Le médicament Harvoni permet de soigner l'hépatite C.
Le médicament Harvoni permet de soigner l'hépatite C. - SIPANY/SIPA

Le bras de fer dure depuis plusieurs mois. D’un côté l’Etat. De l’autre l’industrie pharmaceutique. Et au milieu, des patients qui attendent toujours d’être soignés. La situation des malades de l’hépatite C est assez unique dans l’histoire du système de soin français puisqu’actuellement plus de 170.000 d’entre eux n’ont pas accès à un traitement capable d’éradiquer leur mal, en une cure de 8 à 12 semaines.

Alors que se déroule jusqu’à mardi un congrès international sur le sujet à Paris, le constat des associations de patients est alarmant. « Pour la première fois, dans l’histoire de la médecine, on est en train de reculer. On a les traitements qui marchent, mais on ne soigne pas tout le monde. Aucun médecin ne peut expliquer ça aux patients », s’emporte Pascal Mélin, de l’association SOS Hépatites.

« Complètement stupide »

Depuis janvier 2014, l’arrivée de nouvelles molécules antivirales à action directe (AAD), permet d’atteindre des taux de guérison uniques dans le cas de l’hépatite C, responsable dans ses formes les plus graves de cirrhose ou de cancers du foie.

Seulement en raison du prix prohibitif des combinaisons de médicaments, dont le Sovaldi et Harvoni (au moins 46.000 euros la cure), les autorités sanitaires ont réservé le traitement aux malades les plus atteints (dits en fibrose F3 et F4). Résultat : 11.800 patients ont été soignés en 2014 et un peu moins de 15.000 l’année dernière. Les autres prennent leur mal en patience avec une infection qui est souvent jugée « pas assez sévère » (de F0 à F2) pour bénéficier du traitement, mais qui peut évoluer de façon dramatique, en cirrhose, dans les années qui suivent.

« Depuis 2015, on traite moins de patients du fait de ces restrictions. Il faut lever ces freins, poursuit Marc Bourlière, hépatologue à l’hôpital Saint-Joseph de Marseille. C’est dur de dire à quelqu’un : "Je suis désolé, vous n’avez pas la capacité d’être traité, vous êtes F1", alors que vous êtes une femme jeune potentiellement enceinte. C’est complètement stupide. »

L’argumentaire économique de Gilead

Du côté du ministère de la Santé, on juge le traitement encore hors de prix malgré une baisse conséquente en un an (de 91.000 euros à 46.000 euros). En face, le laboratoire Gilead déroule un argumentaire bien rôdé où il est question du coût du médicament plus que de son prix. Pour Michel Joly, président de Gilead France, l’Etat aurait tout intérêt à investir massivement dans ce traitement s’il veut « éradiquer définitivement cette maladie d’ici à 2023. » Dans son étude de marché, il avance notamment « les dépenses évitées par le médicament en termes de transplantation hépatique et traitement du cancer du foie. Elles divisent le coût par deux », selon lui.

La vérité sur le sujet, si elle existe, se situe sûrement à mi-chemin entre les logiques étatique et industrielle. En attendant, les patients sont pris en otages. Et en matière de dépistage, le message est aussi désastreux puisque 8 patients sur 10 n’auront finalement pas accès au traitement. « Ça n’incite pas à être dépisté, c’est antinomique avec une politique de dépistage. »

De nouvelles négociations demandées

Comme certains médecins – sans conflits d’intérêts avec les laboratoires – il demande donc au moins deux choses : la prise en charge par l’assurance maladie des nouveaux traitements pour toutes les personnes infectées. Et une renégociation du prix du médicament. Il invite ainsi la ministre Marisol Touraine à se rasseoir à la table des industriels pour trouver un compromis.

« C’est ça qui nous manque, le courage d’affronter le laboratoire », tonne le représentant des malades qui souhaite un rabais conséquent. Il soulève aussi l’une des questions – sans réponse – à laquelle se heurte la médecine moderne, dépendante d’une logique de marchés : quel est donc le prix d’une guérison ? Tout dépend peut-être de la personne amenée à y répondre.

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