Toulouse, le 2 mai 2013. Des plans de cannabis.
Toulouse, le 2 mai 2013. Des plans de cannabis. - FRED SCHEIBER

Il y a d’abord les chiffres. Plutôt considérables. La France compte 17 millions de consommateurs de cannabis, dont une large majorité d’expérimentateurs, ce qui en fait tout de même la « championne » d’Europe du secteur. Puis la deuxième salve vient des pneumologues : « On consomme en France la forme la plus dégueulasse du cannabis. A savoir des joints où se mêlent tabac et résine de cannabis », s’indigne le docteur Bertrand Dautzenberg, l’un des membres de la Société de pneumologie de langue française (SPLF).

Lors d’un congrès à Lille du 29 au 31 janvier, il compte ainsi proposer quelques solutions pour en finir avec cette situation critique sur le plan sanitaire. « On va discuter et monter un groupe de travail » indique le médecin référent. Selon lui, cette réflexion peut très bien aboutir à une demande de légalisation, alors que l’interdiction s’inscrit dans le cadre d’une loi de 1970. A un peu plus d’un an de la Présidentielle, Bertrand Dautzenberg refuse de livrer un message politique. Il souhaite juste lancer un appel de santé publique.

« Je suis persuadé que la pénalisation est la cause de cette situation. C’est une loi trop répressive qui aggrave la situation sanitaire du pays même si elle est pleine de bonnes intentions. Je suis sûr que si on sort de cette loi, on va diminuer la consommation de cannabis et supprimer les formes les plus dangereuses. Il faut regarder les chiffres pour affirmer cela. »

Supprimer le tabac dans les joints

Le pneumologue poursuit en s’appuyant sur des données statistiques. Il cite d’abord les travaux de l’OFDT montrant l’absence de lien direct entre statut pénal et niveau d’usage. En clair, ce n’est pas parce qu’on réprime qu’on dissuade les consommateurs. Il évoque aussi le niveau de consommation des Pays-Bas (29 %* de la population a déjà fumé du cannabis), bien plus faible que celui de la France (41 %), alors qu’il est possible d’acheter cette drogue à tous les coins de rue. Idem aux Etats-Unis, où la consommation diminue depuis quelques années, avec une autorisation thérapeutique, voire récréatif, dans de plus en plus d’Etats.

« Il faut voir où ça se passe bien et prendre les leçons pour édicter des règles ». Car dans son esprit légalisation est bien synonyme de réglementation. 1. « Nous voulons supprimer le tabac. Il ne faut plus en mettre dans les joints. » Il souhaite donc que celui-ci soit remplacé par de l’herbe ou des plantes à fumer, peu répandues, mais encadrées par la directive européenne sur le tabac, appliquée à partir de juin 2016 en France.

Plus d’efficacité dans la prévention

2. « Nous voulons supprimer la fumée. » A la place, il défend la solution du vaporisateur sous forme de sac ou d’une éventuelle cigarette électronique dans laquelle certains cannabinoïdes peuvent être intégrés (celle-ci n’existe pas encore). « Aux Etats-Unis, la vaporisation du cannabis est la forme majoritaire d’utilisation. Donc ils se shootent, ce n’est pas bien, mais c’est plus propre qu’en France. » En encadrant de la sorte la consommation du cannabis, il serait enfin plus facile de mener des politiques de prévention, notamment en milieu scolaire, glisse le spécialiste.

L’hypocrisie est totale dans les collèges et lycées, où la loi de santé publique impose une séance d’information par niveau de classe. La drogue y est stigmatisée. Mais elle fait toujours partie du quotidien des ados. Le discours médicalisé et moralisant des éducateurs semble donc plus contre-productif qu’autre chose actuellement.

*Selon le dernier Eurobaromètre sur le sujet.

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