Un moustique tigre. (Illustration)
Un moustique tigre. (Illustration) - AP / SIPA

L’un est un homme résidant à Saint-Martin. L’autre est une fillette résidant à Grande-Terre, en Guadeloupe. Ces deux ressortissants français n’ont rien en commun si ce n’est d’être les deux derniers touchés par le virus Zika cette année. Dès vendredi, le Ministère de la Santé avait déclaré la France en situation d’« épidémie » en Martinique et en Guyane, avec respectivement 47 et 15 cas confirmés.

La plupart du temps, cette maladie transmise par le moustique est dite « bénigne ». Elle se traduit par une éruption cutanée du haut vers le bas du corps, un peu de fièvre, des yeux rouges. Les effets peuvent en revanche être beaucoup plus graves pour les femmes enceintes dont le fœtus peut être touché par une grave malformation de la tête, appelée microcéphalie.

L’aedes albopictus ou moustique tigre concerné

Selon l’Agence Régionale de Santé Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélémy, les deux cas observés ont été qualifiés « d’autochtones », c’est-à-dire contractés sur place. Aucune de ces deux personnes n’a voyagé dans les quinze jours précédant le début des signes, précise l’ARS. Mais la question d’une propagation du virus interpelle déjà les spécialistes.

Actuellement, le risque de voir le virus débarquer en métropole est « réel », selon Anna-Bella Failloux, entomologiste et chercheuse à l’Institut Pasteur. Pour cela, pas besoin de transporter dans ses valises un moustique porteur du virus. La simple présence en France métropolitaine d’une personne contaminée peut suffire. Les scientifiques ont prouvé que le virus est transmis par l’aedes albopictus, le nom savant du moustique tigre. Or ce moustique est désormais chez lui dans une vingtaine de départements du sud de la France*.

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) en alerte

« L’été prochain, avec la multiplication de voyages vers la métropole en période de vacances, imaginons qu’une personne porteuse du virus arrive dans le sud de la France. Elle peut être piquée par un moustique tigre. Mais en piquant sa victime, le moustique serait lui-même contaminé et pourrait transmettre le virus aux personnes qu’il piquera par la suite », explique la spécialiste.

Dès l’été dernier, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), un organe du ministère de la santé, avait alerté sur ce risque dans un rapport : « Les conditions pour une transmission autochtone du virus Zika en métropole sont réunies, dans les départements où le moustique vecteur est présent ». La période concernée, de mai à novembre, correspond aux plus fortes chaleurs de l’année, quand les larves peuvent se développer.

Une surveillance renforcée comme pour le chikungunya et de la dengue ?

A l’époque, le HCSP évoquait un « risque accru » d’importation du virus « en cas de transmission autochtone dans les départements français d’Amérique » puisque le trafic de voyageurs entre la France métropolitaine et ces départements représente plus de deux millions et demi de passagers aériens (chiffres 2013). Pour les autorités, il sera donc essentiel de contrôler les flux de passagers en provenance des zones contaminées, suivant un protocole déjà rodé : un dispositif de surveillance du chikungunya et de la dengue est déjà mis en œuvre chaque année à partir du mois de mai dans les départements où le moustique tigre est implanté.

* Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence, Var, Haute-Corse, Corse du Sud, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales, Haute-Garonne, Gironde, Lot-et-Garonne, Drôme, Ardèche, Isère, Rhône, Savoie et Saône-et-Loire.

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