Illustration d'une salariée souffrant de mal de dos.
Illustration d'une salariée souffrant de mal de dos. - AIRIO/LEHTIKUVA OY/SIPA

«Ne lui tournez pas le dos». Ce mercredi, l'Association française de lutte antirhumatismale (Aflar) et l'Association France Spondyloarthrites (AFS) lancent une campagne pour sensibiliser le grand public aux douleurs dorsales. Avec pour thème, cette année, le mal de dos chez les jeunes. Philippe Goupille, responsable du service de rhumatologie au CHU Trousseau à Tours, plaide pour un meilleur dépistage de ces pathologies. 

Il y a plusieurs maux de dos. Quelle différence y a-t-il entre les lombalgies mécaniques et inflammatoires?

Les douleurs lombalgiques mécaniques surviennent souvent après 40 ans et se manifestent par des douleurs brutales durant la journée, aggravées par l'effort et soulagées par le repos. La lombalgie inflammatoire, de type spondylarthrite, survient surtout chez les jeunes de 15 à 30 ans et apparaît progressivement. Généralement, elle provoque des douleurs qui réveillent la nuit ou au petit matin. On se sent raide au réveil à tel point qu'il faut une phase de «dérouillage» d'une trentaine de minutes à ce moment-là. Contrairement à la lombalgie mécanique, ici l'activité physique est recommandée et soulage.

Le mal de dos n'est pas un truc de vieux: la spondylarthrite touche surtout les jeunes. Au moins 300.000 personnes en souffrent en France aujourd’hui. Des chiffres probablement sous-estimés à cause du manque de dépistage avec, à la clé, un retard de diagnostic de sept ans en moyenne.

Quelles sont les conséquences du retard de diagnostic de la spondylarthrite?

Les gens ne savent pas pourquoi ils ont mal, ils sont inquiets et ne peuvent mettre de mots sur ce qui les fait souffrir. Et comme c’est une maladie invisible, il y a une grande incompréhension de la part de l’entourage, qui a du mal à concevoir que l’on est réellement malade.

Pourtant, la spondylarthrite a un fort retentissement sur le plan social, avec des arrêts de travail itératifs, une influence sur le choix de son parcours professionnel. Elle peut obliger à se réorienter, voire à être reconnu en invalidité, et ça, quand on a 25 ans, c’est extrêmement dur à vivre. Or, une fois le diagnostic posé et le traitement adapté trouvé, on peut vivre avec. C'est l'absence de diagnostic qui bouleverse le plus.

Que faudrait-il faire pour améliorer le diagnostic?

La sensibilisation est essentielle. Auprès des patients, d’abord, pour qu’ils prennent conscience qu’il faut agir quand on souffre d’un mal de dos installé ou répété: il ne faut pas prendre son mal de dos à la légère. Auprès des professionnels de santé aussi: 1.300 pharmacies se mobilisent pour informer le grand public sur les maux de dos. Il est primordial d'y associer les médecins: un questionnaire rapide de cinq questions permet d'identifier si le mal de dos est inflammatoire. Si tous les généralistes posaient ces questions aux patients dont le profil semble correspondre, il y aurait beaucoup plus de cas diagnostiqués.

Chez un jeune, qui répond positivement à la plupart de ces questions, on pense forcément à la spondylarthrite. Cela ne veut pas dire que le patient en souffre, mais on ne peut pas faire l’économie du dépistage.

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