Syndrome de Münchhausen par procuration: Quand les mères rendent leur enfant malade

SANTE Une jeune mère vient d'être mise en examen pour avoir étranglé sa petite fille de deux ans à plusieurs reprises...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Illustration enfant hospitalisé.

Illustration enfant hospitalisé. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

On croirait à une intrigue tout droit sortie d’un épisode de Grey’s Anatomy. Mais non, c’est réel et c’est arrivé en France. Une jeune mère de 22 ans vient d’être mise en examen et écrouée pour avoir tenté de tuer son enfant.

Il y a deux semaines à peine, rapporte Le Dauphiné Libéré, une fillette de deux ans prise de convulsions a été transportée en urgence au CHU de Grenoble. Les médecins ont mené une batterie d’examens sans parvenir à trouver la cause des maux de la fillette. Plus troublant encore, l’état de l’enfant hospitalisée, en amélioration, se détériorait après chaque visite de sa mère.

Une caméra installée dans la chambre a révélé que la mère s’en prenait à elle. Placée en garde à vue, « elle a reconnu sans difficulté avoir à plusieurs reprises tenté d’étrangler sa fille mais sans donner d’explication cohérente », a indiqué le procureur de Grenoble. Elle n’a pas encore subi d’expertise psychologique, mais la piste du syndrome de Münchhausen par procuration (SMPP) est déjà évoquée.

Hélène Romano, docteur en psychopathologie, experte auprès des tribunaux et auteur de L’enfance face au traumatisme (Dunod) explique les dessous de cette pathologie méconnue.

Le syndrome de Münchhausen par procuration est assez peu connu du grand public. Par quoi se caractérise-t-il et y a-t-il un profil type ?

C’est une maladie psychopathologique qui consiste à simuler des troubles et des maladies à une personne, voire à lui administrer des substances pour créer des symptômes physiques tels que des malaises, des chutes de tension ou des vomissements. On relève chez les patients qui en sont atteints des troubles de la personnalité et une grande faculté de déni.

Dans 99 % des cas, c’est un parent, généralement la mère. Elle s’en prend à son très jeune enfant, pas encore en âge de parler et trouve là un moyen d’attirer l’attention et la compassion du personnel médical. Il y a différents degrés de manifestation du SMPP : cela va de la mère qui fait croire au pédiatre que son enfant a vomi alors que c’est faux à celle qui va lui administrer un médicament pour lui provoquer un arrêt cardiaque avant de l’emmener à l’hôpital. Souvent, la mère a d’abord souffert d’un syndrome de Münchhausen, provoquant ces troubles sur elle-même, ou été maltraitée ou abusée dans son enfance et a une faible estime d’elle-même. Son enfant devient ensuite la prothèse psychique de son mal-être.

Ce SMPP est un cas d’école, mais en pratique il est extrêmement rare : ce doit être dur à diagnostiquer ?

Le diagnostic est très difficile à poser, les médecins n’y pensent pas forcément tant ils y sont peu confrontés. En vingt ans de carrière, j’ai dû diagnostiquer cinq ou six cas tout au plus. C’est d’autant plus dur que les médecins n’ont pas de raison de se méfier de ce que dit le parent de l’enfant malade. Le plus souvent, le diagnostic est posé durant l’hospitalisation de l’enfant, quand les médecins constatent une amélioration de son état de santé lorsqu’il est séparé de sa mère et des rechutes lorsqu’il est à nouveau avec elle.

L’un des pièges, et les cas répertoriés de SMPP le montrent, c’est que souvent que la mère travaille dans le milieu médical ou paramédical. Elle a accès aux connaissances et aux médicaments et sait quoi dire au personnel hospitalier. J’ai eu le cas d’une mère médecin qui a fait hospitaliser son bébé pour des saignements dans les selles. Les médecins se sont ensuite aperçus qu’elle mettait le sang de ses règles dans les couches de son enfant…

Les mères atteintes de ce syndrome aiment-elles leurs enfants ? Veulent-elles leur faire du mal ?

Le SMPP est une forme particulière de maltraitance, différente des cas d’enfants battus, où le parent n’a aucune empathie et où la maltraitance est intentionnelle. Juridiquement on est sur le même terrain, mais sur le plan psychologique cela n’a rien à voir.

Dans les cas de SMPP, il y a un attachement très fort entre la mère et son enfant, un lien fusionnel même. Ces mères disent souvent : « Mes enfants sont toute ma vie », et si elles leur font du mal, ce n’est pas dans l’intention d’attenter à leur vie, même si les moyens employés peuvent induire ce risque. C’est extrêmement complexe. Concernant la jeune mère grenobloise, les experts vont devoir déterminer si elle a blessé son enfant dans l’intention de le tuer avant de pouvoir diagnostiquer ou écarter ce syndrome.

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