Illustration d'un accouchement. En France, le taux d'épisiotomie, cette incision faite pour aider le bébé à passer, tournait autour de 30% en 2010.
Illustration d'un accouchement. En France, le taux d'épisiotomie, cette incision faite pour aider le bébé à passer, tournait autour de 30% en 2010. - Pixabay

« Je connais une mère qui vient d’accoucher dans une maison de naissance d’un bébé de 4,9 kg sans épisiotomie », assure Chantal Ducroux-Schouwey, présidente du Ciane, collectif interassociatif autour de la naissance. De quoi battre en brèche le cliché qu’un gros bébé rime forcément avec épisiotomie, cette incision du périnée lors de l’accouchement tant redoutée par les femmes.

Selon un sondage exclusif réalisé pour 20 Minutes par YouGov*, 55 % des Françaises ont l’impression de ne pas être assez informées sur ce sujet. Alors que  l’enquête périnatale 2016 est en cours, 20 Minutes a tenté de savoir pourquoi certaines maternités ne font que très rarement une épisiotomie et d’autres plus d’une fois sur deux.

Difficile d’avoir des taux fiables

Les taux d’épisiotomie par maternité sont un secret bien gardé. D’une part parce que l’acte n’est pas « tarifiant » pour la Sécurité sociale, donc souvent mal renseigné par les soignants. Et qu’en général, les maternités qui affichent cette information sont en pointe sur la question.

« En 2013, lorsque le Ciane a souhaité faire un état des lieux sur l’épisiotomie, les taux par maternité étaient largement indisponibles, explique la présidente du Ciane, qui demande plus de transparence. Au final, le Ciane a pu rassembler les taux pour 30 maternités, sur les quelque 500 maternités en France. »

Et pourtant, c’est une information essentielle pour certaines femmes. Selon notre sondage YouGov*, 65 % des sondées prendraient en compte cette information pour choisir la maternité où accoucher.

Mais globalement les taux baissent

Une source fiable prouve tout de même que l’épisiotomie n’est plus systématique en France. L’enquête nationale périnatale de 2010 dévoile une baisse nette : en effet, le taux d’épisiotomie est passé de 71 % en 1998 à 44 % pour un premier accouchement. Pour les accouchements suivants, le taux baisse à 19 %. Avec en ligne de mire les recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français qui datent de 2005 : arriver à une moyenne de 30 % d’épisiotomies pour toutes les femmes.

Un objectif atteint si l’on en croit l’enquête du Ciane de 2013, le taux moyen atteignait 33 % en 2013. Encore loin de certains pays voisins : en Suède, il tourne autour de 6 % et en Grande Bretagne de 13 %. « On attend les résultats mi-2017 de la dernière enquête périnatale pour confirmer la tendance, souligne Brigitte Blondel, chercheuse à l’Inserm qui coordonne cette étude. La France est en train de rattraper son retard. »

Des déchirures moins graves

Depuis les années 70, cette incision chirurgicale du périnée, censée faciliter la sortie du bébé et prévenir l’incontinence urinaire, était monnaie courante. « Jusqu’aux années 2000, on pensait que l’épisiotomie protégeait le sphincter de l’anus, préciseDidier Riethmuller, obstétricien au CHRU de Besançon, où le taux est de 1 % aujourd’hui. Mais la littérature a montré qu’il n’y a aucun avantage pour la mère à inciser. »

Un avantage supposé qui était, pour ce praticien avant-gardiste, le seul argument valable pour justifier cette pratique : « Les déchirures naturelles sont moins importantes, font moins mal et saignent moins. Car les femmes ne sont pas transparentes : quand vous coupez, vous ne repérez pas la vascularisation, les fibres et les nerfs. »

Et les enquêtes auprès des jeunes mères ont prouvé que l’épisiotomie fait beaucoup de dégâts : trois femmes sur quatre disent avoir souffert de cette incision dans un endroit particulièrement intime… et 80 % déclarent que la reprise des rapports sexuels est douloureuse.

Violences ou incision nécessaire ?

Si le regard a changé sur ce geste chirurgical, au niveau du consentement, il y a des progrès à faire. L’enquête du Ciane révèle que 85 % des épisiotomies sont pratiquées sans demande de consentement. Pire, certaines femmes qui avaient précisé qu’elles refusaient l’épisiotomie n’ont pas eu le choix.

« Malgré mes demandes lors des consultations et le rappel lors de mon accouchement, j’ai subi une épisiotomie », témoigne une des mères dans l’enquête du Ciane. « J’ai eu une épisiotomie malgré mon refus et sans réelle raison médicale (pas de souffrance fœtale) », tempète une autre mère. Beaucoup de femmes dénoncent ces abus.

D’autant qu’il est compliqué de s’opposer à un soignant quand on souffre les quatre fers en l’air… « On a encore aujourd’hui des obstétriciens ou des sages-femmes qui répondent "ce n’est pas votre problème, c’est le nôtre", assure Chantal Ducroux-Schouwey. C’est vécu comme une violence par certaines femmes. »

«Les urgences, extrêmement rares»

« Les praticiens ne coupent pas pour punir la patiente, s’agace Didier Riethmuller, gynécologue-obstétricien. L’accouchement, c’est la période la plus dangereuse dans la vie d’une femme. »

Dans quels cas est-ce vraiment nécessaire ? « Il arrive qu’on soit dans une urgence extrême pour sauver le bébé, mais c’est extrêmement rare, reprend le médecin. Et dans ce cas, il fallait agir avant. » Et si certains praticiens coupent pour gagner du temps même sans détresse du bébé ? « En général, on n’incise pas pour gagner une minute, reprend le médecin. » Et le praticien reconnaît tout de même que cette incision peut être nécessaire en cas de malformations de la mère ou de mutilations sexuelles…

Des disparités impressionnantes entre maternités

Mais si l’épisiotomie semble moins automatique, les taux varient énormément selon les maternités françaises. Selon l’enquête périnatale de 2010 (par région et non par maternité), la Franche-Comté affichait les taux les plus bas (entre 2,7 % et 12,9 %)… Et l’Ile-de-France (entre 14 et 52,4 %) caracolait en tête avec le Limousin (39,3 %). Comment expliquer de telles disparités ? « Parfois cela peut être une opposition des soignants, mais souvent c’est parce qu’on accorde plus d’intérêt à d’autres aspects : la césarienne, la prise en charge du nouveau-né », reconnaît Brigitte Blondel.

« Mais les disparités sont aussi grandes pour les césariennes, nuance Didier Riethmuller. Les soignants coupent parce qu’ils pensent qu’ils rendent service à la patiente. » Et les changements d’habitudes sont lents. « Cela prend du temps, tempère l’obstétricien de Besançon. Ici, nous avons mis deux ans pour convaincre les sages-femmes. Mais c’est un combat que nous sommes en train de gagner, il faut maintenant aller au-delà. »

*Enquête réalisée en ligne du 2 au 5 décembre sur un panel de 1.006 Françaises de 18 ans et plus représentatives de la population française.

 

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