Des plaquettes de Mediator
Des plaquettes de Mediator - Fred Tanneau AFP

La douleur des malades est bien souvent incompatible avec la lenteur administrative. L’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) a publié, ce jeudi, le dernier bilan des indemnisations de dossiers de malades du Médiator.

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Au 27 février, 3.670 dossiers de demandes d’indemnisation ont été examinés sur les 8.703 déposés par des malades. Et l’Oniam n’a émis que 1.078 «avis ouvrant droit à une indemnisation de la part des laboratoires Servier». En clair, 71% des dossiers déposés ont été rejetés par les experts. Dans la plupart des cas (2.332 dossiers), «les pathologies présentées n’entrent pas dans le champ des pathologies pouvant avoir un lien avec le benfluorex (la molécule du Médiator)», explique ainsi l’Oniam dans son bilan.

«Certains seront morts avant d’être indemnisés»

Les laboratoires Servier sont tenus d’indemniser les malades qui ont pris du Médiator et souffrent de pathologies spécifiques comme certaines valvulopathies et les hypertensions artérielles pulmonaires. «Or l’Oniam a été engorgé par les dossiers de malades qui ont pris du Médiator et souffrent d’autre chose comme une hémiplégie ou un accident vasculaire cérébral», décrypte le docteur Dominique Courtois, président d’une association de défense des malades.

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Résultat, l’examen de la pile de dossiers prend beaucoup de temps. Il n’empêche les experts supplémentaires nommés et les trois salariés embauchés, l’Oniam a encore 5.000 dossiers à examiner. «Cela va nous conduire au moins jusqu’en 2017, pense encore Dominique Courtois. Certains seront sans doute morts avant d’être indemnisés…»

Des indemnisations «inacceptables»

Car même si l’avis de l’Oniam est positif, les malades doivent encore attendre le chèque des laboratoires Servier. Cela prend du temps et peut aussi être décevant. «Pour les malades les plus gravement atteints, cela monte à 100.000 euros, poursuit Dominique Courtois. Mais pour les autres, Servier ne propose bien souvent que 1.500 à 4.000 euros. C’est inacceptable.»

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Certains malades refusent alors cette indemnisation, faisant appel de la décision. «L’affaire part alors en cour d’appel et prend encore plus de temps, annonce encore le responsable associatif. C’est difficile de faire accepter la patience à des gens qui ont mal…»

Deux procès à venir

Jacques Servier, le fondateur des laboratoires est décédé. Mais les responsables du scandale sanitaire seront bien jugés. Si l’instruction pour «homicides involontaires» est loin d’être clôturée, celle ouverte pour «tromperie» et «escroquerie» l’est quasiment. «Le procès pénal pourra avoir lieu fin 2015, début 2016, pense Dominique Courtois. Il faut juste trouver une salle assez grande pour accueillir toutes les victimes.»

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