Comment les laboratoires choisissent-ils la forme et la couleur de nos médicaments?

SANTÉ Les laboratoires pharmaceutiques prennent en comptent des normes médicales et sanitaires mais aussi des ressorts marketing...

Laure Cometti

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Illustration de médicaments et d'une carte Vitale d'assurance maladie.

Illustration de médicaments et d'une carte Vitale d'assurance maladie. — GILE MICHEL/SIPA

Petites boules roses, pilule bleue, pastille verte… Dans le langage courant, certains médicaments sont souvent désignés par leur couleur et leur forme. Ces caractéristiques sont loin d’être choisies au hasard car elles ont des impacts directs et indirects sur l’efficacité du traitement et la sécurité du malade.

A quoi sert la galénique?

La galénique, l’art de mettre en forme la substance active du médicament, évolue sans cesse. Elle peut augmenter l’efficacité d’un traitement et limiter les risques de toxicité. Il n’existe pas de réglementation sur la forme des médicaments et les laboratoires pharmaceutiques cherchent à trouver la voie d’administration optimale pour l’absorption et l’action de la molécule. La palette de choix est vaste: comprimés, gels, sprays, sirops, patchs...

Quelle forme et quelle taille pour quel patient?

Afin de garantir le confort du patient, la forme et la taille du médicament sont adaptées en fonction du malade. «Les enfants ont droit à des granules ou des sirops (les comprimés sont interdits avant 6 ans) et les personnes âgées peuvent se voir proposer des formes dispersibles ou des solutions liquides», explique Anne Carpentier, à la direction des affaires pharmaceutiques du Leem (Les Entreprises du médicament). 

Comment la couleur garantit-elle la sécurité du malade?

Loin d’être simplement esthétique, le choix de la couleur est crucial pour des raisons de sécurité. Il s’agit de faciliter la reconnaissance par le patient et de renforcer l’observance (le respect des prescriptions du médecin). Un dégradé de couleur permet de donner des indications sur le dosage d'un actif. D’autres techniques permettent de différencier les médicaments: un comprimé peut être enrobé, gravé d’un poinçon, ou imprimé d'un message à l’encre. Tout est fait pour éviter les confusions entre les médicaments qui peuvent avoir de graves conséquences.

Le choix de la couleur est-il réglementé?

Avec l’émergence d’un marché mondial du médicament, «les laboratoires ont tendance à opter pour des formes, des dosages et des couleurs respectant les normes d’un grand nombre de pays», précise Anne Carpentier. Un comprimé rond et blanc a de fortes chances de s’adapter aux différentes règles nationales et donc de pouvoir être commercialisé à grande échelle. En France, les directives de l’Union européenne sont observées pour réglementer l’usage d’excipients (additifs, arômes, sucre) et de colorants dans les médicaments, principalement  pour éviter les allergies. Hormis ces normes, les laboratoires sont libres de choisir la couleur des médicaments. Le sens du marketing prime parfois: dans le cas du Viagra, l’entreprise Pfizer a choisi le bleu, se distinguant de ses concurrents qui avaient opté pour le jaune ou l’orange.

La couleur peut-elle booster l’effet d’un médicament?

La couleur joue sur l’effet placebo, de même que le nom du médicament, son goût ou son prix. «L’utilisation de couleurs chaudes et saturées augmentent la puissance perçue par  le patient, tandis que les médicaments de teinte pastel sont perçus comme moins actifs», résume Bernard Roullet. Notre cerveau associe certaines longueurs d'onde à des émotions positives ou négatives, en fonction de connaissances acquises mais aussi presque innés, explique ce chercheur en neuromarketing. «La vue du sang fait s'évanouir certaines personnes chez qui la simple vision d'un liquide rouge entraîne une soudaine baisse de pression artérielle, comme un réflexe archaïque de survie», poursuit-il. En revanche, le bleu foncé, le marron et le vert ont un effet calmant et sont donc plus adaptés à des médicaments soignant les troubles du sommeil.

Le Préviscan, un anticoagulant à visée cardiovasculaire, change de couleur à compter du 13 avril: ce comprimé blanc sera désormais rose. Cette décision annoncée par l’agence nationale de sécurité du médicament fait suite à plusieurs signalements d’erreurs liées à une confusion avec des comprimés similaires.

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