Pascal Steichen, président de Dentexia, réseau de centres dentaires à prix réduits.
Pascal Steichen, président de Dentexia, réseau de centres dentaires à prix réduits. - Facebook Pascal Steichen

Alors que plusieurs de ses centres dentaires à bas prix ont fermé récemment, le président de Dentexia dénonce un acharnement de la part de l’Ordre national des chirurgiens-dentistes. Selon lui, c’est la pression mise par l’Ordre sur ses praticiens qui les dissuade de travailler. De nombreux patients ne sont donc plus suivis alors qu’ils ont entamé des soins sans les terminer. Et bien souvent, réglé à l’avance une facture importante.

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Plusieurs de vos centres dentaires sont fermés actuellement. Pour quelle raison ?

Attendez, d’abord je dois vous donner le contexte. Dentexia a 5 centres (à travers la France) avec une vingtaine de dentistes. Mais comme je divise les prix par trois, des syndicats et l’Ordre ont décidé que ce n’était pas bien*. Ils ont entrepris depuis 4 ans une campagne de dénigrement contre moi. Ils organisent des boycotts de fournisseurs. Il n’y a pas un seul fournisseur français qui veut livrer Dentexia. Personne ne veut me vendre des implants. Je suis obligé d’aller créer des boîtes au Luxembourg pour pouvoir importer des implants en France. Et je suis accusé d’évasion fiscale. En France, les docteurs sont intouchables. Mon procès est déjà fait.

Donc pourquoi vos centres sont-ils fermés actuellement ?

Colombes (Hauts-de-Seine) est fermé parce que plus aucun dentiste ne veut aller y travailler. C’est invivable. Nos dentistes sont harcelés. Ils reçoivent des SMS la nuit où on leur dit : "Si tu continues à bosser pour Dentexia, tu creuses ta tombe. Tu as fait 6 ans d’étude pour rien, tu travailles pour un arnaqueur." Ils sont convoqués pour rien à l’Ordre. Donc je n’ai pas les dentistes, je n’ai pas les produits et j’essaie de me battre. Saint-Lazare n’est pas fermé. Dès qu’un dentiste veut bosser à Saint-Lazare, on ouvre le fauteuil. Mais s’ils ne veulent pas bosser…

L’Ordre et l’ARS ont reçu des plaintes de patients pour des soins payés d’avance non réalisés et des excès de soins ? En avez-vous connaissance ?

Nos dentistes sont payés au fixe et ils sont accusés de sur-traitement, de soigner des gens qui n’en auraient pas besoin. Comment un dentiste qui a vocation à faire du bien aux gens peut-il mutiler quelqu’un pour ne pas gagner d’argent puisqu’il est payé au fixe ? Ils n’ont aucun intérêt à faire des gestes inutiles.

Mais ces mêmes dentistes parlent de conditions de rentabilité élevées : 90.000 euros* par mois par fauteuil…

Non c’est un chiffre complètement illusoire, mais c’est quoi le problème ? Ils font dans les 50.000 euros. On leur dit : "Vous recevez deux patients par jour et ceux-là, vous les soignez comme votre mère." Parce que vous n’avez aucun intérêt financier à faire autrement.

Pourquoi ne pas accepter les enfants, jugés moins « rentables », comme nous l’ont signalé plusieurs employés ?

Des employés qui se plaignent de fermer le mercredi pour s’occuper de leurs enfants ? Vous plaisantez ou quoi ? Qui se plaint qu’on ne soigne pas les enfants ? En quoi c’est un problème de santé publique qu’une boîte qui fait des implants, un prothésiste sur place, ne fasse pas de détartrage à un enfant ? C’est un argument fallacieux des syndicats. On a le même pourcentage d’enfants que les cabinets libéraux. Mais comme il n’y a pas assez de dentistes en France, on reçoit des milliers de coups de fils avec des rendez-vous qu’on ne peut pas donner. Le conseil de l'Ordre a organisé la pénurie de dentistes. On refuse du monde tous les jours. Des grands, des petits, des vieux… Tout le monde. Et dedans, il y a des enfants. Vous ne pouvez pas prendre position comme ça pour les nantis, les gens qui roulent en Cayenne.

Plusieurs professionnels quittent vos structures à cause de la pression financière pourtant…

Vous pensez qu’ils vont vous dire que l’Ordre les harcèle ? Vous voulez qu’ils perdent leur diplôme ? On ne peut rien faire, ce sont des docteurs.

En attendant, que peuvent faire les patients en attente de soins qu’ils ont payés ?

Pour mettre les patients en sécurité, j’ai demandé le redressement judiciaire de Dentexia. A la fin du mois, elle passe en cession. Elle va être remise à un homme d’affaires qui va tripler les prix, rembourser tout le monde, et qui va s’en foutre plein les fouilles avec des implants à 1.500 euros. La santé publique et les patients auront tout perdu. On a 5 repreneurs. Il est prévu: 1. De refaire les stocks. 2. Les patients qui ont un trop perçu seront remboursés. 3. Les patients qui ont donné un acompte seront servis. Ils vont finir leurs soins aux mêmes conditions, avec les avantages de l’ancien système.

D’où viennent vos fournisseurs en prothèses ?

Nos produits viennent du Liechtenstein parce qu’il n’y a qu’une usine au monde qui fabrique les plots de la machine qu’on utilise. Quand on laisse des choses définitivement dans la bouche des patients, on les fabrique nous-mêmes dans le centre avec un prothésiste. Mais entre le moment où on vous prépare la dent et celui où on vous met un implant définitif, il faut mettre des prothèses provisoires en bouche. Elles restent quelques mois, n’ont aucune importance médicale. C’est seulement pour ne pas que vous ayez un trou. Cette dent-là, on la fait fabriquer en Turquie.

A Paris, le cabinet du docteur Jean-Claude Pagès a fermé aussi. Est-il lié à Dentexia dans la mesure où vos patients faisaient la navette entre le centre Saint-Lazare et son cabinet ?

C’est un cabinet libéral. Comme 500 libéraux, ils appliquent nos protocoles, assistent à nos conférences. Mais ça n’a rien à voir avec nous. Ils ne travaillent pas du tout avec nous. Ce sont des gens qui nous copient. Ce n’est pas parce que je suis expert comptable, conseil en ergonomie, que je suis responsable de sa gestion, d’accord ? Après, il est d’usage quand on est consciencieux, d’envoyer les patients aux gens dont c’est la spécialité. Si on a envoyé des gens à Pagès, c’est parce qu’il y a des raisons. Mais ces cabinets sont aussi harcelés. M. Pagès a été malade. Pagès a été arrêté parce qu’il n’en pouvait plus du harcèlement du Conseil de l’Ordre des dentistes.

* Contacté, l’Ordre national nous a répondu ne « pas pouvoir s’exprimer sur ce sujet, étant engagé dans plusieurs procédures et soumis à un devoir de réserve. »

** En France, les chirurgiens-dentistes libéraux ont perçu en moyenne 92.567 euros en 2013, selon les chiffres de la Caisse autonome de retraite des chirurgiens-dentistes et sages-femmes (CARCDSF).

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