Vaccins: Un nouveau livre sur le danger de l'aluminium ravive la polémique

MEDECINE Le professeur Romain Gherardi publie ce mercredi un ouvrage où il retrace ses recherches qui l’ont mené à lier une pathologie émergente aux sels d’aluminium dans les vaccins…

Oihana Gabriel

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Lille, le 11 octobre 2013. Vaccination contre la grippe saisonniere a l'Institut Pasteur de Lille avec le vaccin Vaxigrip das laboratoires Sanofi Pasteur MSD.

Lille, le 11 octobre 2013. Vaccination contre la grippe saisonniere a l'Institut Pasteur de Lille avec le vaccin Vaxigrip das laboratoires Sanofi Pasteur MSD. — M.Libert/20 Minutes

« Je veux des vaccins plus sûrs », insiste Romain Gherardi. Ce spécialiste des maladies neuromusculaires à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil), publie Toxic Story (Actes Sud) ce mercredi, où il retrace son « chemin de croix » pour prouver le danger de l’aluminium dans les vaccins. Le professeur détaille étape par étape ses questionnements sur une maladie émergente, la myofasciite à macrophages. Puis ses expériences qui le mènent à lier cette pathologie aux sels d’aluminium présents dans certains vaccins.

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Polémique sur les sels d’aluminium

Une découverte qui va lui coûter cher. Dans son livre, le professeur explique comment les portes se sont fermées une à une. Et combien ses recherches ont crispé le milieu médical. « Mais il y a six équipes de chercheurs dans le monde qui lient le syndrome de fatigue chronique aux sels d’aluminium, se défend le directeur de recherche à l’Inserm. « Mes recherches contredisaient un dogme qui stipulait que l’aluminium était rapidement éliminé par les urines. Mais le monde du vaccin répétait tel un moulin à prières que ces adjuvants étaient inoffensifs. Il existe des collusions entre le monde médical et les industries pharmaceutiques. Les agences médicales, qui devraient protéger les patients, s’intéressent surtout aux intérêts de l’industrie », attaque le professeur. Finalement, après bien des déboires, le ministère lui octroie 150.000 euros pour poursuivre ses recherches en 2012. « J’espère sortir du conflit avec les agences sanitaires, reprend le professeur. Mon travail prouve qu’il existe des facteurs génétiques qui expliquent les liens entre sels aluminiques dans les vaccins et cette pathologie. Ces patients ont une difficulté spécifique à digérer les adjuvants aluminiques qui persistent et se promènent dans leur organisme. On pourrait détecter par des tests génétiques ces individus à risques. A condition d’accepter qu’il existe un problème avec les adjuvants aluminiques. »

Débat sous tension

Ce qui est loin d’être le cas. Romain Gherardi semble bien seul face au discours officiel rassurant. « Il y a un excès de critiques contre les vaccins dans les médias, regrette Jean-Marie Cohen, épidémiologique et responsable d’Open Rome (Réseau d’Observation des Maladies et des Epidémies). La plupart des informations suggérant que les vaccins présentent des dangers sont des impostures scientifiques. Vous avalez bien plus d’aluminium avec vos capsules de café qu’en vous faisant vacciner ! » Un argument avancé également par l’Académie de médecine, qui soulignait en 2012 que la quantité contenue dans les injections reste bien plus faible que celle que nous ingérons via l’alimentation. Deuxième argument : les adjuvants sont nécessaires pour favoriser une réponse immunitaire efficace. L’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) assure que « au site d’injection, la présence d’aluminium favorise le recrutement de cellules de l’immunité, favorisant ainsi la réponse immunitaire adaptée. L’ajout d’adjuvant dans les vaccins permet, par ailleurs, de diminuer la quantité d’antigènes par dose vaccinale, et de réduire le nombre d’injections. » Et l’ANSM de souligner que la communauté scientifique a eu le temps depuis 1928, introduction de l’aluminium dans les vaccins, d’évaluer sa toxicité : « Les sels d’aluminium figurent parmi les adjuvants les plus utilisés dans le monde avec un recul d’utilisation de 90 ans en termes de tolérance, en nombre de personnes vaccinées (centaines de millions) dans le monde entier et en termes d’expérience sur des dizaines d’années. »

« L’incertitude mine la confiance »

Si beaucoup de médecins regrettent que les polémiques à répétition sur les vaccins encouragent le public à se détourner de ces injections qui sauvent des vies, Romain Gherardi souligne que c’est par la transparence qu’on rétablira la confiance. « Je suis pour les vaccins, mais contre les adjuvants aluminiques, martèle le professeur. Si on veut que la population ne tourne pas le dos aux vaccins, il faut sortir de la langue de bois et expliquer que tout risque est traité. Et donc financer la recherche sur ces problèmes aujourd’hui niés. L’incertitude mine la confiance. » Car la méfiance vis-à-vis des vaccins est déjà installée.

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En effet, un peu plus de quatre Français sur dix estiment que les vaccins ne sont pas sûrs selon une étude Vaccine Confidence Project (« Projet confiance dans les vaccins ») publiée début septembre. Un désamour qui inquiète les autorités et notamment le ministère, qui a lancé une grande concertation citoyenne sur les vaccins. Anissa, 37 ans, fait partie de ces Français anti-vaccin. Elle refuse toute vaccination pour elle « précisément à cause des adjuvants aluminiques. Aujourd’hui, il est reconnu que l’aluminium peut avoir un impact sur le système nerveux, il est d’ailleurs retiré dans certains déodorants. Si c’est dangereux sur la peau, qu’est-ce que ça doit être dans le sang… » Pour sa fille de 9 mois, Anissa a choisi le strict minimum côté vaccin : « J’ai vraiment hésité à la faire vacciner, parce que même le DTP, c’est trois injections en un an et je ne veux pas cumuler les adjuvants. Il doit être facile de changer la recette des vaccins puisqu’avant il n’y avait pas d’adjuvants aluminiques… » Et que tous les vaccins ne contiennent pas d’aluminium : selon les chiffres de l’ANSM, en 2015 plus de 12 millions de vaccins avec adjuvant et plus de 13 millions de vaccins sans adjuvant ont été vendus en France.

Quelle solution ?

Mais pour Romain Gherardi, il existe « de nombreux moyens pour rendre les vaccins plus sûrs. La Food and Drug Administration (FDA) a montré que les rappels des vaccins n’ont pas besoin de contenir de l’aluminium. On peut retourner à des vaccins avec d’autres adjuvants comme le phosphate de calcium. » De son côté, à l’ANSM, on rétorque que « le remplacement de l’aluminium nécessiterait un nouveau développement clinique complet de plusieurs années. Le phosphate de calcium a été utilisé dans les années 1970 dans un vaccin Diphtérie, tétanos, polio, coqueluche. Mais les données publiées à l’époque étaient contradictoires et il a été délaissé. »

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