Un patient reçoit un vaccin contre la grippe, le 8 octobre 2015 à Lille
Un patient reçoit un vaccin contre la grippe, le 8 octobre 2015 à Lille - PHILIPPE HUGUEN AFP

Inutile le vaccin contre la grippe ? C’est une question d’actualité puisque ce vendredi, la campagne pour la vaccination contre la grippe est lancée. D’ici à quelques jours, les pharmaciens vont pouvoir commercialiser le vaccin 2016 contre la grippe, qui touche chaque année entre 2 et 8 millions de personnes selon le Groupe d’Expertise et d’Information sur la Grippe et provoque entre 1.500 et 2.000 morts.

De moins en moins de personnes vaccinées

Les autorités s’inquiètent du taux de vaccination qui chute ces dernières années : chez les plus de 65 ans il est passé de 64 % en 2008 à 51 % en 2015, selon des chiffres de la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM). Fruit des nombreuses polémiques récentes ? « Faire croire que le vaccin est plus dangereux que la grippe, c’est criminel, tempète Jean-Marie Cohen, médecin et épidémiologiste, fondateur d' Open Rome, Réseau d’Observation des Maladies et des Epidémies. En cas de complications d’une grippe, certains patients risquent gros. » Mais les campagnes d’informations semblent porter leurs fruits. Selon les dernières données de Santé Publique France, les plus de 65 ans se sont fait davantage vacciner en 2015 (50,8 %) qu’en 2014 (48,5 %).

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« Nous n’aurons jamais un vaccin 100 % efficace »

Concernant la sécurité, les professionnels rappellent que l’injection du vaccin contre la grippe saisonnière n’est pas dangereuse car il ne contient aucun adjuvant et notamment pas d’aluminium. Question efficacité par contre, la question mérite d’être posée concernant ce vaccin. Car il faut s’adapter à cette maladie infectieuse qui évolue chaque année. Ainsi, sur recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en février, un nouveau vaccin est élaboré chaque année à partir des souches qui ont circulé l’hiver précédent. Et les crus 2014 et 2015 n’avaient pas tellement convaincu…

En effet, l’épidémie catastrophique en 2014-2015 avait provoqué la mort de 18.300 personnes de plus que d’habitude, soit 10 fois plus que les années précédentes selon Santé Publique France. L’année passée, les autorités espéraient avoir rectifié le tir, mais le vaccin ne devait atteindre que 60 % d’efficacité. « Le virus de la grippe est imprévisible, c’est pourquoi nous n’aurons jamais un vaccin 100 % efficace, prévient Jean-Marie Cohen. Le vaccin ne protège pas contre l’épidémie, mais contre la mortalité. Ce qu’on cherche, c’est que les personnes fragiles ne meurent pas à cause d’une grippe. Ce n’est pas parce que la ceinture de sécurité ne protège pas contre les accidents de la route qu’il ne faut pas la mettre… »

Qui sont les plus fragiles ?

Et pour le professeur, la catastrophe de 2014-2015 est liée à la baisse du nombre de Français vaccinés. « Le bilan de cette vague épidémique montrait que le taux de surmortalité était dû en grande partie à des personnes qui auraient dû être vaccinées et qui ne l’étaient pas… » Qui sont dans ce cas les personnes à risque ? « Les plus de 65 ans, les patients atteints de maladies chroniques (diabète, cancer, insuffisances respiratoires ou rénales) », rappelle le Pr Cohen. D’ailleurs ces personnes reçoivent un bon pour être vaccinées gratuitement.

« Mais les femmes enceintes font également partie de ces personnes fragiles, or la Sécurité sociale a parfois des problèmes pour repérer les grossesses des patientes et les prévenir », insiste Jean-Marie Cohen. Mais le personnel soignant est également en première ligne. « Il y a un vrai intérêt à se faire vacciner chaque année pour les personnes qui travaillent avec de jeunes enfants ou les personnes âgées dans les EHPAD par exemple, complète le médecin. Pour eux, mais surtout pour les personnes qui les entourent. »

Les soignants peu vaccinés

Alors pour faciliter l’accès au vaccin, l’Ordre des pharmaciens a rappelé ce mercredi, comme il l’avait demandé il y a deux ans, son désir que cette profession puisse administrer le vaccin contre la grippe. « Paradoxalement, la vaccination est victime de son succès. Plus les pathologies disparaissent, plus le public s’interroge sur l’utilité de la vaccination », résume l’Ordre des pharmaciens dans un communiqué. Une proposition qui ne déplaît pas à Jean-Marie Cohen. « C’est tout à fait possible, à condition que les pharmaciens soient formés. Au Portugal, ils le font et suivent une formation pendant cinq jours. »

 

 

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