Une fillette avec une peluche. Illustration
Une fillette avec une peluche. Illustration - POUZET/SIPA

C’est une forme d’amour intense qui vire à la maltraitance. Un trop-plein d’attentions dévoyé en actes insensés, irraisonnés, qui dépassent parfois l’entendement. Pendant plus de 15 ans, Delphine Paquereau* a subi la folie destructrice de sa mère, touchée par le syndrome de Münchhausen par procuration (SMPP). Un terme médical un peu barbare attribué à des parents rendant volontairement malade leur enfant pour attirer l’attention sur eux.

Dans un témoignage édifiant publié le 31 mars (Câlins assassins, Ed. Max Milo), la « rescapée » de 33 ans raconte comment sa mère a manipulé son entourage, y compris médical, pour faire d’elle une enfant souffrante, allant jusqu’à lui faire retirer un rein. Le livre qu’elle publie aujourd’hui lui permet de tirer un trait sur la relation perverse entretenue par sa mère. Mais surtout d’alerter sur la difficulté de diagnostiquer ce syndrome méconnu, responsable de son enfance chaotique.

12 opérations chirurgicales injustifiées.

Aujourd’hui, les deux femmes n’ont plus aucune relation. La prise de conscience a lieu en 2006 quand Delphine, devenue maman, voit sa mère se rapprocher dangereusement de sa fille de deux ans. « Je connaissais peu de chose de mon histoire à cette époque, mais je trouvais que ma mère s’engageait dans une relation particulière avec ma fille. Ça me dérangeait. Elle était très oppressante, la gardait continuellement sur ses genoux. Un jour, elle l’a gardée. Je l’ai retrouvée dans le lit, soi-disant malade. » Pour « se reconstruire », elle entame parallèlement une psychanalyse au cours de laquelle elle remonte le fil d’une vie rythmée par plus de 70 rendez-vous médicaux et 12 opérations chirurgicales.

Câlins Assassins, le témoignage de Delphine Paquereau, une victime du syndrome de Münchhausen par procuration.
Câlins Assassins, le témoignage de Delphine Paquereau, une victime du syndrome de Münchhausen par procuration. - RS

 

Elle comprend a posteriori pourquoi sa mère la frappait violemment au niveau du rein, « pour mon bien, disait-elle. Pour que les médecins voient vraiment où j’avais mal. » Elle comprend aussi que, pour duper les médecins, sa mère falsifiait de nombreuses analyses médicales. « Par exemple, sur un résultat 135, elle modifiait le 3 en 8. Ça changeait la donne. » Elle comprend aussi ce vagabondage hospitalier permanent destiné à trouver les praticiens les plus réceptifs. Sans que les consultations ou opérations précédentes ne soient évoquées.

« Pour elle, ce sont les médecins qui affabulent »

Dans son coin, cette mère perturbée psychologiquement développait aussi des connaissances médicales parfois supérieures à celles de son généraliste. « Elle regardait beaucoup de documentaires pour s’informer. C’est impressionnant », témoigne Delphine qui n’en veut pas aux médecins aujourd’hui. « Ils sont aussi victimes que moi car ils se sont fait manipuler. Ils n’ont pas appris à se méfier des parents. » Le diagnostic de SMPP a ainsi tardé à être posé sur sa mère. C’est un chirurgien suspicieux qui, le premier, a décelé une intention malfaisante. Le juge pour enfant est alors alerté. Mais la justice ne requiert qu’une assistance éducative pendant un an.

Une fois le délai passé, la machination a vite repris, la mère attribuant à sa fille de nouveaux problèmes de reins, du diabète, ou de la tension artérielle. Sans jamais reconnaître ses troubles mentaux. « Elle est malade mais je lui en veux, clame Delphine. Aujourd’hui, elle ne se sent pas concernée par la maladie. Elle nie tout en bloc. Pour elle, ce sont les médecins qui affabulent. »

« Elle m’aimait tellement qu’elle faisait tout ça pour me garder »

Dans son malheur, la jeune femme regrette de ne jamais avoir alerté les médecins du comportement de sa mère. Mais avant l’adolescence, il semble difficile de remettre en cause « la parole de maman. Je me disais que si elle faisait tout ça pour moi, je devais bien être malade… » Mais alors pourquoi ? Comment expliquer cette maltraitance bienveillante ? Delphine tente une explication : « Elle m’aimait tellement qu’elle faisait tout ça pour me garder. Pour que je sois dépendante d’elle. Je m’en suis rendu compte quand j’ai rencontré mon mari en 2000. Elle a tout fait pour que je me sépare de lui. »

Trop tard, évidemment, pour gommer certains stigmates de ce délire passionnel. Delphine, qui travaille aujourd’hui en tant que secrétaire médicale dans un service de gériatrie, n’envisage pourtant pas de porter plainte contre sa mère. « Ça ne servirait à rien ». Si ce n’est à protéger les autres enfants de la famille qu’elle est susceptible de « couver ». La publication de son livre a aussi pour but de l’en empêcher.

* Le nom a été modifié

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