Le docteur Duquesnel, médecin généraliste et président du syndicat UNOF-CSMF.
Le docteur Duquesnel, médecin généraliste et président du syndicat UNOF-CSMF. - UNOF-CSMF

« Voilà votre ordonnance, votre carte vitale et ça fera 25 euros, Monsieur ». Désormais, voilà le tarif standard d’une consultation dans le cabinet du docteur Luc Duquesnel. Ce généraliste (toujours conventionné secteur 1) de Mayenne, en zone semi-rurale, également président du syndicat UNOF-CSMF a décidé d’appliquer de façon unilatérale une augmentation de 2€ à ses honoraires, depuis deux jours. Une façon pour lui de s’élever contre le projet de loi santé de Marisol Touraine.

Depuis le 4 janvier, le prix de votre consultation est donc de 25€ au lieu de 23. Pour quelle raison ?

Ce qui faut savoir, c’est que la dernière augmentation de la consultation date du 1er janvier 2011, où elle est passée à 23€. Ça avait été décidé en 2007. Nous voilà en 2016. Le tarif de la consultation n’a pas augmenté alors que parallèlement, le contenu de la consultation des généralistes s’est modifié. Nos patients sont de plus en plus âgés, ont des pathologies chroniques, et les consultations sont plus longues. Il y a aussi de plus en plus de tâches administratives dans les cabinets, 2/3 des généralistes n’ont pas de secrétaire physique. Ils sont obligés d’assurer l’intégralité de ces tâches.

Comment vos patients ont accueilli cette augmentation décidée unilatéralement ?

Ce n’est pas compliqué, en deux jours, la totalité de mes consultations ont été de 25€ sauf 4 tiers payant. Il n’y a eu aucune remarque. Nos patients ont trouvé ça justifié. En plus de cela, beaucoup d’entre eux ont des mutuelles qui remboursent les dépassements d’honoraires (2€). Voilà. Je leur dis que depuis le 4 janvier, la consultation est à 25€ suivant l’augmentation unilatérale des médecins. Ça leur pose d’autant moins de problème, qu’avant de nous voir, certains ont payé 50€ d’ostéopathe et n’ont pas été remboursés.

N’y a-t-il pas un risque de dé-conventionnement massif des généralistes ? Et donc de mise en péril du système de santé français ?

Là, c’est une mesure de désobéissance tarifaire. A partir du moment où nous avons un partenaire qui ne respecte absolument pas les généralistes libéraux… Le revenu net du généraliste secteur 1 est de 26€ de l’heure. Nos patients seront solidaires du fait de la démographie médicale. Beaucoup ont du mal à trouver un médecin traitant. Ils voient le travail qu’on fait en consultation. Et il n’y a pas que la problématique tarifaire. Il faut aussi améliorer nos conditions d’exercice. Les confrères sont arrivés à un tel niveau de désespoir qu’ils n’ont plus rien à attendre de la convention. A partir de là, ils se déconventionnent. C’est remettre en cause le système de protection sociale. Si je suis déconventionné, le patient que je vois est remboursé de 0,90€ la consultation. Cela posera automatiquement un problème d’accès aux soins. C’est la bombe atomique, une force de dissuasion. On sait qu’on peut l’utiliser mais on ne le fera pas.

En attendant, vous encourrez des poursuites de la part des caisses d’assurance-maladie et des pénalités financières…

Oui, on avait déjà connu ça en 2002. On était passé à 20€. Il y aura certainement des directeurs de caisse d’assurance maladie qui poursuivront des médecins pour faire du zèle. En 2002, les médecins avaient montré leur capacité collective à s’épauler. Il faut savoir que le malaise est profond. La médecine générale est la spécialité la moins attractive pour les médecins. C’est celle qui est choisie en dernier (à la fac). Les Français ont des soucis à se faire pour trouver des généralistes et répondre à leurs problèmes de santé.

Quels autres moyens de résistance appliquez-vous ?

Deux autres choses ont été décidées. 1. La désobéissance civile. On n’appliquera pas le tiers payant généralisé à partir du 1er juillet. Pas le tiers payant social, bien sûr. On n’y est pas du tout opposés. 2. Il y a la grève administrative. Aujourd’hui, l’assurance maladie nous propose de supprimer les documents papiers, de les informatiser. On refuse dématérialiser les documents. On va faire travailler les Caisses.

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