Médicaments inefficaces et dangereux: Contesté, le Pr Even relance la polémique

MEDICAMENT Pour l'ancien médecin, il faut revoir la pharmacovigilance en France, alors qu'un tiers des médicaments sont inefficaces et 5% dangereux... 

Oihana Gabriel

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Pour le Pr Even, beaucoup trop de médicaments sont inefficaces.

Pour le Pr Even, beaucoup trop de médicaments sont inefficaces. — FRANCK FIFE AFP

Le Professeur Philippe Even récidive. Cinq ans après la sortie de son best-seller,Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, qui avait séduit plus de 160.000 lecteurs, le médecin retraité a sorti cette semaine une nouvelle version du manuel pour patient averti.

Un tiers des médicaments sont inefficaces, selon un ancien médecin

La publication de cet ouvrage en 2002 avait valu quelques démêlés au doyen de la faculté de médecine de Necker. Avec son acolyte et coauteur, Bernard Debré, il avait été condamné par le conseil de l’ordre départemental de Paris à un an d’interdiction d’exercice de la médecine. Un jugement revu en appel par le Conseil national de l’Ordre.

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Un ouvrage « à contretemps »

Pourquoi ressortir l’ouvrage réactualisé ? « J’ai reçu des centaines de demandes de patients pour actualiser cette liste, précise l’ancien médecin. Et en cinq ans, 300 médicaments sont apparus sur le marché, notamment en cancérologie. Qui ouvrent une nouvelle avenue pour des progrès importants dans ce domaine. »

Justement, pour Claude Le Pen, économiste de la Santé, la réédition de l’ouvrage arrive « à contretemps. Cette dévalorisation du médicament est obsolète. Il s’insurge contre les médicaments alors qu’on est en train de vivre une révolution avec des avancées thérapeutiques. Par exemple, l’immunothérapie pour les cancers ou l’apparition du Sovaldi, un médicament qui guérit de l’hépatite C en trois mois alors qu’auparavant les patients avaient des traitements à vie. Mais aussi parce que depuis les années 2000, on a fait le ménage dans les médicaments inutiles. » En effet, des centaines de pilules sont désormais remboursés à 15 %… ou plus du tout par la sécurité sociale.

Mais le professeur se défend : « Il y a un certain nombre de nouveaux problèmes par exemple concernant les nouveaux anticoagulants oraux, de nouveaux antidiabétiques qui sont à la fois moins actifs, sept fois plus chers et multiplient les risques d’accidents sanitaires. Même si ces derniers restent rares, ils existent et à force d’abuser des pilules, il y a environ 15.000 morts d’accidents thérapeutiques chaque année… c’est dix fois plus que sur la route ! »

« Il n’y a pas de médicament anodin »

Philippe Even, dont les positions ont souvent été contestées par la profession, insiste : non il n’est pas anti-médicaments ! « Je suis contre l’usage irrationnel et émotionnel des médicaments. En France, on prend le double de molécules que dans tous les autres pays… et pourtant on meurt au même âge », plaide le professeur. Dont le but est simple : rappeler aux prescripteurs comme aux usagers qu’« il n’y a pas de médicament anodin. Il est inconcevable qu’encore aujourd’hui des patients sortent d’une consultation avec 20 médicaments sur leur ordonnance. » Pourtant, le message semble être passé auprès de certains soignants. « La consommation de médicaments a diminué ces dernières années en France, moins sous l’effet d’une crainte des patients que parce que les médecins prescrivent moins », nuance l’économiste Claude Le Pen.

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Un tiers de médicaments à rejeter

Mais le professeur en colère reconnaît que le regard sur les médicaments a évolué : « Les patients s’interrogent sur les risques, mais le problème, c’est qu’ils s’informent là où ils peuvent et que beaucoup de sites sont à la botte de grands laboratoires pharmaceutiques. » Le professeur mène une bataille depuis des années pour obtenir une information fiable sur les médicaments. Il en a étudié 25.000, feuilleté les pages de la revue Prescrire, qui étudie chaque mois entre 15 et 20 molécules par mois pour mettre à jour cette liste de 4.000 médicaments utiles… et dangereux !

« On ne manque pas de données, au contraire, on en a trop, s’amuse le professeur retraité et passionné par le sujet. En gros, il y a un tiers de médicament à rejeter et 25 % de pilules très utiles. » Et 5 % de molécules dangereuses.

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Comment améliorer la pharmacovigilance ?

Et l’ancien médecin de donner ses bonnes idées pour améliorer la santé. « Créer un institut indépendant de l’industrie pharmaceutique et de l’Etat pour reprendre tous les médicaments mis sur le marché depuis cinquante ans et dérembourser ceux qui sont inutiles et retirer de la vente ceux qui sont dangereux ».

Une piste que François Fillon semble explorer si l’on en croit son programme, encore flou, sur la santé. En effet, parmi ses propositions, le favori de la primaire de la droite et du centre souhaite que la sécurité sociale ne rembourse que les consultations et médicaments pour les maladies graves. Une bonne idée pour le Pr Philippe Even. Qui précise : « La Sécu n’est pas là pour rembourser des poudres de perlimpinpin ! Cette proposition, c’est une économie de 10 milliards d’euros pour l’Etat. »

Mais attention, il estime que certains médicaments très efficaces comme le doliprane, dits « courants », qui pourraient donc être déremboursés selon le programme actuel de François Fillon, devraient au contraire être couvert à 100 % !

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