Un agent municipal vaporise du produit anti Zika, au sambadrome de Rio de Janeiro, le 26 janvier 2016
Un agent municipal vaporise du produit anti Zika, au sambadrome de Rio de Janeiro, le 26 janvier 2016 - CHRISTOPHE SIMON AFP

Les chiffres délivrés par l’OMS grossissent de jour en jour. Le virus Zika est désormais présent dans vingt et un pays en Amérique latine. Mais aussi six en Europe: Royaume-Uni, Italie, Pays-Bas, Portugal, Danemark et Suisse. Soupçonné de provoquer de graves malformations du fœtus, il est désormais au cœur des préoccupations des ministères de la Santé des pays concernés. A ce jour, il n’existe pas de traitement curatif, ni de vaccin. D’un point de vue médical, seuls les symptômes de la maladie (fièvre, maux de tête, courbatures) peuvent être traités. Mais les Etats concernés tentent aussi de lutter contre les causes du virus. Ou de limiter ses conséquences…

De l’insecticide pulvérisé à grande échelle.

Eradiquer l’ensemble des moustiques porteurs du virus est un vœu pieu, aussi réaliste que de nettoyer la plage de Copa Cabana grain de sable par grain de sable. Mais sur une zone bien définie, il est possible de déployer un dispositif de lutte contre l’Aedes Aegypti, le nom savant du responsable de la propagation du virus. Mardi dernier, une quinzaine d’agents en combinaison jaune avec masque et lunettes ont donc pulvérisé les 900 mètres de piste et les tribunes du Sambodrome de la ville où se dérouleront dans quinze jours les défilés du carnaval ainsi que les compétitions de tir à l’arc pendant les JO, en août. 

Un agent municipal vaporise du produit anti Zika, au sambadrome de Rio de Janeiro, le 26 janvier 2016 - CHRISTOPHE SIMON AFP
 

Le but étant « d’éliminer les foyers de larves », indique Marcos Vinicius Ferreira porte-parole du secrétariat à la santé de Rio. Un mois avant l’ouverture des Jeux, toutes les installations olympiques seront aussi soumises à de nouveaux contrôles afin d’éliminer une éventuelle concentration de moustiques.

Ne pas tomber enceinte.

C’est le conseil ubuesque délivré aux femmes dans plusieurs pays d’Amérique latine dont la Colombie, le Salvador, l’Equateur, le Brésil, la Jamaïque. Tous craignent une augmentation fulgurante du nombre de bébés nés avec une microcéphalie, ces crânes atrophiés par la maladie. En Equateur, la ministre de la Santé Margarita Guevara recommande ainsi « aux femmes en âge de procréer et qui vivent en zones à risque du Zika de reporter leurs grossesses. »

« Ce n’est pas possible de faire des annonces folkloriques, au lieu d’attaquer la maladie dans les foyers, les entreprises et les écoles », s’emporte de son côté le secrétaire général d’un syndicat d’enseignants salvadorien, Francisco Zelada en réponse à l’appel des autorités de ne pas tomber enceinte en 2017. En Colombie, le conseil est le même mais pour les six prochains mois. Un animateur radio populaire a ainsi rassuré ses auditeurs en précisant que « non, les relations sexuelles n’étaient pas bannies. » Dans ces pays, où l’avortement est parfois interdit - voire puni d’emprisonnement au Salvador - et où l’accès à la contraception n’est pas généralisé, limiter les grossesses paraît d’autant plus illusoire.

Porter des vêtements longs.

Avec l'utilisation de sprays répulsifs, c’est à ce jour la seule mesure efficace pour éviter les piqûres de moustiques, reconnaît Anna-Bella Failloux, entomologiste et chercheuse à l’Institut Pasteur. Au Salvador, la ministre de la Santé, Violeta Menjivar, a donc conseillé aux écolières « de troquer la jupe pour le pantalon ». Au Brésil, le ministre de la Santé, Marcelo Castro, a annoncé que 200.000 militaires travailleront à la lutte contre l’Aedes Aegypti. Les militaires « iront de maison en maison pour distribuer des tracts et conseiller les gens, parce que nous savons que nous ne sortirons victorieux de cette lutte que si nous avons l’aide de la population » pour éliminer les foyers de moustiques.

Développer le moustique OGM

C’est la solution du futur pour endiguer les épidémies de Zika, mais aussi d’autres virus comme le paludisme. Actuellement, les moustiques OGM n’existent qu’en laboratoire. La recherche avance, mais il faudra attendre plusieurs années pour utiliser ces insectes à l’ADN trafiqué, selon Anna-Bella Failloux. L’idée des chercheurs est de lâcher dans la nature « des moustiques OGM qui n’auraient plus la capacité de transmettre le Zika. On étudie la façon dont le virus se déplace dans le moustique, jusqu’aux glandes salivaires. » Après plusieurs générations, ces moustiques génétiquement modifiés pourraient prendre le dessus sur les autres. Et de fait, éradiquer les maladies.

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