Lyon: Ce que l'on sait après les 13 décès dus à la grippe dans une maison de retraite

GRIPPE Six des treize victimes avaient été vaccinées contre la grippe…

Anissa Boumediene

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Une maison de retraite (illustration).

Une maison de retraite (illustration). — ISOPIX/SIPA

Le virus de la grippe a fait treize morts au sein d’une maison de retraite lyonnaise entre le 23 décembre et le 7 janvier. Au total, sur les 110 pensionnaires que compte l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Korian Berthelot de Lyon, région où l’épidémie est très sévère, 72 d’entre eux ont contracté la grippe. Après ce drame, le ministère de la Santé a diligenté une enquête auprès de l’Inspection générale des services (Igas) pour faire la lumière sur les causes de cet « événement exceptionnel ». Ce dimanche, six des résidents touchés par la grippe étaient toujours hospitalisés, mais leurs jours ne sont pas en danger. Toutefois, l’événement, exceptionnel par son ampleur, soulève plusieurs questions. Toutes les mesures de prévention ont-elles été respectées ? Les pensionnaires de la maison de retraite étaient-ils tous vaccinés ? 20 Minutes fait le point.

La vaccination contre la grippe est-elle obligatoire pour les pensionnaires de maisons de retraite ?

En matière de prévention de la grippe, la vaccination est la première recommandation préconisée par les médecins et les professionnels des maisons de retraites. « La vaccination est évidemment un élément de prévention primordial contre le virus, et les personnels des maisons de retraites en informent les résidents », explique à 20 Minutes Romain Gizolme, directeur de l’association AD-PA (Association des directeurs au service des personnes âgées).

Pourtant, au sein de l’établissement Korian Berthelot de Lyon, seuls 38 % des pensionnaires ont été vaccinés cette année, contre une moyenne nationale de 80 %, alors que la campagne vaccinale avait été lancée « dès octobre », a déclaré dimanche Paul-Emile Haÿ, le directeur médical de Korian. Une campagne suspendue lorsque l’épidémie s’est déclenchée, car « pour être vacciné, il ne faut pas présenter de syndromes infectieux », a expliqué le médecin coordonnateur chez Korian, Emilie Arabian. Des chiffres d’autant plus faibles que « la vaccination contre la grippe n’est pas obligatoire, rappelle Romain Gizolme. Si les pensionnaires de la maison de retraite ne souhaitent pas être vaccinés, rien ni personne ne peut les y contraindre, ils sont libres de leur choix ». Toutefois, sur les 72 résidents touchés par le virus de la grippe, plusieurs d’entre eux avaient été vaccinés, dont six des patients qui ont perdu la vie. Un phénomène qui pourrait être dû à « l’immunosénescence », le vieillissement du système immunitaire à partir de 65 ans, qui fait que les personnes âgées répondent moins bien aux vaccins.

Toutefois, le vaccin reste la première des protections contre la grippe, particulièrement virulente cette année, surtout pour les personnes vulnérables.

Les mesures de prévention ont-elles été respectées ?

« Les maisons de retraite constituent un secteur très "protocolisé", avec des normes strictes rassemblées dans le Plan bleu, et appliquées tout au long de l’année, indique Romain Gizolme, et qui sont renforcées en cas de situation de crise ». Après s’être rendu au sein de l’EHPAD lyonnais vendredi, le directeur général de la santé « a constaté que, à cette date, les mesures de prévention étaient bien en place », a assuré le ministère de la Santé, qui a par ailleurs saisi l’Igas pour comprendre les circonstances du drame.

Parmi les mesures de prévention observées par les EHPAD figurent « le rappel de l’importance de la vaccination, le renforcement des mesures d’hygiène, le lavage régulier des mains et l’utilisation de solution hydroalcoolique, énumère Romain Gizolme. Et si des symptômes grippaux sont détectés, les personnels mettent aussitôt en place le port du masque pour les pensionnaires touchés par le virus, et veillent à ce que les déplacements soient limités au sein de l’établissement, afin d’éviter la contagion. Des tests sont par ailleurs réalisés pour confirmer la présence de la grippe, auquel cas traitements médicaux voire hospitalisations sont décidés ».

Le drame aurait-il pu être évité ?

«Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables et au sein des EHPAD, les mesures de confinement ou de limitation des déplacements sont parfois difficiles à faire observer à des résidents qui, du fait de leurs pathologies telles que la maladie d’Alzheimer, peuvent avoir des pertes de mémoire. Mais cet événement concerne un EHPAD sur les 10.000 que compte la France, c’est un cas gravissime, mais très rare », observe Romain Gizolme. A la maison de retraite Korian, on pointe également l’âge avancé des victimes, qui en moyenne 91 ans et demi.

« Au-delà des protocoles, du respect des mesures de prévention et de l’investissement des personnels des EHPAD, le problème vient de ce que le secteur de l’aide aux personnes âgées connaît une crise majeure, il fonctionne en flux tendus avec manque de personnel d’environ 50 %, déplore celui qui dirige l’Association des directeurs au service des personnes âgées. En 2015, plus de 18.000 personnes sont décédées des suites de la grippe, principalement des personnes âgées vivant à domicile. C’est plus que lors de lacanicule de 2003. Aujourd’hui, la question majeure est celle de l’accompagnement au quotidien des personnes âgées, de la nécessité de créer des emplois dans ce secteur ».

Cette année, 169 foyers d’infections ont été observés dans des collectivités de personnes âgées, un chiffre en augmentation depuis deux semaines, selon Santé Publique France. Les plus de 80 ans représentant 63 % des hospitalisations pour grippe.