Cancer diagnostiqué: Quels sont les bienfaits du régime cétogène?

NUTRITION SANTE S'il ne s'agit pas d'un régime miracle, cette diète riche en gras et très pauvre en sucre priverait les cellules cancéreuses de leur carburant tout en préservant les cellules saines...

Anissa Boumediene

— 

Avocat, huiles, noix et autres aliments riches en graisses constituent la base du régime cétogène, qui présente des vertus anticancer.

Avocat, huiles, noix et autres aliments riches en graisses constituent la base du régime cétogène, qui présente des vertus anticancer. — Woman's Weekly / Rex Fe/REX/SIPA

La première étape, c’est de passer la sidération. Surmonter le choc que ce simple mot de six lettres, « cancer », provoque dans la tête de celui qui l’entend. Puis, une fois le diagnostic posé et à peu près digéré, nombreux sont les patients qui se demandent ce qu’ils peuvent faire en plus des traitements pour bouffer ce « crabe » qui voudrait les bouffer eux. Et si cela passait justement par la nourriture ? L’alimentation pourrait-elle jouer un rôle dans la lutte contre la maladie ? C’est ce qu’avance une proportion grandissante de chercheurs en cancérologie, qui mettent en avant les bienfaits du régime cétogène. Gourmandes, les cellules cancéreuses se nourriraient des sucres présents dans nos repas quotidiens, très riches en glucides. Pour ralentir voire enrayer leur croissance, adopter cette diète très riche en graisses et très pauvre en sucres serait une piste sérieuse que 20 Minutes explore à l’occasion ce samedi de la Journée mondiale contre le cancer.

Le cancer, une maladie du métabolisme

« Nous avons compris que le cancer est une maladie simple du métabolisme », explique à 20 Minutes le Dr Laurent Schwartz, auteur de Cancer : Un traitement simple et non toxique* (éd. Thierry Souccar). Le cancérologue s’est basé sur les travaux du prix Nobel de médecine Otto Warburg sur le métabolisme des cellules cancéreuses pour mener ses recherches entamées il y a plusieurs décennies. « Pour schématiser : les cellules saines tirent leur énergie en brûlant le sucre grâce à l’oxygène présent dans le sang, expose-t-il. C’est la respiration cellulaire, ou activité mitochondriale. Les cellules cancéreuses, elles, respirent moins bien et tirent leur énergie de la fermentation des sucres. En redémarrant la respiration cellulaire, les tumeurs ne repoussent plus ou repoussent moins vite ».

Pour cela, il faut priver les cellules cancéreuses de leur carburant de prédilection : le sucre. « Pas question de dire que c’est une solution miracle, rappelle l’oncologue, mais en combinaison avec les traitements classiques, les résultats sont vraiment là », insiste-t-il, plaidant pour davantage d’essais cliniques sur le sujet. « En pratique, cela passe par une réduction drastique de son apport en sucre », préconise le Dr Schwartz, qui conseille également à ses patients « une combinaison d’acide lipoïque et d’hydroxycitrate, dont le but est de réactiver la combustion mitochondriale et donc d’inhiber la croissance des tumeurs ».

« Ne pas nourrir le crabe »

Lorsque le diagnostic de son cancer du sein triple négatif a été posé, Camille s’est posé mille questions. « J’ai toujours utilisé des déodorants sans parabens ni sels d’aluminium, fait du sport et mangé assez sainement », raconte la jeune femme longiligne de 32 ans, qui confie « adorer le pain et les chocolats au lait pour enfants ». « Je me suis demandé si mon alimentation avait joué un rôle dans la survenue de mon cancer et si elle pouvait avoir une influence sur ma guérison ». Au gré de ses recherches sur internet, la jeune femme découvre rapidement le régime cétogène, qu’elle adopte quelques jours à peine après son diagnostic. « Ce régime repose sur une alimentation qui peut contenir jusqu’à 80 à 90 % de lipides, sous forme d’huile, de graisses animales et végétales ou encore d’oléagineux, indique Magali Walkowicz, diététicienne-nutritionniste, rare spécialiste du régime cétogène et auteure du livre de recettes Céto cuisine** (éd. Thierry Souccar). Cela permet à l’organisme de passer en cétose, c’est-à-dire que le foie fabrique des cétones qui permettent à l’organisme de tirer son énergie non pas du sucre, mais du gras, décrit-elle. C’est un pli à prendre, mais avec un compteur de glucides pour démarrer, on s’approprie vite ses recettes ».

>> A lire aussi: Faut-il arrêter le sucre pour être en forme et en bonne santé?

Pour Camille, « ça a été un bouleversement complet de mon alimentation : quasiment du jour au lendemain, j’ai supprimé tous les sucres rapides et lents de mon alimentation. Fini le chocolat, mais aussi le pain, les pâtes, les féculents, les légumineuses, les jus de fruits et les fruits ». La jeune femme a dû repenser ses repas, souvent composés d’œufs ou d'avocat le matin et de collations à base d’amandes et de noix. « Au déjeuner et au dîner, je mange de petites quantités de viande, poisson ou fruits de mer, accompagnées de beaucoup de légumes, le tout cuisiné au beurre, à l’huile ou avec de la crème fraîche, détaille Camille. La digestion est compliquée les premiers jours mais je ne veux pas nourrir "le crabe", c’est comme ça que j’appelle le cancer. Et en plus on retrouve très vite un ventre tout plat ! », s’amuse la jeune femme, qui ne s’attendait pas à cela avec des repas si riches en graisses.

Un mois après le début de son régime et deux séances de chimiothérapie plus tard, les résultats des nouveaux examens de Camille montrent une amélioration, avec une diminution de ses masses tumorales dans son aisselle. « Je n’en suis qu’au début de mon traitement, mais je suis convaincue de cette combinaison chimiothérapie et régime cétogène, déclare la jeune femme. Ça ne fait pas de mal, alors si ça fait du bien c’est tout bénéf ! »

* Cancer : Un traitement simple et non toxique, du Dr Laurent Schwartz, Editions Thierry Souccar

** Céto cuisine, 150 recettes clé en mains pour adopter le régime cétogène, de Magali Walkowicz, Editions Thierry Souccar