTP « simple » est introuvable. Et pour cause : ce vaccin, qui n’avait pas d’aluminium (un détail de taille pour les anti-vaccin), n’est plus commercialisé depuis 2008. Les nouveaux nés reçoivent soit par un vaccin pentavalent (qui couvre cinq maladies : DTP, coqueluche et haemophilus) soit hexavalant (avec l’hépatite B en plus).

« Ce qui a accentué la défiance de certains parents, reconnaît le Professeur Robert Cohen, pédiatre et infectiologue. Cela n’a aucun sens, soit tous ces vaccins sont obligatoires, soit ils sont tous recommandés. » Le Conseil d’Etat a d’ailleurs tranché le 8 février : les trois vaccins obligatoires en France doivent être disponibles sans être associés avec d’autres. Pourquoi la firme ne fabrique plus ce vaccin « DTP simple » ? Car « il n’était commercialisé qu’en France, répond l’infectiologue. Et ce vaccin avait provoqué de nombreux cas d’allergies. Mais déjà en 2008, 95 % des nouveaux nés recevaient le vaccin DTP pentavalent. » Depuis 2008, donc, ce vaccin DTP simple est introuvable, pas à cause d’une pénurie, mais d’un arrêt de commercialisation.

Le DTP est-il en pénurie ?

« Le DTP hexavalent est disponible, en revanche le pentavalent, qui n’a donc pas l’hépatite B, connaît des périodes de pénurie intermittentes, répond le pédiatre. Mais en ce moment, on en trouve ! » Problème, certains parents se méfient du vaccin contre l’hépatite B après certaines polémiques… et sont donc parfois en peine pour dénicher le DTP qui couvre cinq maladies et non six.

Quels sont les vaccins touchés par les pénuries actuelles ?

En revanche, trois vaccins sont actuellement difficiles à trouver : celui contre la coqueluche, contre l’hépatite A et contre l’hépatite B. « Les pénuries ne sont pas françaises, mais mondiales », nuance le président du Groupe de Pathologie Infectieuse Pédiatrique. Pour combien de temps ? « Pour l’Hépatite A et B, cela devrait durer toute l’année 2017, suppose Robert Cohen. Pour la coqueluche, on a moins de visibilité. Mais en réalité, pour les urgences, on a ce qu’il faut. Par exemple, pour la coqueluche, notre calendrier vaccinal prévoit des injections à 2, 4 et 11 mois, puis à 6 et 11 ans. On va donc privilégier les nouveaux nés, car c’est pour eux que cette maladie est la plus dangereuse. »

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Du côté de l’Hépatite B, cette pénurie actuelle pose problème. La Fédération nationale d’aide aux insuffisants rénaux (Fnair) a assuré dans un communiqué mercredi que « la distribution de ces vaccins à l’hôpital serait contingentée ; en ville elle serait purement et simplement interrompue ». Or, « le vaccin contre l’hépatite B fait partie des vaccinations indispensables chez les insuffisants rénaux, en particulier chez les hémodialysés en attente de greffe rénale », précise la Fédération. « Beaucoup de personnes qui embrassent la profession d’infirmière, de médecin, de policier doivent obligatoirement être vaccinées contre l’hépatite B », complète le Professeur Cohen.

Les raisons des pénuries

Pourquoi ces pénuries actuelles, mais aussi intermittentes comme pour le DTP ? D’abord parce que « la demande de vaccins a explosé ces dernières années, reprend l’infectiologue. Notamment les vaccins pédiatriques depuis que la Fondation de Bill Gates a lancé une grande campagne de vaccination des enfants dans les pays en développement.

« Imaginez que l’Inde [1,26 milliard d’habitants] décide de vacciner tous les enfants de 6 ans, ça veut dire que les firmes mondiales doivent produire des millions de doses d’un coup, illustre le Professeur Cohen. Or un vaccin met en général entre dix-huit mois et deux ans à être fabriqué, excepté pour la grippe ».

Pour la coqueluche, par exemple, France 24 explique qu’à la suite d’importantes épidémies de cette maladie en 2012 et 2013, « 17 pays et non des moindres comme les États-Unis, l’Inde ou l’Australie ont notamment décidé d’introduire le vaccin contre la coqueluche au calendrier vaccinal des femmes enceintes ».

Deuxième raison : les vaccins sont instables. « Les vaccins étaient en partie vivants puisqu’on fait pousser des bactéries, il arrive qu’il y ait des lots supprimés, d’autant qu’il y a des normes très strictes », explique le Professeur Cohen.

Enfin, les raisons économiques et les intérêts des grandes firmes pharmaceutiques sont à prendre en compte. « Les firmes vont fabriquer les vaccins qui leur rapportent le plus, tranche le médecin. Ils vont donc privilégier la fabrication des produits à forte valeur ajoutée. Car, comme beaucoup de produits, plus vous produisez, plus vous diminuez le coût du vaccin. » Il est donc plus profitable de produire le DTP hexavalent pour des milliards d’enfants… que celui pour l’hépatite B.