Les vêtements des prématurés bien plus importants qu’il n’y paraît

RECHERCHE Body ou turbulette? La différence, a priori anodine, pourrait avoir une importance cruciale pour les bébés prématurés…

Nicolas Bégasse

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Illustration: un bébé âgé de 1 jour à l'hôpital en Californie.

Illustration: un bébé âgé de 1 jour à l'hôpital en Californie. — James Quigg/AP/SIPA

La recherche scientifique est aussi faite d’intuitions. Une étude du CNRS qui paraît ce mardi dans la revue Scientific Reports en apporte un nouvel exemple en montrant comment une mauvaise habitude de certains élevages de poulains va permettre d’améliorer le développement des enfants prématurés.

Tout part d’une fausse bonne idée mise en pratique dans certains élevages de chevaux: frotter longuement et vigoureusement le poulain nouveau-né pour l’«imprégner» et qu’il n’ait pas peur de l’homme. Des études ont récemment montré qu’en plus d’être inutile, cette manipulation stresse le poulain et gêne sa relation avec la mère et les autres jeunes. «Entraver les mouvements pendant une heure après la naissance peut avoir des conséquences à long terme, jusqu’à l’adolescence du cheval», explique Virginie Durier, chercheuse au CNRS et responsable de l’étude publiée ce mardi.

Bébé en body contre bébé en turbulette

De là se met en place une série déductions: chez l’animal, entraver les mouvements après la naissance gêne le développement. Chez l’humain, entraver les mouvements est stressant. Et chez l’enfant humain, le niveau de stress baisse grâce à l’autocontact, le fait de se toucher (le visage avec les mains, par exemple). Et de là une question: contrarier le mouvement du nouveau-né humain, notamment par son habillement lors des premiers jours, gêne-t-il son développement?

Pour répondre à cette interrogation, les chercheurs se sont penchés sur le cas des bébés les plus vulnérables: les prématurés. Le comportement de dix-huit d’entre eux a été analysé, neuf étant vêtus d’un gilet, d’un pyjama et d’une turbulette, sorte de sac de couchage à bretelles, les autres ne portant qu’un body et étant placés dans un lange, sous un néon chauffant.

Pas assez de force pour lever les bras

Le résultat de l’observation est sans appel: là où les bébés en body bougeaient leurs membres et touchaient leur environnement ou leur tête, ceux en turbulette gardaient les bras le long du corps et ne touchaient rien. «Les prématurés ont déjà un niveau de contact plus faible que ce qu’ils devraient avoir, ils ne peuvent pas crier pour attirer l’attention, rappelle Virginie Durier. Et à moins de 2kg, ils ont moins de force.» La chercheuse décrit ainsi des bébés en turbulette dépensant vainement leur énergie à essayer de lever les bras pour se toucher la tête. Quel impact, au final, sur leur développement émotionnel et moteur?

Pour le savoir, les chercheurs veulent maintenant observer plus de prématurés, et les suivre tout au long de leur développement, pour voir si cette absence d’autocontact est réellement handicapante. En attendant, pas question de condamner la turbulette, recommandée par l’OMS dans la lutte contre la mort subite du nourrisson. Simplement, avance Virginie Durier, «pour les bébés prématurés, il y aura peut-être des améliorations à y apporter».

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