Sida: Comment mieux dépister les séropositifs qui s'ignorent?

VIH Le dépistage et le port du préservatif sont en perte de vitesse, notamment chez les jeunes…

Delphine Bancaud

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Les auto-tests VIH, qui permettent à chacun de savoir s'il est infecté par le virus du sida, sont disponibles dans les pharmacies en France depuis septembre 2015. Credit:CHAMUSSY/SIPA

Les auto-tests VIH, qui permettent à chacun de savoir s'il est infecté par le virus du sida, sont disponibles dans les pharmacies en France depuis septembre 2015. Credit:CHAMUSSY/SIPA — SIPA

Ils vivent sans savoir qu’ils sont séropositifs, avec le risque de transmettre le VIH à leur(s) partenaire(s) et sans pouvoir accéder à un traitement. Aujourd’hui, la France compte encore 30.000 séropositifs qui s’ignorent, alors même que l’Hexagone est l’un des pays où sont réalisés le plus de tests de dépistage du VIH.

A l’occasion de la journée mondiale contre le sida qui a lieu ce mardi, une enquête* du laboratoire Janssen, de l’AIUS (Association interdisciplinaire post-universitaire de sexologie) et de l’ENIPSE (Equipe nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises) lève le voile sur phénomène. Réalisée dans plusieurs Salons de l’érotisme en 2015, elle montre que plus d’un tiers des répondants n’ont jamais fait de test de dépistage. « Beaucoup de jeunes ne se sentent pas concernés par le sida, qui ne les effraye plus. Ils ont l’impression que c’est une maladie d’une autre génération que la leur et n’éprouvent pas le besoin de se tester », explique Antonio Alexandre, le directeur de l’ENIPSE.

Les hétérosexuels en plein déni

Un avis partagé par le docteur Mireille Bonierbale, psychiatre, sexologue et présidente de l’AIUS : « Pour beaucoup, le sida concerne les autres. Et ce déni du risque s’accompagne parfois d’une ignorance des modes de contamination. Certains pensent encore par exemple que le VIH ne se transmet pas par fellation et que le préservatif n’est pas utile », observe-t-elle. En réduisant considérablement le nombre de décès liés au sida en France, l’apparition des trithérapies a aussi fait voler en éclat la crainte de la maladie. « Du coup, pour beaucoup de Français le sida n’est plus une maladie mortelle. D’autant qu’avec les traitements rétroviraux, les stigmates de la maladie ne sont presque plus visibles », explique Antonio Alexandre.

Selon lui, ce manque de vigilance s’observe surtout dans la population hétérosexuelle : « les hétéros estiment qu’ils ne sont pas le public le plus touché par le VIH donc pensent qu’ils sont en dehors des risques. D’autant que les campagnes de prévention sont beaucoup plus massives dans les lieux fréquentés par les homosexuels », souligne-t-il. Pourtant, parmi les 30.000 séropositifs qui s’ignorent, environ 19.300 sont hétérosexuels. Enfin, les personnes qui ont déjà effectué un test de dépistage ont tendance à se sentir protéger durablement et n’en refont pas régulièrement.

Mieux cibler la prévention

Ce manque de vigilance vis-à-vis du dépistage s’observe aussi dans les comportements sexuels. Car 64 % des répondants à l’enquête sur le salon de l’érotisme du Bourget (Seine-Saint-Denis) et 78 % sur celui de Rouen (Seine-Maritime) avouent ne pas avoir utilisé de préservatif avec un partenaire occasionnel au moins une fois dans leur vie. « Ils évoquent souvent la perte de sensualité liée au port du préservatif et n’ont pas l’impression que le jeu en vaille la chandelle », constate Mireille Bonierbale. Selon elle, « les jeunes garçons éprouvent aussi souvent des difficultés à l’enfiler pendant l’acte sexuel et préfèrent s’en passer plutôt que perdre leurs moyens ».

Face à ces conclusions, le Dr Bonierbale insiste sur l’urgence à « poursuivre et amplifier l’information autour de la prévention ». Tout en incitant les personnes sexuelement actives à effectuer des tests de dépistage VIH régulièrement. « Il faut avant tout développer la prévention dans les lieux libertins fréquentés par des hétérosexuels », insiste Antonio Alexandre.

 « il faut aussi inciter les médecins généralistes à pousser leurs patients à se faire dépister », estime le le Dr Bonierbale. D’autant que depuis septembre, des auto-tests permettant de savoir si on est infecté par le virus du sida sont vendus sans ordonnance en pharmacie.

>> A lire aussi : L’auto-test, une vraie révolution pour le dépistage du sida ?

 

*Enquête réalisée auprès de 112 personnes au salon de l’érotisme de Rouen du 31 octobre au 1er novembreet sur 408 personnes au salon de l’érotisme du Bourget du 21 au 22 mars 2015.

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