Nathan Crawford, un jeune Britannique ayant subit une congélation de tissu testiculaire pour préserver sa fertilité malgré un traitement en chimiothérapie.
Nathan Crawford, un jeune Britannique ayant subit une congélation de tissu testiculaire pour préserver sa fertilité malgré un traitement en chimiothérapie. - BBC

Pour un enfant de 9 ans, envisager sa propre paternité est un concept aussi abstrait que le calcul de son futur avis d’imposition ou l’application de sa première crème antirides. Nathan Crawford, un jeune Britannique atteint d’une tumeur au cerveau non maligne, a pourtant dû se pencher sur le sujet, la semaine dernière. La presse anglaise s’est émue récemment du sort de ce garçon qui, pour la première fois en Angleterre, a eu recours à la congélation de tissus testiculaires en vue d’une procréation, dans quelques années.

Même si sa tumeur n’est pas cancéreuse, elle risque d’endommager sévèrement son cerveau en grossissant. L’enfant doit donc subir radiothérapie et chimiothérapie pour la soigner puisqu’elle n’est pas opérable. Un traitement lourd qui pourrait le rendre infertile. Pour éviter ce désagrément, il est normalement possible de procéder à une congélation de sperme. Mais à 9 ans, Nathan Crawford n’est pas encore pubère. L’idée est donc de lui prélever un morceau de testicule, riche en cellules germinales, pour les réutiliser un jour.

Pas assez de visibilité sur une efficacité à long terme

La technique saluée par les médecins anglais est en réalité déjà expérimentée en France depuis plusieurs années, comme l’indique le professeur Nathalie Rive, du CHU de Rouen, l’une des expertes internationales sur le sujet. Une centaine de jeunes patients y auraient déjà eu recours dans son service. « Nous proposons essentiellement cette technique chez l’enfant qui va recevoir une greffe de moelle (notamment dans les cas de leucémie), dont le traitement est particulièrement toxique. Dans 95 % des cas, ça détruit les cellules germinales souche des testicules. Ce sont les cellules qui fabriquent des spermatozoïdes », indique la spécialiste.

Concrètement, l’opération de 20 à 30 minutes sous anesthésie générale consiste à prélever un fragment de testicule, équivalent à un quart du volume de l’organe. Plus tard, lorsque le futur adulte souhaite procréer, ces cellules peuvent être réimplantées dans ses testicules, ou exploitées in vitro. C’est d’ailleurs cette deuxième option qui est privilégiée par les médecins, comme l’admet Nathalie Rive : « A l’heure actuelle, on n’est pas dans l’idée de recréer une fertilité naturelle de l’individu. Chez la souris, on a pu le faire. On ne peut pas parier qu’on puisse le faire à l’âge adulte chez l’homme. » Lors de la chimio, les tubes séminifères des testicules sont susceptibles d’être endommagés. Il n’est donc pas sûr que les cellules se développent dans ces tubes.

Dans l’attente de résultats plus poussés sur la souris et le rat, les équipes du CHU de Rouen ne peuvent pas se prononcer sur l’efficacité à long terme de la technique de cryopréservation. La raison est assez simple ; sur la centaine de patients concernés, les plus âgés n’ont que 18 ans actuellement. Et pas encore d’envie d’enfants.

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