Une équipe médicale en train de réaliser une greffe de rein à l'Hôpital Cochin à Paris.
Une équipe médicale en train de réaliser une greffe de rein à l'Hôpital Cochin à Paris. - F.DURAND/SIPA

Et si une loi permettait de pallier la pénurie de greffons? Les députés PS Jean-Louis Touraine et Michèle Delaunay ont déposé un amendement à la Loi Santé proposant de renforcer le consentement présumé au don d'organes. Soutenu par le gouvernement, le texte a été adopté jeudi soir à l'unanimité par la commission des Affaires sociales et sera débattu à l'Assemblée à partir du 31 mars prochain. Mais il divise l'opinion entre ceux qui y voient un moyen de sauver des vies et ceux qui craignent que les familles des défunts ne soient écartées du processus de décision. Explications.

Comment le consentement est-il recueilli aujourd'hui?

Lorsque le défunt n'a pas laissé de consignes précises de son vivant en s'inscrivant au registre national des refus de dons d'organes (sur lequel 100.000 personnes sont inscrites), les équipes médicales consultent les proches pour déterminer s'il était défavorable au don d'organes. La carte de donneur, dépourvue de valeur légale, ne suffit pas à elle seule à établir la volonté du défunt. En pratique, les familles confrontées au deuil se retrouvent décisionnaires et refusent les prélèvements dans 40% des cas.

Que va changer l'amendement?

L'amendement prévoit qu'à partir de 2018, les proches de personnes décédées ne seront plus consultés, mais seulement «informés des prélèvements envisagés et de la finalité de ces prélèvements». En clair, les familles n'auront plus le pouvoir de s'y opposer. Mais ce n'est pas un revirement, l'amendement vient renforcer le principe déjà existant de consentement présumé au don d'organes instauré par la loi Caillavet de 1976. «Les familles ne seront plus perturbées dans leur deuil, espère le député Jean-Louis Touraine, médecin de formation. Et le texte permettra de sauver chaque année la vie de plusieurs centaines de personnes en attentes d'un greffon».

Qu'en pensent les acteurs concernés?

Ce «n'est pas forcément la mesure la plus efficace et la plus souhaitable» pour augmenter les dons d'organes, estime Yvanie Caillé, directrice de l'association de malades et greffés du rein Renaloo, craignant «des réactions délétères des familles qui risquent de se sentir agressées». Mais «il y aura toujours un dialogue avec les proches», assure de son côté le député.

«Je suis favorable à ce texte, qui permettra de sauver de nombreuses vies et qui ne concerne que les donneurs potentiels majeurs», précise Claire Macabiau, greffée depuis dix-sept ans et présidente de la Fédération Française des Associations de Greffés du Cœur et des Poumons (FFAGCP). «Si les gens sont rétifs, c'est parce qu'ils manquent d'information, malgré les initiatives déjà mises en place, analyse-t-elle, plaidant pour des campagnes d'information de plus grande envergure, «dans les écoles, durant le service civique et même en entreprise»

Mots-clés :