Dès l'entrée du service, les visiteurs sont invités à plonger dans un univers poétique et de plonger dans les contes pour oublier la maladie.
Dès l'entrée du service, les visiteurs sont invités à plonger dans un univers poétique et de plonger dans les contes pour oublier la maladie. - O. Gabriel/ 20 Minutes

Son bleu de travail, tacheté de peinture, fait sourire les soignants qu’elle croise dans les couloirs. Et il n’y a pas que la bonne humeur d’Edith Baudoin qui est communicative. Depuis mai, elle s’échine sur son échelle avec ses pinceaux et son imagination à apporter un peu de rêve dans un service où les enfants se trouvent entre la vie et la mort.

Grâce au soutien de l’association Main dans la main, elle a réalisé des fresques colorées et poétiques dans chaque chambre du service de réanimation pédiatrique de l’hôpital Necker-Enfants malades-APHP. « Et dans le couloir, j’ai imaginé des moyens de transport : montgolfière, bateau, cheval… », explique l’artiste devant ses créations.

Edith Beaudoin a peint entre mai et décembre 2016 dans 32 chambres et tous les couloirs de ce service où sont hospitalisés les enfants entre quelques semaines et plusieurs mois.
Edith Beaudoin a peint entre mai et décembre 2016 dans 32 chambres et tous les couloirs de ce service où sont hospitalisés les enfants entre quelques semaines et plusieurs mois. - O. Gabriel/ 20 Minutes

 

A chaque chambre sa destination

Sur chaque porte d’entrée, une vignette annonce la couleur : direction la savane, la mer ou le cirque… En tout, 32 destinations de l’Inde au Mexique en passant par Venise.

Sur chaque chambre, une vignette annonce le voyage: ici c'est au Mexique que patients et soignants sont emmenés.
Sur chaque chambre, une vignette annonce le voyage: ici c'est au Mexique que patients et soignants sont emmenés. - O. Gabriel/ 20 Minutes

 

« Après livraison, les bâtiments de l’hôpital étaient plutôt austères, reconnaît Sylvain Renolleau, chef de service. En pédiatrie, on essaie que le décor, mais aussi l’accompagnement humain, soit le moins traumatisant possible. Ces fresques sont très esthétiques. Et bien pensées : Edith a peint tous les plafonds, or pour les enfants immobilisés, c’est la seule chose qu’ils voient pendant des semaines. »

Edith Baudoin, artiste et clown à l'hôpital, peint avec une minerve pour éviter d'avoir mal à la nuque les plafonds des chambres du service de réanimation pédiatrique de l'hôpital Necker (AP-HP), à Paris.
Edith Baudoin, artiste et clown à l'hôpital, peint avec une minerve pour éviter d'avoir mal à la nuque les plafonds des chambres du service de réanimation pédiatrique de l'hôpital Necker (AP-HP), à Paris. - O. Gabriel/ 20 Minutes

 

Détourner l’attention des enfants

Et cette comédienne connaissait déjà bien ces services pédiatriques. « Je suis clown à l’hôpital depuis 17 ans, alors je connais l’importance de l’humour et les façons de détourner l’attention des enfants », confie-t-elle. Car ces dessins sont un outil formidable pour que les enfants se concentrent sur l’énorme baleine au mur pendant les soins.

Depuis six mois, les soignants ont vu le gris perdre du terrain et apparaître une forêt dans les couloirs ou des animaux dans les chambres. « Chaque matin, on cherche une nouveauté sur les murs », sourit Graziella, éducatrice. « J’ai pensé ce projet d’abord pour les soignants, confie Edith. Car c’est un lieu de soin, mais aussi de vie. Certains soignants me disent, j’ai de la chance aujourd’hui j’ai passé la matinée en Russie et l’après-midi en Australie ! »

A Necker, APHP, à Paris, le service de réanimation pédiatrique a vu le gris remplacé par des belles fresques colorées.
A Necker, APHP, à Paris, le service de réanimation pédiatrique a vu le gris remplacé par des belles fresques colorées. - O. Gabriel/ 20 Minutes

 

Une fenêtre sur le rêve et l’avenir

« Le projet a complètement changé l’identité du service, assure Olga, psychologue. Et les parents nous en parlent beaucoup car ça remet un peu de vie, de beau dans un moment où le temps s’est arrêté. C’est très difficile de se projeter dans le futur quand son enfant est aussi mal, mais grâce aux fresques, certains disent qu’ils ont envie de leur faire découvrir la mer ou l’Australie ! »

« Pour les proches, c’est une fenêtre sur l’extérieur, sur le rêve, sur l’espoir, ajoute Graziella, éducatrice. D’ailleurs, certains se font visiter leur chambre pour faire découvrir les peintures, ça crée un sujet de conversation autre que la maladie. »

D’autres parents arrivent même à retrouver un peu d’humour. « Jordan a passé des mois dans ce service, changeant de chambre et donc de pays, raconte Edith. Et ses parents m’ont dit, l’avantage, c’est qu’on voyage beaucoup ! »

« L’arc-en-ciel va me protéger »

Ces dessins de hamac, de tulipes, de dauphins aident parents et soignants à broder des contes pour changer les idées des jeunes malades. « On est beaucoup sur des écrans, les parents filment leurs enfants, j’avais envie d’inciter les gens à retrouver les livres et la transmission », reprend Edith.

L’avantage, c’est que chacun se projette dans ces dessins. « Une petite fille, qui voyait des singes avec des bandeaux m’a dit, c’est comme moi, ils ont des bobos et des pansements », raconte Olga, psychologue. Un père a également été très touché quand il a découvert un hippocampe, son animal porte-bonheur, dans la chambre de sa fille.

« A chaque fois que je croise les petits canards dans le couloir, je retrouve le sourire, confie Rhudy, devant la chambre où sa nièce Emma est hospitalisée depuis deux mois. Même si on est à l’hôpital, on a un sentiment de sécurité, d’être dans un cocon. Et Emma, quand elle a découvert l’arc-en-ciel au plafond nous a dit qu’il allait la protéger. »

Une aventure collective

Le projet, qui devrait s’achever fin décembre, a pris plus de temps et d’énergie que prévu. « Je me suis laissé embarquer par ces voyages. Les fresques ont créé du lien, du dialogue, une cohésion. Toute cette expérience m’a confirmé l’importance de l’humain dans les hôpitaux. »

Et l’aventure est devenue collective. « Certains parents me demandent une autruche ou un colibri, une infirmière a peint un bout de la girafe », s’enthousiasme l’artiste. Qui a même prêté son pinceau à de jeunes apprenties. Ainsi, Larissa, hospitalisée après une quadruple greffe, a pu glisser et signer son œuvre : un doudou qui part en voyage.

Sur cette fresque, juste avant la porte de sortie du service pédiatrique, la jeune Larissa a pu peindre un doudou.
Sur cette fresque, juste avant la porte de sortie du service pédiatrique, la jeune Larissa a pu peindre un doudou. - O. Gabriel/ 20 Minutes

 

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