Illustration de paquets de cigarettes neutres.
Illustration de paquets de cigarettes neutres. - SIPANY/SIPA

A priori, sa couleur vert olivâtre, sa taille uniforme et sa police d’écriture standardisée ne donnent pas très envie de l’acheter. Cela tombe bien, le paquet neutre est fait pour ça. Tous secteurs confondus, voilà peut-être le seul produit de consommation légal qui fait tout pour ne pas être vendu. Les buralistes et les planteurs de tabac dénoncent cette semaine son introduction en France dès le printemps prochain, dans le cadre de la loi Santé.

Car selon eux, deux arguments – non scientifiques – prouvent l’inefficacité d’une telle mesure. L’Australie, l’unique pays à avoir adopté le paquet générique à ce jour, n’aurait pas vu d’effet sur les ventes légales dans un premier temps. Seule une hausse des prix de 25 % aurait finalement engendré une baisse de la consommation, alors que le trafic illicite repartait à la hausse à près de 14 %. Par ailleurs, les sondages auprès des fumeurs montrent un scepticisme important puisque 83 % d’entre eux estiment que le paquet neutre ne fera pas baisser la consommation.

Une mesure inscrite dans une combinaison de préconisations

En face, le ministère de la Santé défend une tout autre position. Elle part d’abord d’un constat. Près de 40 % des jeunes Français âgés de 20 à 24 ans fument quotidiennement. L’objectif est donc de stopper l’entrée dans le tabagisme de ces jeunes, en les protégeant du marketing qui les entraîne vers l’addiction. « C’est un élément absolument essentiel du dispositif antitabac. Ça s’adresse particulièrement aux jeunes, qui sont sensibles au design. Il est important de mettre fin à cela », observe Albert Hirsch, président de l’alliance contre le tabac, ancien chef de service en pneumologie à l’hôpital Saint-Louis.

Statistiquement, il est impossible de prouver la corrélation directe entre l’introduction du paquet neutre et la baisse de l’addiction chez les jeunes. Mais lorsque la mesure s’inscrit dans une combinaison de préconisations soutenues par l’OMS dans la Convention cadre de lutte contre le tabac, l’efficacité est prouvée. La revue scientifique BMJ Tobacco control a publié plusieurs articles à ce sujet en observant le modèle australien. Après plus de deux ans d’application, la plupart des objectifs visés ont été atteints.

Des étuis pour contrer l’effet du paquet neutre

L’attractivité du produit a diminué, les avertissements sanitaires sont plus visibles, les taux de tentatives d’arrêt du tabac augmentent, tout comme les appels vers les lignes du type Tabac Info Service. Par ailleurs, des études montrent aussi que les fumeurs ont moins tendance à laisser leur paquet en évidence sur les tables des cafés et à fumer en public.

Pour casser l’addiction, cette loi tente donc de détruire l’univers tabagique dans lequel nous vivons. « C’est une mesure extrêmement forte sur le plan symbolique poursuit Albert Hirsch. Ça participe à la dénormalisation du paquet de cigarettes qui fait partie de notre univers. » En cas d’adoption définitive de la loi, les fabricants devraient quant à eux rivaliser d’ingéniosité pour contrer les effets du paquet neutre. L’hypothèse de voir apparaître des étuis est l’une des premières envisagées.

A lire également : La synthèse sur l’efficacité du paquet neutre de Karine Gallopel-Morvan, professeure des universités à l’école des hautes études en santé publique.

 

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