Illustration d'une adolescente fumant un joint de cannabis.
Illustration d'une adolescente fumant un joint de cannabis. - JAUBERT/SIPA

Sans le pouvoir vulgarisateur d’« Il était Une fois la Vie », comment faire passer efficacement un message scientifique au grand public ? La question taraude quotidiennement Pier Vincenzo Piazza, professeur en neurosciences et chercheur sur les mécanismes de l’addiction aux drogues. Pour lui, la méconnaissance globale des Français sur les risques que représente le cannabis sur le cerveau des jeunes, est affligeante. Ce serait même « l’un des plus gros ratés de l’histoire en matière de transmission de l’info de la science au public. »

Un tout récent sondage Ifop commandé par la Mildeca*, illustre l’ampleur du décalage. Concernant l’usage de cannabis à l’adolescence, 23 % des Français pensent que les effets sur le cerveau s’arrêtent juste après avoir arrêté de fumer. Ils sont aussi nombreux à penser que le cannabis n’a pas de conséquences sur l’activité cérébrale à long terme. Dans le même temps, seulement deux personnes sur trois (65 %) considèrent que le cannabis présente des risques pour la santé dès la première consommation, tout en sachant que celle-ci intervient dès le collège (11-15 ans) pour un quart des adolescents. Par ailleurs, 47,8 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis au cours de leur vie selon les chiffres de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) datant de 2014.

« Une vulnérabilité exacerbée de l’adolescent »

« C’est un âge où le cerveau est un organe en transition vers l’état adulte, précise Etienne Hirsch, neurobiologiste français, directeur de recherche au CNRS et à l’INSERM. Les processus de maturation cérébrale se poursuivent jusqu’à 25 ans. De là résulte une vulnérabilité exacerbée de l’adolescent vis-à-vis de la neurotoxicité des substances psycho actives. » Le cortex préfrontal, qui permet la prise de décision, l’adaptation du comportement à une situation, serait plus particulièrement concerné.

Dans les heures qui suivent l’usage du cannabis, les troubles observés concernent pèle mêle : l’attention, le temps de réaction, la mémoire de travail et les fonctions exécutives. Il existerait aussi une corrélation entre l’usage et plusieurs passages à l’acte : tentatives de suicide, boulimie, comportements sexuels à risques, selon plusieurs études. Si ces troubles tendent à disparaître dans les mois qui suivent un arrêt de la consommation, « chez l’adolescent, ils peuvent persister », embraye le spécialiste, « y compris après sevrage si la consommation a commencé avant 15 ans ».

Troubles anxieux, de l’humeur et schizophrénie

Le professeur Marie Odile Krebs, chercheuse et praticienne en psychiatrie, alourdit un peu plus le tableau en évoquant les risques cognitifs et psychiatriques du cannabis chez les ados : « Les mésusages, c’est-à-dire l’abus et la dépendance, s’observent dans la période charnière de 15-25 ans. Or le problème c’est que c’est à cet âge-là que débutent les principaux troubles psychiatriques de l’adulte », dont les troubles anxieux, de l’humeur, la schizophrénie et, de façon moins évidente, la dépression.

Régulièrement, elle entend de jeunes consommateurs jurer que leur joint du soir n’a aucune incidence sur leur système cognitif. « Ben, si, peste la scientifique. Lorsque la dépendance et l’abus sont présents à 18 ans, on voit un effet sur le fonctionnement intellectuel global à l’âge adulte, même chez ceux qui ne consomment plus de cannabis. L’effet âge est important. » Dans le cerveau, une réduction de la taille des dendrites et une diminution de la plasticité neuronale est observée. Bref, en d’autres termes, les neurones subissent une sérieuse crise de croissance. Et se développent aussi bien qu’une orchidée au cœur d’un site de pétrochimie. N’est ce pas « Il Etait Une fois la Vie » ?

* Etude menée sur un échantillon de 1001 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. Et un suréchantillon de 504 personnes représentatif de la population française âgée de 15 à 18 ans. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto administré en ligne du 26 au 30 janvier 2016.

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