Le professeur Even dénonce «la mafia» de l’industrie pharmaceutique dans un livre

PAMPHLET « Corruption et crédulité en médecine », signé par Philippe Even, a été publié ce jeudi…

Romain Scotto

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 Philippe Even, Dirigeant de l'Institut Necker dans son bureau. Paris,le 10 janvier 2011.

 Philippe Even, Dirigeant de l'Institut Necker dans son bureau. Paris,le 10 janvier 2011. — SIMON ISABELLE/SIPA

« De la langue de bois, je ne conserve que les épines et le bâton. » Sans son chapelet de diplômes, distinctions et un parcours professionnel de très haut vol dans le milieu médical, le professeur Philippe Even pourrait passer pour un provocateur en quête de lumière. A 82 ans, retraité depuis 2000 et interdit de pratiquer la médecine depuis 2014, il dénonce dans un nouvel ouvrage, Corruption et crédulité en médecine (éd. Le Cherche-Midi), les dérives d’un milieu qu’il juge corrompu. Auteur d’un « procès haineux », selon la Société Française de Cardiologie, mensonger pour le Leem, l’ancien pneumologue ne craint pas les procès en diffamation, sûr des allégations et des chiffres qu’il divulgue. Tour d’horizon.

  • Des conflits d’intérêts entre médecins et industrie

« Ça concerne 5 % des médecins universitaires. Pas plus. Ils ont 10, 20… 80 contrats personnels avec les firmes industrielles. C’est une minorité. C’est facile à vérifier, c’est public. Ces hommes font l’opinion. Ils écrivent dans les journaux médicaux, ils sont sur les estrades des congrès. Pourquoi ? Parce que l’industrie finance les congrès et journaux. Elle choisit ceux qui parlent des médicaments. On est devant un système de mafia. »

  • Des médicaments inefficaces

« Une majorité de médicaments sont soit inefficaces, soit inutiles puisqu’il y en a de moins chers sur le marché. Ils existent pour faire de l’argent et font le jeu du marché. Sur les 4.000 médicaments français, 1.000 sont vraiment utiles. Ils représentent 200 molécules de base. »

  • L’industrie pharmaceutique fabrique des maladies

« Les autres industries créent des marchés en suscitant le désir, le besoin de la part des acheteurs éventuels. L’industrie pharmaceutique, elle, fabrique la peur et l’espoir. La crainte. Il va falloir vous traiter de façon préventive. On traite des gens sains pour des maladies qu’ils n’auront pas. La plus spectaculaire est la pré-hypertension artérielle. Pareil pour le cholestérol. »

  • Des médecins experts sans autorisation

« La loi française exige qu’un fonctionnaire de l’Etat, et c’est le cas des universitaires, obtienne l’autorisation écrite de leur tutelle. Or, aucun ne le fait. Et de leur côté les tutelles ne demandent rien du tout. La loi existe mais n’est respectée ni d’un côté ni de l’autre. »

  • 2 milliards d’euros de dépenses inutiles en cardiologie

« La cardiologie en ville représente à peu près 27 % des dépenses. C’est l’endroit où se produisent les plus graves dérives actuellement. Je demande un débat public. Quand j’interroge un cardiologue pour lui demander pourquoi il utilise telle molécule, s’il a lu les publications sur le sujet, il rit, et me répond : "De toute façon, on est tous d’accord." »

« Vingt de mes collègues américains ou anglais, professeurs à Yale, Harvard, Princeton sont encore plus catégoriques que moi. Je ne parle pas en l’air, j’ai analysé 170.000 malades, 53 publications, chiffre par chiffre. Il y a les résultats des effets des statines. Ça ne fait rien. »

  • Un bon point pour l’industrie néanmoins

« Elle seule est capable de mettre sur le marché des molécules efficaces. Les découvertes sur les molécules sont faites par les grands centres de recherche publique. Après, la transformer en médicament valable, c’est dix ans de travail. Les études de développement, seule l’industrie pharmaceutique veut bien les faire. Parce que ça peut lui rapporter de l’argent évidemment. »