Vaccins: Et si les protections recommandées devenaient obligatoires?

PREVENTION Après une grande concertation citoyenne, le comité a rendu ses pistes ce mercredi pour rétablir la confiance des Français très vigilants sur les vaccins...

Oihana Gabriel

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Illustration d'un vaccin.

Illustration d'un vaccin. — Pixabay

Demander son avis à la population française. C’est la méthode utilisée par le ministère de la Santé pour lever les inquiétudes et reconquérir la confiance des Français, de plus en plus méfiants vis-à-vis des vaccins. Après six mois de discussions, 44 auditions d’acteurs variés autour de cette question, 10.435 contributions d’internautes, le comité d’orientation de cette concertation citoyenne sur la vaccination a présenté ce mercredi au ministère ses conclusions. 20 Minutes fait le tour des principales propositions pour améliorer l’accès et la réputation des vaccins. Des pistes qui pourront orienter les décisions Marisol Touraine et de la Haute Autorité de Santé.

Transparence. La vaccination est devenue un sujet très clivant. Pour lever les doutes et combattre les préjugés, des informations fiables pourraient être diffusées lors de campagnes de communication fortes et à grande échelle. « Un site Internet unique serait souhaitable pour apporter une information objective, actualisée sur les bénéfices, les risques, les effets indésirables de chaque vaccin », souligne Claude Rambaud, vice-présidente du comité de concertation citoyenne.

Sur ce site, qui pourrait être baptisé vaccination-info-service, les internautes pourraient aussi poser leurs questions et faire remontrer les effets indésirables qu’ils remarquent. Une façon de poursuivre le dialogue amorcé par cette concertation.

Amplifier la recherche. En corollaire indispensable de cette transparence, le comité précise que la recherche doit poursuivre ses efforts, notamment pour délivrer des informations précises. Ainsi, le rapport pointe plusieurs domaines : recenser les effets indésirables graves liés aux vaccins, trouver de nouvelles voies d’administration (par patch notamment pour éviter la douleur), identifier de nouvelles molécules adjuvantes.

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Un dossier vaccinal électronique. Un problème pour beaucoup de Français est qu’ils ne savent pas s’ils sont à jour dans leurs vaccinations. Et qu’ils oublient leur carnet de santé lors d’une consultation. Ou l’ont perdu. Pour que les vaccins obligatoires, conseillés et autres rappels soient bien clairs pour chacun, ce dossier individuel permettrait à chacun d’être plus autonome. Et ce dossier vaccinal pourrait être lié au dossier médical personnel (DMP).

Un outil utile également pour les médecins généralistes. Mais aussi les pharmaciens, qui selon ces préconisations, pourraient vacciner sur la base du volontariat. « Aujourd’hui, c’est au point et ça permettrait d’avoir une source en temps réel sur la couverture vaccinale française », insiste Claude Rambaud, secrétaire générale du Collectif Inter-associatif Sur la Santé (CISS).

Rendre obligatoires les vaccins recommandés. C’est certainement la proposition qui risque de crisper les Français méfiants. Le comité suggère que les vaccins pédiatriques recommandés deviennent obligatoires : tous les enfants seraient ainsi protégés contre onze maladies contre trois actuellement, via l’unique vaccin obligatoire DTP (Diphtérie, Tétanos, Polio).

En pratique, la nouvelle obligation concernerait donc l’Hépatite B, la coqueluche et l’haemophilus influenzae (déjà prévues dans le le vaccin hexavalent, officiellement recommandé en France et souvent administré, avec le DTP), le vaccin trivalent « ROR » (rougeole, oreillons, la rubéole) ainsi que la vaccination contre le pneumocoque et celui contre le méningocoque de type C.

Avec deux précisions : cette obligation serait provisoire, le temps que la confiance soit rétablie et les parents récalcitrants auraient droit à une clause d’exemption. « Les parents qui refusent ces vaccins devraient s’engager par écrit sur cette décision, après avoir reçu une information sur les effets bénéfiques et indésirables des vaccins, mais aussi sur les effets possibles de la non-vaccination », éclaire la coprésidente du comité. Une façon de « laisser les Français exprimer leur liberté en compensation d’une responsabilité morale ».

« Au début, le comité était favorable à la levée de l’obligation vaccinale. Mais nous avons changé d’avis après les débats et deux enquêtes d’opinion qui montraient que si l’obligation était levée, 40 % des parents ne feraient plus vacciner leurs enfants, rapporte la spécialiste. Si on voit une réelle baisse de la vaccination, ces maladies graves vont se diffuser. Mais si dans deux, trois ans, la confiance est revenue, on lèverait l’obligation. Les autorités sanitaires ont perdu la main sur la communication et laissé la place aux anti-vaccins. Ce qui m’a frappée en écoutant nos concitoyens, c’est que certains ont bien plus peur des effets indésirables qui ne tuent pas… à la différence des maladies. » En effet, elle rappelle que le pneumocoque a une mortalité de 10 % et que la méningite peut rendre les enfants sourds.

Sensibiliser les professionnels de santé. Ils sont les premiers ambassadeurs des vaccins. Pourtant, beaucoup d’entre eux ne sont pas vaccinés. Le comité recommande donc la vaccination obligatoire contre la rougeole et une recommandation forte contre la grippe, la coqueluche et la varicelle. Autre piste : que les hôpitaux affichent le taux de vaccination des professionnels.

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