Une jeune femme colombienne diagnostiquée souffrante du syndrome de Guillain-Barré, le 11 février 2016 à l'hôpital Erasmo Meoz de Cucuta.
Une jeune femme colombienne diagnostiquée souffrante du syndrome de Guillain-Barré, le 11 février 2016 à l'hôpital Erasmo Meoz de Cucuta. - Ricardo Mazalan/AP/SIPA

En matière de virus Zika, l’usage du conditionnel est une précaution minimale, compte tenu de l’avancée relative de la recherche sur le sujet. Cette fois pourtant, l’indicatif s’impose grâce à l’équipe du Pr Fontanet, qui vient d’officialiser une causalité entre le virus et le syndrome de Guillain-Barré, une forme grave de paralysie des membres avec atteinte respiratoire nécessitant parfois un passage en soins intensifs. Jusque-là, le lien entre les piqûres de moustique tigre, principal vecteur du virus, et cette pathologie était simplement suspecté. « On avait une corrélation écologique. Ce qu’on a ajouté, c’est une preuve d’infection récente par le virus Zika des patients atteints de Guillain-Barré », témoigne le scientifique.

En réalité, ce n’est pas l’actuelle épidémie en Amérique du Sud et dans les Caraïbes qui a permis aux chercheurs de l’Institut Pasteur d’obtenir ces résultats, publiés le 1er mars dans la revue The Lancet. Leurs travaux portent sur un épisode de Zika datant de 2013-2014 en Polynésie. A l’époque, de nombreux patients avaient été hospitalisés pour un syndrome de Guillain-Barré. Les examens ont montré qu’il s’agissait d’une forme touchant directement le prolongement des neurones en direction des terminaisons nerveuses, ce qui la différencie de la forme observée Europe.

Le mécanisme de transmission du syndrome par Zika encore une inconnu

Selon les chercheurs, on recensait cinq cas de Guillain-Barré par an en Polynésie avant l’épidémie. Pendant les 6 mois d’étude, 42 cas ont été observés. Le virus Zika multiplie donc par 17 le risque d’être touché par le syndrome. « Dans cette étude, on a aussi observé que 88 % des patients avaient une infection récente typique de Zika, 6 jours avant le début des complications neurologiques, poursuit Arnaud Fontanet. Ensuite, chez 93 % des patients souffrant de Guillain-Barré, on a retrouvé des anticorps IGM, témoins des infections récentes par le virus Zika. »

Le lien est donc clairement établi même s’il est encore trop tôt pour expliquer comment le virus déclenche le syndrome de Guillain-Barré. Le mécanisme impliqué dans cette transmission, très complexe, ne fait pas l’unanimité chez les scientifiques. En revanche, tous s’accordent à dire que les pays touchés par Zika doivent s’attendre à une hausse considérable de cas de Guillain-Barré. Si ce n’est pas déjà effectif, comme en Colombie, où la mort de trois patients infectés par le virus et souffrant de Guillain-Barré a été confirmée au début du mois. Le Brésil est également l’un des principaux pays concernés, mais il n’a pas communiqué sur le sujet.

« Ça reste une complication rare »

Pour le chercheur, il est donc important d’anticiper cette hausse. « Il faut assurer au mieux le libre accès des patients en réanimation, parce qu’ils vont monopoliser un lit pendant un mois. Tout en sachant que ça reste une complication rare. » Pour dédramatiser la situation, il rappelle aussi que le syndrome de Guillain-Barré ne touche que 2 personnes sur 10.000 infectées par Zika. Et que plus généralement, 80 % des personnes infectées par Zika ne présentent pas le moindre symptôme.

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